Il y avait bien une autre solution à NDDL pour éviter une faillite à tous les étages

Il y avait bien une autre solution à NDDL et la décision du président Macron de renoncer à la construction de l’aéroport consacre la faillite de la parole présidentielle, de l’État de droit, de la démocratie, du développement de l’Ouest du pays mais aussi de la pensée écologique, de l’analyse économique et dans une moindre mesure de la sécurité des transports aériens à Nantes.

NOTRE DAME DES LANDES: naufrage à tous les étages

Quelques semaines après la décision gouvernementale, procédons à une petite analyse des conséquences de la décision jupitérienne relative au projet d’aéroport de NDDL et prise, comme il se doit dans le Royaume de France, en toute démocratie, par le seul Président Macron face à lui-même. Le moins que l’on puisse dire est que cette affaire s’est achevée par un naufrage généralisé alors qu'il existait une alternative.

 

 Naufrage de la parole présidentielle :

Chacun se souvient des engagements du candidat Macron qui affirmait avec force que s’il était élu, le projet d’aéroport serait réalisé à NDDL au cours de son quinquennat. Monsieur je-fais-ce-que-je-dis est donc pris en flagrant délit de promesse non tenue. Au demeurant, cela fait des lustres que la parole des politiciens, fussent-ils présidents, ne vaut plus rien en France mais il est clair aujourd’hui que ce n’est pas le président actuel qui va restaurer la confiance des électeurs envers les engagements de leurs élus. Sans doute y avait-il beaucoup de naïveté chez ceux qui ont cru un homme qui a tout au long de sa campagne électorale cultivé l’ambigüité à un degré jamais vu et dont par exemple personne n’a finalement jamais su s’il était socialiste (ce qu’il a affirmé) ou s’il ne l’était pas (ce qu’il a également affirmé)… Même si le doute a été levé aussitôt que le candidat est devenu président.

 

 Naufrage de l’État de droit :

Dans un Etat de droit, un projet comme celui de NDDL est susceptible de recours et la justice peut-être amenée à se prononcer sur sa légalité. Et c’est très bien ainsi. Le moins que l’on puisse dire est que les opposants au projet ne se sont pas contentés d’une occupation (illégale) des terrains concernés et d’une portion (très réduite) du réseau routier. Ils ont aussi multiplié les procédures pour obtenir par la loi ce qu’ils craignaient de ne pas obtenir par d’autres moyens. Et force est de constater que la loi leur a systématiquement donné tort.  D’aucuns citent le chiffre de 154 décisions judiciaires favorables à la construction de l’aéroport. Peu importe leur nombre exact mais nul ne peut contester que la justice ait autorisé en toute connaissance de cause la réalisation de cet aéroport. Et quoique l’on pense des opposants qui comptaient sans doute autant d’idéalistes que de manipulés, autant de joyeux fêtards que d’ultras prêts à tout et autant de partisans d’une autre société que d’apôtres de la violence, il est consternant de constater que l’agitation de quelques centaines d’individus l’a emporté sur la loi. Ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour un Etat de droit et chacun sait aujourd’hui que n’importe quel projet (bon ou mauvais) peut être torpillé en France par une poignée d’adversaires déterminés quand bien même le droit leur donne tort.

    

 Naufrage de la démocratie :

A travers toute l’Europe « démocratique », se sont multipliés au cours des dernières années les exemples de résultats électoraux contraires aux attentes des gouvernements. Ceux-ci n’ont parfois pas hésité à s’affranchir du résultat obtenu en organisant un nouveau référendum ou en faisant adopter par le parlement le texte repoussé par la consultation populaire. Le résultat du référendum réalisé en Loire-Atlantique à propos de l’aéroport est sans appel : plus de 50 % de participation, 55,17 % de « oui », soit 268 981 votes.  Versus quelques centaines d’opposants sur le terrain… Qu’importe ! Un nouveau pas de forfaiture démocratique est franchi avec ce dossier de NDDL puisque le vote des électeurs est annulé d’un trait de plume par le pouvoir exécutif qui ne prend pas même la peine de masquer son diktat par un nouveau recours au peuple ou au parlement. Le peuple a tort puisqu’il ne pense pas comme le Prince.

