Éditorial du n°21: Contrepoints

Une semaine après l’élection, les livres anciens, la peinture récente, les essais lentement médités nous offrent des contrepoints, des formes de recueillement et d’espoirs.

Une semaine après l’élection, les livres anciens, la peinture récente, les essais lentement médités nous offrent des contrepoints, des formes de recueillement et d’espoirs. Gilbert Lascault a visité l’exposition de l’Orangerie sur la peinture américaine des années 1930. En cette période indécise, tourmentée et sombre, les recherches sont instables mais elles sont aussi des luttes. Georgia O’Keeffe, avant ses grands nuages, peint une nature morte et troublée, encore symbolique, qui peut encore servir d’emblème.

Le livre de Christophe Guilluy sur Le crépuscule de la France d’en haut, dont rend compte Maïté Bouyssy, est une enquête approfondie sur le territoire français, inscrivant, entre autres, l’impact des idées populistes pour des raisons de fracture sociale et symbolique dont sont en partie responsable les classes dominantes. Nathalie Quintane – contrepoint encore – en appelle à une société moins exaspérée et plus débonnaire, « quitte à rêver, comme tant d’autres, d’un humanisme de bricolage, fait d’échanges non marchands, afin, surtout de “changer d’atmosphère”. »

En renvoyant à l’enfance et au « wild », qui est un peu la sauvagerie, mais avec son espace propre, l’œuvre de Jack London nous présente aussi l’image d’une Amérique ouverte. Même si je me souviens surtout, pour ma part, d’histoires dramatiques. À l’adolescence, la noyade de Martin Eden a été une des expériences de lecture les plus adhérentes et les plus violentes qui soient. Plus tard, Construire un feu, cette nouvelle où l’on entend battre le cœur du chien si fort qu’on a l’impression qu’il prend la parole, m’a donné une autre idée de l’égalité des êtres.

En cette circonstance de la sortie des œuvres complètes de London dans la collection de la Pléiade, nous avons choisi de vous proposer des témoignages de lecteurs, d’écrivains, à qui nous avons demandé si cet auteur souvent lu enfant les avait marqué, s’il avait joué dans leur désir de lecteur ou de lectrice, dans leur désir d’écrire. Peu, en France, ont été marqués. Nous avons reçu beaucoup de réponses en témoignant. Mais celles et ceux qui ont choisi de nous donner un texte, qui pouvait aller de deux lignes à cent, nous offrent une vision franche et parfois franchement politique, de l’Amérique.

Mais d’autres contrepoints sont offerts par des éloignements plus évidents, dans le temps, avec la vie de Germanicus – qui pourrait offrir des leçons de gouvernement intéressantes aujourd’hui –, ou dans l’espace avec un des tout premiers roman de science-fiction chinois, Le Problème à trois corps de Liu Cixin, qui parvient à la fois à représenter des théories scientifiques complexes, à questionner ce qui fait notre humanité et à maintenir un fort intérêt dramatique.

Mais finalement, c’est sans doute Pierre Guyotat, qui, comme nous le dit Linda Lê, « s’est toujours vu nulle part, a toujours conçu un texte comme un délit, comme le lieu des ruptures, des effractions » qui, en choisissant de nous accompagner « Par la main dans les enfers », nous propose le contrepoint le moins consolateur qui soit, mais le plus puissant.

T.S., 23 novembre 2016

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