Une victoire pour les maitres chiens sans papiers de la SNCF

film maitres chiens sans-papier se battant pour obtenir leur régularisation © enviedetempeteprod
film maitres chiens sans-papier se battant pour obtenir leur régularisation © enviedetempeteprod

Au théatre de La Belle Etoile à St-Denis, le 26 septembre 2009 © P. Fayollat Au théatre de La Belle Etoile à St-Denis, le 26 septembre 2009 © P. Fayollat

Après des mois de lutte d'octobre 2008 à aujourd'hui, et avec le soutien décisif de Sud Rail, 38 ex maîtres chiens sans papiers viennent d'être régularisés. Voici venu le moment de se réjouir de cette belle victoire au théatre de La Belle Etoile avec la Compagnie Jolie Môme.


Ils étaient exploités par la société Vigimark ou ses sous-traitants, elle même ex-titulaire d'un marché de gardiennage pour le compte de la SNCF et que celle-ci, sous la pression du scandale, a dénoncé l'été dernier. Certains travaillaient 17 heures par jour tous les jours pour 1300 euros par mois, soit 2,5 euros de l'heure (cf. le billet du blog de Marie Barbier, journaliste à L'Humanité) , une situation proche du servage.
Une pensée, une prière, une adresse à tous ceux, sans doute les plus nombreux, qui ne sont pas sortis de l'ombre. Ils n'en ont pas eu le courage ou plutôt, ils ont été trop humbles ou encore, ils ont éprouvé de la culpabilité alors que ce sont des victimes. Que ce combat réussi leur serve de tremplin, qu'il en soient fiers comme sont fiers aujourd'hui ceux ici qui ont dû tant d'années raser les murs pour ne pas finir en centre de rétention puis subir une expulsion brutale vers Babi.
L'emploi masqué mais bien réel de centaines de milliers de travailleurs étrangers privés de droit apporte un surcroît de profit aux patrons et aux actionnaires. Cette aubaine sert de moyen de chantage sur les salariés réguliers, renforçant la stagnation des salaires et la dégradation des conditions de travail dans de nombreux secteurs économiques.
La recherche effrénée du profit, l'"externalisation" vers le moins-disant de travaux présentés comme "sans valeur ajoutée" constituent les causes de ce mal. Avec cynisme, les entreprises publiques montrent le chemin aux entreprises privées en employant de plus en plus de stagiaires, d'apprentis jamais embauchés, de CDD, d'intérimaires, de précaires à vie à temps partiel. On appelle cela la modernité "libérale" ou l'américanisation. Il s'agit d'être belle pour la privatisation qui s'annonce à la SNCF, à La Poste et ailleurs. On est bien loin de l'intérêt général.
Plus globalement, l'"externalisation", c'est l'exportation du travail vers les pays où les travailleurs sont sous-payés et exploités. C'est exactement la situation des sans-papiers ici. Donc le combat contre cette mondialisation inique et la lutte pour les droits des sans-papiers en France se rejoignent. Rien que le comprendre constitue un enjeu. Nous sommes si pressés de grimper dans un wagon sur le quai de la gare Saint-Lazare ou certains sont si désemparés en quête sans fin d'un boulot dans les lumières endiablées de Treichville, les rues du Plateau ou entre les baraques de Boribana. Interrogeons-nous sur les raisons légitimes, impérieuses qui les poussent alors à tout quitter pour un espoir de vie meilleure en terre étrangère. Cela mérite la considération et le respect, pas la matraque ni l'exploitation.
Avec la crise, l'externalisation des coûts s'accélère, le chômage explose et va miner inexorablement le tissu social, les addictions vont se répandrent un peu plus, les conduites à risque vont augmenter, la violence va grimper et la répression s'accentuer, les libertés individuelles et collectives seront mises à mal. Dans le même temps, le pouvoir stigmatise l'immigré "non choisi", le désigne, ainsi que ses soutiens autochtones, comme délinquants, et dresse, pour cette raison et au nom de la "guerre économique" et du "choc des civilisations", une forteresse autour de l'Europe alors que les Européens peuvent voyager et s'installer partout. Voilà où le capitalisme financier et mondialisé nous entraîne, voilà ce que je rejète avec force, voilà ce qui me mobilise.
Mais fait écho aussi une expérience plus intime, une belle amitié avec Mamadou, une des personnes régularisées, un poisson noir jailli un jour de la mer, un footballeur hors pair, un camarade sage et dévoué, que j'ai failli perdre un dimanche, arrêté par la PAF à Roissy et qu'un policier généreux choisit de relâcher contre l'avis de son collègue ; une autre fois sous le coup d'un arrêté d'expulsion mais libéré par le juge alors que, ce soir-là, le centre de rétention de Mesnil-Amelot était plein. Il a son étoile, peut être avons nous la même d'ailleurs. En tout cas nous regardons dans la même direction. Cette amitié m'est précieuse. Plus que d'autres peut-être, elle m'a humanisé.
Personne ne devrait être enfermé dans ses frontières et qu'il soit bien clair que si nous en sommes là, le capitalisme et les inégalités immenses qu'il entraîne en sont responsables. L'amour humain vaut mieux que le veau d'or, l'oublier c'est se perdre. Vive la lutte et que la joie demeure.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.