Erri de Luca reçoit le Bad Sex in Fiction Award 2016

Mercredi 30 novembre, tous les nominés, sauf un, d’un prix littéraire vieux de vingt-trois ans ont poussé un soupir de soulagement à l’idée d’avoir échappé à sa distinction suprême, celle du « Bad Sex in Fiction Award ». Tous sauf un : Erri de Luca, qui a reçu ce prix avec une scène de « The Day Before Happiness », traduction anglaise de son roman « Il giorno prima della felicità »

Inventé par le mensuel britannique, Literary Review,  le prix récompense la plus mauvaise scène de sexe d’un roman non érotique. Les années précédentes, il a couronné les efforts en ce domaine de Jonathan Litell dans Les Bienveillantes (2009),  Nancy Huston dans Infrarouge (2010) ou Ben Okri  dans The Age of Magic (2014). Le « Bad Sex in Fiction Award », qui est ouvert, on le voit, à la diversité linguistique, ethnique et sexuelle a constitué cette année comme les précédentes une liste de prétendants sérieux (consultable sur le Net). En y jetant un coup d’œil, on pourra regretter que tel et tel écrivains  pour qui on a une sympathie y figurent mais au vu des citations qui les ont fait sélectionner, on aurait du mal à critiquer la compétence du jury du « Bad Sex in Fiction Award ».

Pour 2016, les chroniqueurs littéraires anglo-saxons avaient déjà déjà leur favori, en l’occurrence une favorite, pour la scène ci-dessous où une certaine Anne, du XVIIe siècle, décrit les délices charnels de sa copulation avec son amant apprenti boucher : « Anne, » dit-il, en s’arrêtant et en me regardant. (Je me trouve à présent fixée comme une lessive par sa pince à linge à sa corde.) « J’ai toujours pensé que le bruit le plus doux au monde était celui des vaches en train de paître. Mais ça c’est bien mieux. » Il se met à aller et venir, et nous écoutons la douce succion là où nos deux corps se joignent. Puis je bouge à mon tour et fais disparaître de son esprit toute pensée sur les bovidés. »

© Catherine Hélie © Catherine Hélie

C'est finalement Erri de Luca, dans une traduction de Michael Moore, qui l'a emporté grâce au passage suivant : « My prick was a plank stuck to her stomach. With a swerve of her hips, she turned me over and I was on top of her. She opened her legs, pulled up her dress and, holding my hips over her, pushed my prick against her opening. I was her plaything, which she moved around. Our sexes were ready, poised in expectation, barely touching each other: ballet dancers hovering en pointe. » Ce qui donnerait, en français : « Ma bite était une planche collée à son estomac. D’un coup de hanches, elle me renversa sous elle. Elle ouvrit les jambes, releva sa robe et , me maintenant  au dessus d’elle, elle guida ma bite contre son ouverture. J’étais son joujou tandis  qu’elle  bougeait sous moi. Nos sexes étaient prêts, attendant d’entrer en action, se frôlant à peine comme des danseurs sur les pointes. »

À la connaissance d'EaN, Erri de Luca ne s'est pas rendu à la cérémonie de remise du prix pour recevoir le trophée (il y en a un). Il est probable qu'à l'image des récipiendaires antérieurs, il ne signalera ni sur son site ni dans sa biographie l’honneur qui lui a été fait. Car, il semble que, hormis quelques gagnants doués d’un solide sens de l’auto-dérision (c’est à dire ni Jonathan Litell, ni Nancy Huston, ni Ben Okri), rares sont ceux qui se glorifient des facétieux lauriers dont l’excellente Literary Review les a couronnés.

Claude Grimal

www.en-attendant-nadeau.fr


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