Place au peuple : dissolution, élections

Le peuple a toujours inspiré crainte et mépris aux bourgeois. Les voila ovationnant les forces de l'ordre, aveugles et sourds au peuple, sans souci des principes. Les inégalités causent pourtant l'injustice et la révolte. La légitimité des urnes s'oppose à celle du peuple. Celui-ci étant souverain, il faut dissoudre et voter, plutôt que d'attiser les violences.

Ces dernières semaines se joue chaque week-end un match. Une partie parfois confuse, souvent lumineuse. Et d'aucuns ont choisi leur équipe par avance, sans trop savoir pourquoi, suivant leur instinct bourgeois, effrayés par l'équipe d'en face et ses mauvaises manières de peuple à bout.

Tout en reconnaissant quelques maigres qualités à cet adversaire, rangé d'avance dans le camp des perdants, honni pour ses coups de poing de révolte contre l'injustice, ces bonnes gens se sont empressés de se lever d'un bond pour ovationner debout leur équipe favorite, ses casques lourds et ses rudes matraques, ses stratégies de nassage pilotées par le vil gouvernement, et de leur adresser mille louanges et des torrents de rose, alors que ceux-là s'étaient permis toutes les violences sans prendre le moindre carton rouge.

Puis, en allant piocher deci delà quelques images d'ultras ou d'abrutis sélectionnées pour mieux discréditer la parole populaire, ils se sont employés à s'en distinguer pour mieux jouer les précieux mathématiciens, les importants conférenciers du futur, les maîtres de l'entre-soi et des petits fours, distribuant à celui-là un brevet condescendant, à l'autre un jugement sans appel sinon l'exil d'un vulgaire communard.

À tous ces Adolphe Thiers à la montre à gousset adeptes de la manifestation populaire pourvue qu'elle soit folklorique et sur laquelle ils aiment tant ironiser, méprisant qui le fonctionnaire privilégié, qui le syndicaliste fainéant, qui l'étudiant engagé, qui le lycéen remis à genoux, qui le réfugié ignoré, et qui n'auront jamais mis un kopeck dans la moindre cause populaire mais tout investi dans la pierre et la bourse, je dis ceci, vous vous croyez justes car armés de vos préjugés et de votre sens moral, vous ne défendez pas les principes et vous desservez la République, vous ne défendez tristement que le "business as usual". Vous qui prônez le retour à la normale avant d'envisager la discussion ou la moindre concession, apprenez que cette normale ne l'est en rien, qu'elle grelotte d'injustice sociale et qu'elle est indigne d'un pays aussi riche, en proie au désordre économique et écologique, qu'elle signifie le chaos et la misère pour des millions, qu'elle est insupportable.

Apprenez aussi que la République est soumise au Peuple, seul souverain, mais que cette légitimité lui est confisquée par l'oligarchie élue par effraction sans le moindre ouvrier dans ses rangs. Cette caste puissante et immensément riche défend ses prébendes avec son arrogance jupitérienne. Elle prétend encore et toujours faire payer les pauvres, cela n'a que trop duré. Place au peuple.

Comme les légitimités s'opposent, la dissolution s'impose. Mieux valent des élections que de jouer au pompier pyromane, de diviser et de souffler sur les passions guerrières. Mieux vaut ne pas ovationner les forces de l'ordre mais leur payer leurs heures supplémentaires avec les millions de Carlos Ghosn et des autres. Seule la justice sociale est garante de l'ordre public. Nous sommes très loin du compte.

 

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