Sommaire du numéro 54

On pourra mettre en regard ce que le philosophe Jean-Claude Milner nous dit de la citoyenneté et l’élargissement de cette notion dans l’empire romain, sur lequel insiste le gros et passionnant volume qui paraît chez Belin : "Rome, cité universelle".

Littérature française

Aurélien Bellanger, Eurodance, Gallimard
Connu pour La théorie de l’information et L’aménagement du territoire, Aurélien Bellanger a collaboré avec le metteur en scène Julien Gosselin pour sa pièce 1993. Eurodance est le texte de la première partie de ce spectacle. Nihiliste et agréable à lire, l’ensemble se veut une variation sur les années 1990 et ses désillusions actuelles.

Julien Boutonnier, M.E.R.E, publie.net
Voici un texte assurément frappant. Livre-objet-papier-fichier-performance-abécédaire, c’est une sorte de cyborg poétique qui fait écho, plutôt que suite, à Ma Mère est lamentable, son précédent recueil chez Publie.net.



Florence Delay, Haute couture, Gallimard
Francisco Zurbarán a peint de nombreuses saintes, les représentant fastueusement vêtues. C’est pour ces personnages minorés que Florence Delay se passionne dans un récit bref et dense. Elle mène une enquête autour d’une série de tableau du maître espagnol et questionne tout un imaginaire culturel. 



Colette Fellous, Camille Claudel, Fayard

Dans Camille Claudel, Colette Fellous revisite le destin d’une grande artiste. À partir d’archives précises, sa correspondance et ses dossiers médicaux, elle envisage, avec une grande sensibilité, la sculptrice comme une figure sacrificielle, une sorte de martyr. 


Jean Hélion, Ils ne m’auront pas. Capture, travail forcé, évasion d’un prisonnier français durant la Seconde Guerre mondiale, Claire Paulhan

Intégralement traduit pour la première fois, Ils ne m’auront pas, le témoignage du peintre Jean Hélion donne une place de mémoire à « l’une des calamités les moins connues de la guerre » : l’emprisonnement et l’exploitation des soldats désarmés, et la honte silencieuse qui les accompagna.



Kiko Herrero, El Clínico, POL 

El Clínico, c’est l’hôpital où est né et où vient d’être hospitalisé son narrateur. Incessant va-et-vient entre le présent et le passé, le roman explore le destin d’un exilé et des changements qui ont bouleversé l’Espagne. Un roman carnavalesque écrit dans une forme de décalage permanent et revigorant.

François Matheron, L’Homme qui ne savait plus écrire, Zones

Victime d’un AVC, François Matheron propose un texte très dérangeant sur les désordres du corps les plus violents englobés dans une construction narrative ou méditative plus vaste traitant du rapport entre langage, pensée, écriture, mémoire.

Julien Péluchon, Prends ma main Donald, Seuil
Avec ironie et sens du propos, le quatrième roman de Julien Péluchon relate les aventures d’une secte particulièrement farfelue, les rend (presque) crédibles et parviens même à faire rire le lecteur.

Jacques Roubaud, Peut-être ou la nuit de dimanche (Brouillon de prose). Autobiographie romanesque, Seuil

Jacques Roubaud, poète de l’Oulipo, s’essaie aux genres de l’autobiographie et du roman. Un texte mouvant dans son inachèvement, vivant jusque dans ses inquiétudes et ses imperfections.

Joachim Schnerf, Cette nuit, Zulma
Le deuxième roman de Joachim Schnerf explore la mémoire, entremêlant à la sortie d’Égypte la tragédie génocidaire. Au lieu d’aborder ces questions sous une modalité dramatique exclusivement, il replace l’histoire et ses traumatismes dans le mouvement de la vie.

Littérature étrangère

Iouri Annenkov, De petits riens sans importance, Verdier
Iouri Annenkov est un grand témoin du « siècle soviétique ». Émigré à Paris au début des années vingt, il est célèbre pour ses dessins et sa collaboration avec Max Ophüls. Son roman mosaïque embrasse la société pétersbourgeoise de la guerre russo-japonaise jusqu’à la prise de pouvoir par Staline.

Erich Kästner, Das Blaue Buch, Geheimes Kriegstagebuch 1941-1945, Atrium Verlag
Erich Kästner, peu lu en France, est l’un des écrivains allemands les plus célèbres dans son pays. Les éditions Atrium viennent d’éditer le « journal de guerre » de ce grand touche-à-tout. Accompagnés d’esquisses de projets inachevés et d’un appareil critique savant, ce livre est un projet remarquable à tous points de vue.

