Éditorial du numéro 78 : Les enjeux de la ville

Une cathédrale brûle et chacun, selon ses convictions, associe au sombre spectacle quelque référence secrète, qu’il s’agisse du "Miracle de Théophile", de Quasimodo ou du pilier près duquel le jeune Claudel, à Noël 1886, eut la révélation de la foi. Une ville comme Paris est faite de cette histoire invisible.

Dans le long entretien qu’il a accordé (antérieurement) à Ulysse Baratin et Pierre Benetti pour En attendant Nadeau, Edwy Plenel s’exprime en confiance sur son itinéraire politique, son travail de journaliste et sa vision des « Gilets jaunes ». « Je suis dans la lignée de Walter Benjamin – confie-t-il –, le présent est une actualisation du passé. » Il se voit un peu comme « l’avocat commis d’office » d’un « mouvement » qui veut « réenchanter les chemins de l’émancipation » ; et pour lui, notamment, question coloniale et question sociale ne doivent pas être séparées. « À Paris, je regarde souvent les dates de construction des immeubles. Bien souvent elles correspondent à la période de la France coloniale. Impossible de penser Paris sans ça. »

Se rebeller ? Mais il existe plusieurs formes de révolte. Dans Désirer désobéir, qui rassemble des articles en lien avec l’exposition Soulèvements du Jeu de Paume en 2016, l’historien de l’art Georges Didi-Huberman, lui aussi, invoque Walter Benjamin, avec Aby Warburg et Georges Bataille, mais dans un esprit bien différent. Il voit les gestes du « soulèvement » comme des « formes corporelles » statiques, une esthétisation que Zoé Carle critique vivement. Elle déplore « le long lamento d’impuissance ».

Berlin-Est ? Alexander Kluge, dans un texte inédit, se souvient d’une conversation avec son ami Heiner Müller au soir d’une représentation mal accueillie de Philoctète en 1995 : même ratée, une mise en scène théâtrale demeure une « opération contre la mesquinerie, tandis que défile le fleuve de la vie ». Jean-Pierre Morel répond en profondeur aux questions de Tiphaine Samoyault à propos de la traduction des Conversations.

Sébastien Omont fait redécouvrir l’art puissant de Franz Masereel, avec un roman graphique de 1925, La ville, une centaine de bois gravés d’une grande expressivité. Jouant avec le noir et le blanc Masereel alterne scènes de foule et vues de la vie quotidienne.

La question de la ville moderne se pose avec une particulière acuité dans le dernier livre d’Orhan Pamuk, La femme aux cheveux roux. Jean-Paul Champseix s’interroge : où va Istanbul avec la spéculation immobilière, où va la Turquie avec un régime autoritaire ?

Retrouver le sens de la nouveauté. De la communauté. Construire. Ce fut un moment exceptionnel que le sionisme au lendemain de la guerre. Selon Pierre Tenne, Uri Eisenzweig, dans Le sionisme fut un humanisme, procède à une « réévaluation audacieuse » du mouvement contre notamment la vision d’extrême droite.

J. L. 24 avril 2019

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