Que l'on m'explique les subtilités du marxisme au XXI siècle !

Pourquoi la doctrine de l'internationalisme de ce XXI siècle naissant, doit obliger les meilleurs des révolutionnaires, à pousser à des insurrections populaires partout, sauf où ces révolutionnaires vivent ?

Est-il nécessaire de présenter ce groupe politique continuateur du trotskysme en France : Le Groupe pour la construction du parti ouvrier révolutionnaire, la construction de l'internationale ouvrière révolutionnaire.

http://socialisme.free.fr/

Ce groupe ces derniers jours, publie un tract , une déclaration parue sur le site " Maghreb socialiste ".

http://socialisme.free.fr/supplements/2019_02_28_supp_cps71_algerie.pdf

Excellent tract si l'en est, puisque cette déclaration épouse absolument et fidèlement, une ligne trotskyste révolutionnaire, comme de nos jours elle n'existe nul part ailleurs.

Donnons- nous la peine de la lire :

"...Depuis vendredi, on assiste partout en Algérie à une déferlante de manifestations avec une exigence : en finir avec le régime (...) Tous ensemble, les travailleurs, la jeunesse, les intellectuels… défient une dictature (...) Ce qui est à l’ordre du jour, c’est de parvenir à ce que le prolétariat prenne la direction de l’organisation du combat, en imposant aux directions des organisations ouvrières (UGTA et syndicats autonomes) qu’elles prennent en charge le combat pour la satisfaction des revendications (...) L’organisation du combat nécessite donc que les travailleurs se réapproprient leurs centrales syndicales pour imposer un véritable front unique. Les syndicats n’appartiennent pas à leurs dirigeants, ils appartiennent aux travailleurs ! Les dirigeants doivent se soumettre ou se démettre !..."

Comment pouvons-nous ne pas saluer la clairvoyance des rédacteurs de ce communiqué ! Comment ne pouvons-nous pas nous poser cette grave question cependant, de savoir pourquoi ce qui est juste en Algérie ne l'est pas en France ?

En effet ce groupe, réagissant instantanément à des premiers troubles populaires en Algérie, semble beaucoup moins réactif, voir pas du tout, à des mêmes troubles populaires qui se passent en France depuis quatre mois.

Sur le site de ce groupe, sur la colonne de gauche, nous pouvons observer que depuis le 05 décembre 2018, la publication de leur bulletin est gelé au numéro 71. Seul existe le 11 décembre un "Supplément «Gilets Jaunes» à CPS n°71 ".

La seule chose à dire c'est que sur ce supplément, les camarades de ce groupe ne se montrent pas tendre vis à vis du mouvement ouvrier des gilets jaunes. Comme amabilité on peut lire :

"...On ne peut rien comprendre à la place qu'a occupée et qu'occupe le mouvement des "gilets jaunes" si l’on ne commence pas par dire dans quel contexte il est apparu (...) D'un côté il y a les cadeaux fiscaux aux "premiers de cordée" (...) de l'autre l'alourdissement de la fiscalité sous tous les prétextes pour la classe ouvrière mais aussi pour les couches sociales en voie de prolétarisation ..."

"...S'agissant de ce mouvement, la variété des soutiens qu'il reçoit peut étonner (...) L'étonnant arc-en-ciel politique des soutiens aux ”gilets jaunes” exige d'avoir une appréciation politique précise sur ce dont il s'agit ici..."

"...de l'extrême droite à l'extrême gauche, tous s'émerveillent de la "spontanéité" de ce mouvement. En réalité, sa spontanéité est relative. Les forces organisées y existent, même si, dans le cas présent, elles se déguisent sous le masque de l'"apolitisme" (...) Les Le Pen, Dupont Aignan ou Fillon : tous sont à la manœuvre. Les Buhler, Drouet, Cauchon, Chalençon, Miralles, figures connues du mouvement, ont tous en commun leur engagement dans les eaux fangeuses du FN, de DLF, de LR ..."

Conclusion de nos trotskystes, et justification de leur transparence depuis quatre mois sur la lutte des classes se déroulant en France :

"... Dis-moi qui tu hantes, qui tu acceptes, qui tu tolères, qui te soutient, et je te dirai qui tu es ! La devise s'applique ici entièrement...."

Ainsi pour ce groupe trotskyste en France, canal historique du marxisme dans notre pays, à l'aune de cette devise, le mouvement ouvrier des gilets jaunes est potentiellement, beaucoup plus réactionnaire, qu'il n'est révolutionnaire.