Quant à la pathétique justification donnée par Daniel Cohn-Bendit et qui voudrait que le référendum organisé soit invalide car tous ceux qui payent doivent donner leur avis, elle est confondante et on a connu son auteur mieux inspiré. Une telle analyse aboutit au pire au suffrage censitaire (vote réservé à ceux qui payent un montant prédéfini d’une taxe directe) et au mieux à la négation totale de tout pouvoir décentralisé pourtant plus proches du citoyen.

 

Naufrage des perspectives de développement de plusieurs régions :

Le premier ministre a été à cet égard très clair le 17 janvier 2018 lors de sa déclaration relative à la position finale du pouvoir sur l’aéroport : « … Pour les long-courriers, l'enjeu pour les Rennais ou les Nantais, et donc pour les habitants du Grand Ouest, c'est de rallier directement les grands aéroports parisiens… »

Passons sur l’évaluation d’un Grand Ouest qui ne comprendrait que Nantes et Rennes : ce discours est celui d’un technocrate pour lequel la France se limite sans doute à Paris. Mais admirons en revanche cette splendide caricature du jacobinisme ambiant. Chacun se doutait que le quinquennat de notre quatrième président énarque ne serait pas celui du renforcement de la décentralisation. Mais tous n’attendaient pas un refus si brutal d’établissement de liens directs entre les acteurs de l’Ouest du pays et l’étranger. Car c’est évidemment le cœur du projet que de doter l’Ouest d’un aéroport assez grand pour servir les ambitions internationales des entrepreneurs et de satisfaire la soif d’étranger de dix millions de clients potentiels qui y résident. Il y a des lustres que plus personne ne prend l’avion à Nantes pour aller à Paris sauf à y faire escale pour poursuivre un voyage aérien.

Mais qu’on se le dise : Paris conservera l’exclusivité de l’ouverture aux autres pays d’Europe et du monde. Les gueux n’ont qu’à rejoindre la ville-lumière s’ils veulent voyager. Les voyages d’agrément comme les déplacements professionnels en sont-ils plus chers pour les habitants de l’Ouest ? Qu’importe ! Ils n’ont qu’à habiter à Paris ! Une telle politique, qui contraint aussi les partenaires étrangers à passer par Paris, représente-t-elle un frein au développement de l’Ouest du pays ? Et alors ? Qui a dit que l’Ouest devait se développer ?

Et puis pourquoi s’encombrer de logique ? Les bobos parisiens comme les apparatchiks de l’écologie punitive veulent conserver « la province » comme ils l’ont toujours connue : paisible, riante, décontractée, apaisée et apaisante, si possible un tantinet ensommeillée. Et notre hélicologiste national n’est pas le dernier à se réjouir ou au moins à profiter d’un étouffement organisé des régions qui conserve aux résidences secondaires leur charme d’antan et qui font des territoires dépeuplés de merveilleux terrains de jeux pour tout ce qui roule et qui a un moteur.

 

 Naufrage de la pensée écologique :

Les opposants au projet se sont trompés de combat. Leur analyse du problème sur le plan écologique a été systématiquement biaisée lorsqu’ils ont admis sans discussion le théorème suivant : « un aéroport, ça pollue et il convient donc d’en limiter le nombre et d’éviter toute construction en ce domaine ». Sauf que… ce n’est pas l’aéroport qui pollue, ce sont les avions. Et lorsque chaque habitant du Grand Ouest, qui aurait pu prendre un avion à NDDL, ira le prendre à Paris, cela engendrera la même pollution que s’il avait décollé du nouvel aéroport, pollution à laquelle il faudra ajouter la pollution supplémentaire du voyage vers Paris. Le transfert de NDDL à Paris de la pollution induite par l’avion accroîtra par ailleurs la pollution dans une région qui n’en a vraiment pas besoin : l’Île-de-France… sans aucun gain compensatoire en termes d’écologie.  

