En attendant Nadeau: Philippe Forest à la Une

En attendant Nadeau fait sa rentrée. À la Une de notre numéro 15 : Philippe Forest, qui publie «Crue», Yoko Tawada et son «Histoire de Knut», «Laëtitia» d'Ivan Jablonka et le premier roman d'Elisa Shua Dusapin : «Hiver à Sokcho».

Éditorial

 Les livres, qui ont besoin de silence et d’ombre, qui en procurent aussi, ont apaisé la chaleur de l’été. Nous en avons lu de nombreux, des livres secrets, des livres oubliés, mais aussi des livres encensés, des livres d’automne aux promesses de printemps, des livres que nous avons aimés. Tout au long du mois de septembre, nous allons partager nos lectures, celles qui nous ont marqués le plus, mais aussi celles qui nous ont moins convaincus, de romans bien sûr, mais aussi de textes d’idées, de livres d’histoire et de philosophie qui peuvent nous aider à avancer, plus loin que certains débats qui nous ont empoisonnés ces derniers mois.

Vue de loin, une rentrée ressemble à toutes les rentrées. Mais dès qu’on plonge dans les livres, on y trouve des compagnons étonnants, qui font qu’elle gagne une saveur spéciale et qu’on apprend à l’aimer. Nous avons remarqué plusieurs romans de la diaspora africaine, parmi lesquels le plus impressionnant est sans conteste Voici venir les rêveurs d’Imbolo Mbue. Un certain nombre de textes misent sur l’anticipation, de façon assez contrastée. Dans Fraternels, Vincent Borel met en scène une apocalypse joyeuse un peu trop fantaisiste quand, de manière beaucoup plus puissante, Philippe Forest dans Crue, décrit un effondrement qui ressemble à la fois aux catastrophes écologiques prochaines et aux grandes destructions du passé. Le deuxième roman de Ben Lerner, 10 : 04, fait lui du paradis futur une version à peine modifiée du présent. Les sorcières de la République de Chloé Delaume, dont nous rendrons compte dans le prochain numéro, nous a aussi beaucoup frappés par son oscillation entre dystopie et prophétie. Son incroyable vitalité, sa variété de ton et de style, son originalité happent véritablement le lecteur.

Crue de la Seine en juin 2016, à Ivry-sur-Seine © Christophe Pinard Crue de la Seine en juin 2016, à Ivry-sur-Seine © Christophe Pinard

Parmi les découvertes, on retient le premier roman d’Elisa Shua Dusapin, Hiver à Sokcho, qui se déroule à la frontière entre les deux Corées, ou encore Les cosmonautes ne font que passer d’Elitza Gueorguieva, qui évoque une fin d’enfance en Bulgarie juste avant la chute du mur de Berlin. Laëtitia d’Ivan Jablonka, dont Norbert Czarny donne ici un compte-rendu très élogieux, a fait débat au sein de notre rédaction, certains lui reprochant une forme de condescendance. D’autres livres, encensés ailleurs, ont pu susciter quelques réserves chez nos critiques, ainsi Le grand jeu de Céline Minard ou Les premières fois de Santiago Amigorena.

Des livres importants, parfois sortis un peu avant l’été, font l’objet de recensions qui en expliquent l’intérêt : l’ouvrage magistral de Christian Jambet, Le gouvernement divin : Islam et conception politique du monde, mérite une grande attention. Deux publications récentes permettent de retrouver l’esprit de l’Ancien Régime, qui invite à rire et à penser tout à la fois, un essai d’Élisabeth Bourguinat sur le persiflage et l’édition en un volume par Maxence Caron des œuvres de Chamfort, Rivarol et Vauvenargues, sous-titré « L’Art de l’insolence »

Parmi les rendez-vous de la quinzaine, signalons que nous sommes partenaires du festival America, qui se tient du 8 au 11 septembre à Vincennes. Surtout, le partenariat qui s’est amorcé avec Mediapart place notre rentrée sous le signe de l’avenir et de l’espoir. Dans le club de Mediapart, retrouvez notre blog sur lequel nous publions des contenus inédits. Et pour les abonnés, suivez nos signatures aux côtés de celles des critiques de Mediapart. En partageant des idées, une part de notre contenu, nous espérons gagner de nouveaux lecteurs et avoir les moyens de poursuivre notre entreprise de critique libre et engagée, attentive et patiente.

T.S., 31 août 2016

www.en-attendant-nadeau.fr

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