Éditorial du numéro 63

Les rencontres du festival America, dont En attendant Nadeau est partenaire, ont permis à nos collaborateurs Steven Sampson et Liliane Kerjan de rencontrer des écrivains et de les interroger sur leurs œuvres récemment traduites en français.

Parmi les plus importants de ceux-ci, Jeffrey Eugenides, qui accorde très rarement des entretiens à la presse, a accepté de répondre à nos questions. L’auteur de Middlesex et du Roman du mariage évoque son recueil de nouvelles qui paraît ces jours-ci ainsi que sa relation aux maisons, aux villes, aux livres et à la science. Au cours de la quinzaine, nous entendrons d’autres écrivains nous parler de leur travail.

Notre comité n’est pas toujours consensuel. Il arrive que nos avis soient partagés sur certains livres. Dans le cadre de cette rentrée, nous avons exprimé des avis divergents sur plusieurs textes, notamment celui d’Anton Beraber, La grande idée, qui raconte la guerre entre la Grèce et la Turquie après la Première Guerre mondiale. Certains d’entre nous le trouvaient exagérément classique, imitatif et ennuyeux. D’autres ont été bouleversés par sa lecture. C’est le cas de Maurice Mourier qui en rend compte ici. Le livre de Pauline Delabroy-Allard a lui aussi fait l’objet de lectures contrastées. C’est celle, aimante, de Norbert Czarny que nous retenons.

Le mois d’octobre est aussi celui de la rentrée des essais. Nous avons lu Le pays disparu de Nicolas Offenstadt, parti chiner dans les brocantes et les greniers d’Allemagne les traces de l’ancienne RDA, dans une démarche qui va à rebours de l’Ostalgie officielle. Nous avons lu aussi Notre histoire intellectuelle et politique où Pierre Rosanvallon revient avec franchise sur son aventure aux côtés de la gauche française. Mais aussi Intuition de la vie de Georg Simmel, livre complexe dont Thierry Laisney se fait le guide éclairant.

Et puis une curiosité : le livre-reportage de Steinbeck sur les bombes et sur l’entraînement des aviateurs américains sur le point de bombarder l’Europe et le Japon. Écrit en 1942, le livre fait œuvre de propagande en direction des jeunes qui s’apprêtent à partir, et de leurs familles. Fasciné par les oiseaux de fer et de feu des opérations aériennes, son auteur n’a guère d’empathie pour les destructions que ceux-ci s’apprêtent à commettre.

T. S., 26 septembre 2018

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