Éditorial du numéro 96: Émotions

Pierre Pachet ne saurait être oublié. Sa fille a repris dans un fort volume les essais les plus significatifs de l’écrivain décédé en juin 2016, ceux qui abordent de front la vieillesse, la mort des proches et la blessure du souvenir.

On lira notamment avec une émotion renouvelée ses Conversations à Jassy, sur le pogrom de 1941 en Roumanie, et ses pages sans concession sur la maladie de son épouse.

Tant de « traces fragiles », tant de vies disparues qu’a tenté de saisir et de préserver Ruth Zylberman dans sa poignante Autobiographie d’un immeuble, 209, rue Saint-Maur, dans le Xe arrondissement de Paris, de sa construction aux attentats de 2015. … Comme l’écrit Norbert Czarny, cet immeuble devient, par la grâce de cette enquête, un vivant mémorial des enfants cachés.

C’est aux racines du mal qu’a voulu aller Stefan Zweig dans ses essais des années 1933-1942 (L’esprit européen en exil) : ces essais, pour Georges-Arthur Goldschmidt, « montrent la clairvoyance » de l’écrivain autrichien, mais aussi « sa volonté de ne pas prendre part à l’action politique ».

On lira, en écho, l’article de Richard Figuier sur le dernier volume paru des Œuvres complètes de Simone Weil, consacré aux derniers mois de la philosophe, à New York et à Londres, toute tendue vers la future reconstruction intellectuelle et politique de la France.

Les passions humaines ne perdent pas de leur force : Gabrielle Napoli a lu, de l’auteur de La théorie des nuages, Stéphane Audeguy, une histoire d’amour avec un critique d’art. Une œuvre « à l’affût de l’émotion ».

Qu’est-ce qu’un trident ? Une forme poétique, un instrument, un symbole ? Jeanne Bacharach y voit une des clefs de la poésie de Jacques Roubaud.

En attendant Nadeau, par la force des choses, a ce qu’on pourrait appeler un « biais surréaliste ». Alain Joubert en donne une brillante illustration avec  son article sur Jacques Rigaut, « le suicidé magnifique ». Quant à Alain Roussel, il attire l’attention sur le livre de Pierre Peuchmaurd, Le secret de ma jeunesse, qui associe dans un même geste la poésie de Nerval et le souvenir d’André Breton. Peuchmaurd, « plus vivant que jamais ».

C’est pourtant à une réorientation bienvenue du regard, hors de l’Europe, que nous invite le célèbre sinologue canadien Timothy Brook, dans un livre intitulé en anglais Great State, devenu en français Le léopard de Kubilai Khan. Pierre Tenne montre dans son article, qui sera publié dans quelques jours, l’ambition de cette histoire globale de la Chine et les limites d’une telle entreprise. Mais qui est ce mystérieux « léopard » ?

N’oublions pas, pour finir, les chroniques régulières : celle des disques par Adrien Cauchie et celle, policière, de Claude Grimal.

J. L. 29 janvier 2020

www.en-attendant-nadeau.fr

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