Éditorial du numéro 31: l'inattendu

On ne peut pas vraiment dire que les résultats de dimanche soir étaient complètement inattendus. Ils avaient été annoncés par de nombreux sondages et préparés par des transformations visibles comme par des mutations plus souterraines.

On ne peut pas vraiment dire que les résultats de dimanche soir étaient complètement inattendus. Ils avaient été annoncés par de nombreux sondages et préparés par des transformations visibles comme par des mutations plus souterraines. Aux analystes politiques d’en préciser les contours et d’expliquer par exemple pourquoi Jean-Luc Mélenchon ne pouvait pas arriver au second tour, comme le pronostiquait Éric Fassin dans un livre qui vient de sortir intitulé Populisme : Le grand ressentiment. On ne sera pas forcément d’accord avec sa réflexion mais on lui reconnaîtra au moins qu’il ne s’est pas trompé.

L’inattendu vient sans doute plus sûrement des découvertes patientes que l’on fait en lisant. Des pensées neuves comme celles du philosophe britannique William Charlton qui entreprend de démythifier la métaphysique en montrant que beaucoup de problèmes philosophiques naissent de mécompréhensions grammaticales ; ou celle de Stathis Kouvelakis qui redonne au poète Heine toute sa place dans la formation de la pensée de Marx. Des pensées réactualisées aussi, dont la reprise peut avoir un sens pour notre temps, comme celle de Ferdinand Alquié dont l’ensemble des cours, sur Descartes, sur Spinoza, sur Malebranche sont réédités à la Table ronde ; ou plus encore celle de Freud, à la faveur de la découverte d’un texte dans les archives de l’ambassadeur américain Bullitt par l’historien Paul Roazen, dans lequel Freud déploie avec une grande clarté une synthèse de la théorie psychanalytique (clarifiant notamment la question de l’homosexualité), sa genèse et ses diverses modalités.

L’inattendu peut venir aussi du très attendu, comme celle de la première publication intégrale en français du livre-culte de Mircea Cărtărescu, La Nostalgie, en partie censuré lors de sa parution en Roumanie en 1989 et qui produit un effet explosif tout en se présentant comme un hymne incroyable à la liberté. En attendant Nadeau publie un long entretien avec l’écrivain roumain réalisé par Gabrielle Napoli. Un document rare. Toujours très attendus aussi, et avec les mêmes promesses de surprises, les inédits du poète Andrea Zanzotto, ou encore le dernier roman de Murakami que Maurice Mourier associe avec bonheur aux écrits si délicats des lettrées médiévales au Japon et à des nouvelles traductions de Sosêki et de Tanizaki.

Au cours des quinze jours qui viennent, on pourra se distraire de l’actualité électorale en retrouvant les vers d’un autre poète japonais, Takuboku, en visitant avec Gilbert Lascaux l’exposition du Grand-Palais sur les jardins, en marchant avec Antoine de Baecque et ses « godillots » dont il nous raconte l’histoire, militaire et populaire, en captant avec Maryline Desbiolles les mouvements de Rodin

T.S., 26 mai 2017

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