Robert Louis Stevenson, Veillées des îles Derniers romans, Œuvres III, Gallimard
Maurice Mourier lit, avec érudition et enthousiasme, le troisième tome des œuvres complètes de Stevenson dans la Pléiade. Il y perçoit les derniers mouvements de l’œuvre, y redécouvre les parallèles entre le microcosme écossais et le bout du monde polynésien, y préférant les textes courts, les contes moraux et les fables méconnues.

Brian Van Reet, Le fer et le feu, L’Olivier
Le fer et le feu, premier roman de Brian Van Reet, semble provenir directement de la guerre en Irak. Steven Sampson l’a rencontré pour comprendre comme cet événement historique récent provoque un basculement de la littérature états-unienne, inventant une sorte de corpus cauchemardesque.

Vladimir Vertlib, Lucia et l’âme russe, Métailié
Comme dans L’étrange mémoire de Rosa Masur, Vladimir Vertlib s’attache, dans Lucia et l’âme russe, à une figure de femme âgée qui fait le lien entre le passé complexe de l’Europe de l’est et notre univers contemporain. Traversant les tonalités dramatiques et burlesques, son livre est à la fois une satire féroce, un drame social et un portrait psychologique impitoyables.

Tecia Werbowski, Looking back, Notabilia
Évitant toute forme de clichés, Tecia Werbowski réinterpète le topos de la rencontre dans un train. Elle raconte ainsi une rencontre impossible, l’exil, la solitude, la nostalgie pour une ville, Prague, et comment, surtout, notre mémoire élit certains souvenirs et les hisse au rang d’épiphanies personnelles.

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Poésie

Stéphane Bouquet, La cité de paroles, Jose Corti
La poésie de Stéphane Bouquet est du côté de la vie. Son dernier livre est moins un ensemble de textes sur la poésie que des textes qui font tenir ensemble la poésie.
 
Doina Ioanid, Le collier de cailloux, Atelier de l’agneau
Marie Étienne évoque le travail poétique subtil d’une poète roumaine : Doina Ioanid. Elle apprivoise sa voix, nous faisant découvrir des textes étonnants, distanciés, plein d’un humour et d’une dérision « qui font mouche » et « emporte une totale adhésion ».  

Essais

Charles Coustille, Antithèses. Mallarmé, Péguy, Paulhan, Céline, Barthes, Gallimard
Antithèses de Charles Coustille obéit à un pari risqué : extraire de l’oubli les thèses avortées d’écrivains majeurs et de remanier la sienne pour en faire un essai riche qui s’apparente à une psychopathologie de la vie universitaire et littéraire et fait du « professeur-écrivain » une figure d’avenir.

François Cusset, Le déchaînement du monde, logique nouvelle de la violence, La Découverte
Le déchaînement du monde nous rappelle que la violence ne recule pas mais qu’elle prend d’autres formes. François Cusset déploie une réflexion qui en rappelle la verticalité, la complexité, les modifications. Inscrite dans une pensée du monde néo-libéral, sa démarche précise les enjeux contemporains de la violence et s’inquiète de la disproportion de sa perception.

Tzvetan Todorov, Lire et vivre, Robert Laffont
Le recueil posthume de Tzvetan Todorov semble résumer son existence. Il rassemble la grande diversité des intérêts du penseur, ses prises de positions politiques et intellectuelles, en même temps que l’unité de l’orientation de son parcours.

Histoire

Patrice Faure, Nicolas Tran & Catherine Virlouvet, Rome, cité universelle, Belin
Alors qu’on vote une loi sur l’immigration, que la comparaison avec la décadence de Rome et l’imaginaire de la « grande invasion » gagnent du terrain,  il semble passionnant de lire Rome, cité universelle. On y redécouvre que la grandeur de l’Empire romain et sa longévité vont de pair avec une extension permanente de la citoyenneté.

Philosophie

Entretien avec Jean-Claude Milner
Dans Relire la Révolution, Jean-Claude Milner, linguiste et philosophe politique, interroge ce qui demeure de la « croyance révolutionnaire » et de la valeur accordée aux droits de l'homme. EaN l’a rencontré pour réfléchir, s’interrogeant avec lui : la Révolution est-elle terminée ?

Cinéma

Tacita Dean, 40e édition de Cinéma du Réel
Guillaume Basquin a vu les films expérimentaux de Tacita Dean. Il nous présente son travail, la manière dont elle conçoit le geste filmique, sa durée, sa matérialité, sur ce qu’il implique vraiment.

www.en-attendant-nadeau.fr

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