Éditorial du numéro 93

Quelle aide attendons-nous des livres dans les temps troublés ? L’éclairage ou l’échappée.

L’éclairage vient aujourd’hui de celles et ceux qui ont pris à bras-le-corps les drames de la guerre et de l’oppression, comme Käthe Kollwitz dans sa sculpture puissante ou Anna Akhmatova s’appliquant sans relâche à témoigner et dont la mémoire est rendue, intensément vivante, dans les entretiens avec Lydia Tchoukovskaïa. Certaines grandes entreprises réflexives, comme les Générations historiennes, sous la direction de Yann Potin et de Jean-François Sirinelli, invitent aussi à comprendre l’époque dans la façon dont on la raconte, l’angle de vue situé dans le temps et dans l’espace modulant le sens du passé.

L’échappée dans l’imaginaire est aussi une option : dans l’utopie fascinante inventée par Ada Palmer, comme dans les multiples traversées auxquelles nous invitent Homère et toutes les œuvres à lui attribuées depuis l’Antiquité, dont de très dépaysants divertissements homériques. Et alors que l’hiver a pendant longtemps été associé à la désolation et à d’autres formes d’abandon, il peut être aussi la période des inventions grandioses, comme nous le rappelle Adam Gopnik dans Hiver. Cinq fenêtres sur une saison.

Autant de beaux cadeaux à faire ou à se faire. Un premier présent nous est offert ici par Pierre Senges qui a lu pour nous les suites de Don Quichotte par Andrès Trapiello et porte sur elle une vision pleine d’esprit. Et avant de souhaiter à nos lectrices et à nos lecteurs de belles fêtes de fin d’année, invitons-les à nous lire sans interruption pendant cette période, avec un prochain numéro le vendredi 3 janvier.

Et, en attendant, des renouvellements réguliers de notre Une, où nous retrouverons George Sand et, de nouveau, des éclairages précieux sur l’émeute (Romain Hüet) et sur le slogan (Zoé Carle).

T. S., 18 décembre 2019

www.en-attendant-nadeau.fr

 

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