En attendant Nadeau: sommaire du n°17

Quatre exilés : Steven Zweig et Moriz Prochnik, Witold Gombrowicz, et aujourd'hui Abdelaziz Baraka Sakin. «La vie inquiète» de l'auteur du Léviathan. Les «fantasmâlgories» nazies. Des rodéos automobiles à Riyad. Ernest Pignon-Ernest et ses icônes de la douleur et de la rébellion. Et aussi... voici le sommaire complet de ce n°17, dont certains articles paraîtront d'ici le mardi 11 octobre.

Littérature française

Sébastien Berlendis, Maures, Stock
Maures est le récit d’un temps promis à disparaître, mais aussi d’un espace, une pinède, un arrière-pays. Avec douceur, l’écrivain coud ensemble des images qui les suspendent, en équilibre.

Denis Michelis, Le bon fils, Notabilia
Bref, ironique, d’une invention formelle salutaire, le livre de Denis Michelis rend sensible la violence du langage. Au-delà de la simple satire sociale, il y mène une réflexion subtile sur nos désirs, nos fantasmes et sur la réalité que nous construisons.

Jean Ray, Les contes du whisky et La cité de l’indicible peur, Alma
Les éditions Alma entreprennent de republier l’œuvre intégrale de Jean Ray. Les deux premiers volumes sont des textes majeurs du genre fantastique. Drôles, brefs et âpres, ils conçoivent la peur comme le moteur de la fiction.

Littérature étrangère

Abdelaziz Baraka Sakin, Le Messie du Darfour, Zulma
Le premier roman traduit en français du romancier soudanais ressemble à une profession de foi moins religieuse que politique : un fort récit sur l'attente de la fin de la guerre. Cet article a été publié en avant-première dans Mediapart.

Entretien avec Abdelaziz Baraka Sakin
De passage à Paris, le romancier soudanais évoque pour En attendant Nadeau la conception de son livre, les raisons de son exil et la place des langues soudanaises dans son travail. Cet article a été publié en avant-première dans Mediapart.

Justyna Bargielska, Petits renards, Les Allusifs et Igor Ostachowicz, La nuit des Juifs-vivants, L’antilope.
Les Polonais font de drôles de rêves. Dans Petits renards, deux jeunes femmes s’endorment encore maquillées, se retrouvent dans des univers plus ou moins étranges, se les racontent, et ça donne un compte-rendu désopilant de la Pologne d’aujourd’hui. Un carreleur entend gratter sous le sol alors qu’il fait l’amour avec son amie dans sa cave. Il comprend que les Juifs morts pendant la guerre, reviennent. Un cauchemar ? C’est La nuit des Juifs-vivants.

Jean-Luc Bertini et Alexandre Thiltges, Amérique. Des écrivains en liberté, Albin Michel
Un livre d’entretiens et de photographies réussi qui allie élégance pensive et enthousiasme raisonné pour brosser un portrait coloré de l’Ouest américain. Soit 35 romanciers rencontrés chez eux dans leur paysage quotidien. Un article publié en avant-première sur le Club de Mediapart.

Witold Gombrowicz, Kronos, Stock
Gombrowicz a tenu ce journal secret, mais il a tenu à ce qu’il soit publié. Lui qui jetait ses manuscrits quand une œuvre était achevée, il a demandé à sa femme, Rita, de sauver le manuscrit de Kronos. Publié en 2013 en Pologne, ces anti-confessions ont fait événement.

Eduard von Keyserling, Escalier trois, Jacqueline Chambon
Ce roman de 1892 est une redécouverte et une belle surprise. Eduard von Keyserling y observe d’un regard acéré les remous sociaux dans l’Autriche de la fin du XIXe siècle.

Antonio Muñoz Molina, Comme l’ombre qui s’en va, Seuil
Dans la capitale lisboète se sont croisées deux ombres : celle de James Earl Ray, l’assassin de Martin Luther King, et celle de l’écrivain qui raconte sa brève existence. Le dernier roman de Muñoz Molina part sur les traces de Ray à Memphis.

Salman Rushdie, Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, Actes Sud
Le  douzième roman de Salman Rushdie n’a pas les rythmes ni la puissance de son modèle. La loquacité, ses capacités à enchanter tournent parfois, sous le coup d’un emballement incontrôlé, à vide.

Poésie

Dante Alighieri, La Divine comédie – L’Enfer, Actes Sud
Traduire L’Enfer en tercets est audacieux. Malgré les nombreuses trouvailles qu’il permet, ce parti pris conduit Danièle Robert à sacrifier, au profit de la structure, une trop grande part du texte de Dante.

Denis Strulevitch Marrisson, Le souffle, Félicia-France Doumayrenc
Denis Strulevitch Marrisson, fondateur énigmatique de la revue Le souffle rêve de ressusciter le mouvement du Grand Jeu.