Le premier secrétaire de la CGT, Philippe Martinez peut jubiler : il n'est pas seul à dénoncer ce mouvement de contestation se réduisant à "...une poussière d'individus engagés dans la lutte de chacun contre tous, et à ce titre pouvant être enrôlés au service d'autres classes..."

Alors interrogeons-nous, et cherchons les raisons poussant les révolutionnaires vivant en France, à voir ici , et pas en Algérie que "... La composition sociale du mouvement des "gilets jaunes", l'existence parmi eux de prolétaires parmi les plus exploités n'en fait en rien un mouvement allant dans le sens des intérêts ouvriers. Ce qui détermine la nature de ce mouvement, c'est la nature de sa direction et la nature de ses objectifs politiques..."

Regardons un peu ce qui ce passe de l'autre côté de la méditerranée. Quelles forces politiques se placent à la tête des masses insurgées algériennes, loin très d'être hélas et elles aussi très prolétariennes, et immédiatement qu'elles sont "...la nature de ses objectifs politiques..." ?

Nous avons un certain Ali Ghediri, général à la retraite. Il s'est fait connaître en publiant une lettre ouverte dans le quotidien El Watan il y a trois mois. Il y déclare craindre une «redescente aux enfers» du pays qui «a assez souffert depuis le recouvrement de son indépendance». «Ses enfants sont en droit de vivre une rupture qui réponde à leurs aspirations, à leur rêve», écrit celui qui se présente comme le «candidat du peuple».

Il y a ce trouble Rachid Nekkaz, pas franchement un communiste celui là. Omniprésent sur les réseaux sociaux, l'homme d'affaires Rachid Nekkaz draine des foules de jeunes enthousiastes. Opposant virulent à l'interdiction du voile intégral en France, il est connu dans l'Hexagone pour régler les amendes dressées pour port de niqab, lorsqu'il n'est pas marchand de sommeil.

Un autre type de politicien, issu du FLN, difficilement classable à gauche lui aussi  : Ali Benflis, principal opposant lors des deux dernières élections présidentielles. «Ma place n'est plus dans une compétition électorale dont notre peuple (...) dénonce avec vigueur le caractère biaisé et faussé. Le peuple a pris la parole et je l'ai entendu (...) L'élection présidentielle, dans les circonstances actuelles, n'a ni sens ni raison d'être», nous dit ce grand défenseur de la cause ouvrière !

Nous pouvons bien chercher un représentant du mouvement ouvrier algérien, nous n'en trouverons pas un seul ces dernières semaines à la tête des insurgés. D'ailleurs "Mahgreb socialiste" dans son communiqué le confirme : "...UNE NÉCESSITE IMPÉRIEUSE : imposer la rupture des dirigeants de l’UGTA et syndicats autonomes avec le pouvoir !..". La preuve que en Algérie comme en France la gauche, les chefs du mouvement ouvrier, savent se faire discret.

Alors pourquoi la doctrine de l'internationalisme de ce XXI siècle naissant, doit obliger les meilleurs des révolutionnaires, à pousser à des insurrections populaires partout, sauf où ces révolutionnaires vivent ?

Lénine, lui qui était vraiment révolutionnaire, non seulement partait du principe que l'ennemi du prolétariat est dans son propre pays, mais il considérait aussi impossible une révolution ouvrière et socialiste, sans l'apparition préalable d'une contestation de type populaire, toutes classes sociales confondues, que cela éclate dans un pays semi colonial comme l'Algérie , ou dans un pays impérialiste comme la France :

"...La révolution socialiste en Europe ne peut pas être autre chose que l'explosion de la lutte de masse des opprimés et mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement - sans cette participation, la lutte de masse n'est pas possible, aucune révolution n'est possible - et, tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs..."

https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/201118/lenine-aurait-porte-bonnet-rouge-et-gilet-jaune

Alors que l'on m'explique !

Pourquoi en Algérie faut il se battre pour :

 Il faut imposer aux dirigeants de l’UGTA et des syndicats autonomes de
rompre avec le gouvernement et de prendre en charge l’organisation d’une
IMMENSE MANIFESTATION CENTRALE A ALGER
POUR EN FINIR AVEC LE RÉGIME.


Pourquoi en France ne faut il pas se battre :

Il faut imposer aux dirigeants de la CGT et FO et des syndicats SOLIDAIRES de
rompre avec le gouvernement et de prendre en charge l’organisation d’une
IMMENSE MANIFESTATION CENTRALE A PARIS
POUR EN FINIR AVEC LE RÉGIME.

Les choses étant ce qu'elles sont, en Algérie comme en France, en finir avec ces régimes, en ouvrant une perspective révolutionnaire à des masses, plus ou moins prolétariennes, plus ou moins en gilets jaunes !

 

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