Une adaptation intelligente du projet aux exigences incontournables de l’écologie aurait conditionné l’ouverture de NDDL à la fermeture concomitante des aéroports de Nantes, de Rennes, d’Angers, voire de Lorient et peut-être même d’ailleurs.

Mais la solution retenue consiste à agrandir l’aéroport de Nantes aux dépends vraisemblables… d’une zone protégée ! Et en termes de bruit, qui constitue aussi une pollution, ce sont 70 000 personnes qui souffriront d’une décision profondément stupide.

 

Naufrage financier :

Les médiateurs nommés en 2017 par le premier ministre pour écrire un énième rapport ont « découvert » l’alternative de réaménagement de l’aéroport actuel – que chacun connaissait depuis toujours – mais ils n’ont pas pensé à l’option de fermeture de l’aéroport actuel de Nantes et de ceux de plusieurs autres villes de l’ouest. Dommage !

Ils parviennent donc à la conclusion que le nouvel aéroport serait plus cher que l’aménagement de l’ancien. C’est omettre les économies qu’auraient pu générer la fermeture des aéroports remplacés par NDDL. C’est faire fi des indemnités énormes auxquelles Vinci aura droit et que cette société obtiendra soit directement soit via des aménagements très favorables que nos politiciens ne manqueront pas de lui offrir pour la gestion des aéroports dont elle a déjà la charge (Nantes et Rennes par exemple). C’est enfin occulter la différence majeure entre les deux seules solutions étudiées : le bricolage des aéroports actuels de Nantes et de Rennes qui ne satisfera personne et devra être revu à moyen terme contre l’octroi au Grand Ouest d’un aéroport moderne qui aurait pu ouvrir cette région du pays sur le monde.

 

Naufrage sécuritaire :

 Il suffit de se promener au centre ville de Nantes lorsque le vent souffle de l’Ouest ou du Sud-ouest (d’où viennent les vents dominants) pour voir les avions passer sur la ville à basse altitude avant de se poser sur l’aéroport actuel qui est au sud-ouest de l’agglomération. Bien entendu les accidents aériens sont extrêmement rares et les procédures suivies par les pilotes de ligne intègrent ce risque supplémentaire lorsqu’il existe. Il est également vrai que certaines villes du monde disposent d’aéroports bien plus dangereux que celui de Nantes. Il n’en reste pas moins que la construction de NDDL permettait de faire disparaître un risque sans soute minime mais qui sera mathématiquement accru par l’extension de l’aéroport actuel. Des avions survolent aussi Paris mais ils le font… à 2 000 mètres d’altitude au moins.

 

 Au total, la décision prise par le pouvoir ignore totalement la solution qui aurait pu être choisie (Construire à NDDL et fermer plusieurs autres aéroports de la région Grand Ouest). c'est donc une très mauvaise décision pour le Grand Ouest mais aussi pour l’ensemble du pays que régit de moins en moins la démocratie. L’État a cédé pour éviter des troubles promis par une minorité d’activistes. Il a d’autant plus facilement cédé que le pouvoir ne se soucie ni du droit ni de la démocratie, ni même du développement d’un sixième de la France et encore moins de l’écologie. Le président Macron n’a au demeurant pas même eu le « courage » d’admettre son renoncement et c’est le premier ministre qui s’est chargé de diffuser une décision qui est bien entendu celle de l’Elysée. Il convient maintenant d’espérer que le pouvoir, qui a choisi la capitulation en rase campagne pour éviter le conflit n’ait pas de la sorte suscité l’émergence de nouveaux points de fixation où il devra demain capituler à nouveau face à des opposants qui seront de plus en plus intraitables et qui auront de plus en plus de mal à comprendre si par aventure on leur résistait.

 Document mis sur mon blog sans méconnaître l’opposition qu’il suscitera peut-être parmi les lecteurs de Médiapart mais sans renier mon indéfectible attachement à la liberté de penser… et de s’exprimer.  

 

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