Essai

Philippe Bihouix et Karine Mauvilly, Le désastre de l’école numérique, Seuil
Les auteurs mènent une charge argumentée, parfaitement construite, contre le « désastre » du numérique, tel qu’il se déroule à l’école. Stimulant, parfois irritant ou excessif, leur pamphlet a le mérite de pointer les problèmes d’une éducation au numérique pas assez réfléchie.

Daniel Fabre, Bataille à Lascaux. Comment l’art préhistorique apparut aux enfants, L’échoppe
À partir des réflexions de Georges Bataille sur les peintures de Lascaux, le dernier livre de Daniel Fabre lie l’imaginaire de l’art préhistorique à celui des épiphanies chrétiennes et repense les conditions d’émergence du merveilleux.

Benjamin Fondane, Rencontres avec Léon Chestov, Non Lieu
La rencontre décisive que Benjamin Fondane fit de Chestov en 1933 fut l’occasion d’un dialogue continué jusqu’à la mort de Chestov en 1938  et dont il tint minutieusement la chronique. Ces Rencontres avec Léon Chestov, heureusement rééditées, font un portait saisissant du penseur russe.

Histoire

Jacques-Olivier Boudon, Les naufragés de la Méduse, Belin
Une étude précise sur l’histoire vraie du « radeau de la Méduse » immortalisé par Géricault et ce qu’elle révèle de la violence humaine.

Philippe Lejeune, Aux origines du journal personnel. France 1750-1815, Honoré Champion
Dans une succession de monographies toutes plus intéressantes les unes que les autres, Philippe Lejeune poursuit son interrogation sur l’essor du journal intime qui, comme l’écrivait Pierre Pachet, « observe au quotidien la crise de l’âme moderne ».

George Prochnik, L’impossible exil. Stefan Zweig et la fin du monde, Grasset et Moriz Scheyer, Si je survis, Flammarion
Les passionnants mémoires d’exil en France du journaliste viennois Moriz Scheyer racontent l’histoire typique des émigrés d’Allemagne avant et pendant la guerre, dont celle de Zweig dont George Prochnik donne une énième et pas entièrement convaincante, biographie.

Klaus Theweleit, Fantasmâlgories, L’Arche
Un ouvrage capital analyse le nazisme à l’aune du corps. En mesurant l’impact des pulsions sexuelles et de leur frustration, Theweleit démontre que cette idéologie est l’aboutissement du refoulement et du ressentiment au point extrême de leur dynamique propre.

Philosophie

Luc Foisneau, Hobbes : la vie inquiète, Folio essais
Luc Foisneau s’est distingué comme l’un des meilleurs hobbesiens français. Il offre ici un livre remarquable et savant sur la pensée politique de l’auteur du Léviathan.

Georges-Arthur Goldschmidt, Heidegger et la langue allemande, CNRS
Notre ami et collaborateur Georges-Arthur Goldschmidt poursuit son « corps à corps » avec la perversion de la langue l’allemand dans l’œuvre de Heidegger. Avec précision, liant sa réflexion à ses sentiments intimes, à son histoire, il interroge une tradition réactionnaire et conservatrice qui remonte plus loin encore.

Politique

Pascal Menoret, Royaume d’asphalte. Jeunesse saoudienne en révolte, La Découverte
Dans Ryad, des jeunes gens organisent des rodéos et détruisent des véhicules. A partir de ce qui pourrait sembler un épiphénomène, Pascal Ménoret élabore une réflexion passionnante sur la révolte sociale, politique et même sexuelle de la jeunesse saoudienne.

Arts

Hommage à Edward Albee
Edward Albee, disparu le 16 septembre 2106, est célèbre dans le monde entier pour Qui a peur de Virginia Woolf ? Son œuvre ne se limite pourtant pas à cette seule pièce.

Exposition Ernest Pignon-Ernest au MAMAC (Nice) et Ernest Pignon-Ernest, De traits en empreintes, Gallimard/MAMAC
Publiée par MAMAC (Nice) et Gallimard, la boîte de 60 documents passionnants du dessinateur Ernest Pignon-Ernest (né à Nice en 1942) contient 30 reproductions d’œuvres en situation, 15 cartes postales d’œuvres en situation et 15 fac-similés de dessins préparatoires et d’archives.

La peau et les mots, la collection Cérès Franco à la coopérative-collection de Montolieu (Aude)
L’exposition Cérès Franco qui se tient à Montolieu, dans l’Aude, jusqu’au 31 octobre, impressionne par son audace salvatrice, son mordant et son ahurissante diversité. Un article publié en avant-première sur le Club de Mediapart.

 

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