Européennes : LREM a quand même perdu 3,5 millions de voix

LREM a mobilisé avec succès tous ses alliés médiatiques pour effacer la défaite électorale constituée par les européennes de 2019. Pourtant, non seulement le président n'a pas réussi à conquérir la première place pour son parti pourtant mobilisé en faveur de l'Europe mais il a de fait perdu plus de trois millions et demi d'électeurs depuis les présidentielles et les législatives.

Il est toujours intéressant d’analyser à distance les résultats d'une élection en comparant leur réalité arithmétique à la présentation médiatique qui en est faite.

En ce qui concerne les élections européennes de 2019, la macronie a manifestement tenté de masquer sa défaite face à l 'extrême-droite qui est arrivée en tête, résultat au demeurant franchement inquiétant sans toutefois être une première, le Front National étant déjà arrivé en tête en 2014.

La macronie, aidée par un service public de l'information qui est aux ordres (rappelons le journal de France 3 illustré par des images de gilets jaunes consciencieusement corrigées, en particulier un manifestant qui exhibe un panneau « Macron démission » dont le mot démission a été opportunément gommé, rappelons aussi la dixième position occupée sur la liste LREM aux élections européennes par le patron des rédactions TV de France Ô et d’Outre-mer), la macronie, par ailleurs appuyée par une presse nationale largement contrôlée par les oligarques qui doivent bien ça au président, la macronie donc, a plutôt réussi cette escroquerie intellectuelle et il est maintenant banal d'entendre dire que LREM a fait un « bon score » ou au moins un « score honorable » aux européennes. C'est acté, il n'y a plus rien à voir.

Pourtant, chacun a pu voir le graphique semi-circulaire qui schématise les résultats des européennes en France en pourcentages en comptabilisant les blancs et les nuls mais aussi les abstentions et même les non-inscrits. Le parti libéral de Macron y est alors crédité de 9 % des voix des citoyens en âge de voter (soit 10,7 % des inscrits sur le tableau synthétique des résultats du site du ministère de l'intérieur). Quelle victoire pour un président qui s'est départi de son rôle d'arbitre pour s'investir dans la campagne et y mouiller sa chemise ! Quelle victoire quand on sait que son électorat est très favorable à l'Europe telle qu'elle est aujourd'hui et qu'il s'est donc mobilisé ! Quelle victoire pour la prétendue « majorité » de regrouper un dixième des électeur !

Mais qu'en est-il des chiffres exacts ? Du nombre de votants ? L'évolution dans le temps de l'enthousiasme à l'égard de Macron apparaît alors comme plus inquiétante encore pour le président :

Le candidat Emmanuelle Macron recueille au premier tour de l'élection Présidentielle du 23 avril 2017 un total de 8 657 326 de voix (source : ministère de l'intérieur). C'est là son socle électoral et le chiffre obtenu au second tour, bien meilleur,  est dû à la mobilisation de ceux qui ont voulu voter contre Marine Le Pen sans être pour autant des macronistes.

Ce socle électoral est naturellement conservé lors des législatives des 11 et 18 juin 2017 (soit un mois et demi après le premier tour des présidentielles) car si seulement 6 391 269 voix se portent au premier tour sur LREM et 932 227 sur son allié du MODEM (soit un total  de 7 323 496 voix), il y a lieu de tenir compte des « divers droite » parfois ouvertement macronistes et des élus du PS ou de l'UMP qui se sont opportunément déclarés séduits par les sirène macronistes et qui n'ont donc pas eu de candidat LREM face à eux.

Le deuxième tour des législatives confirme la bonne tenue du socle électoral macroniste avec un total de 7 826 245 de bulletins en faveur de LREM auxquels s'ajoutent 1 100 656 de bulletins recueillis par le MODEM (soit 8 926 901 de voix pour les deux formations). Observons au passage que les législatives n'ont nullement constitué un raz-de-marée libéral mais que les macronistes ont conservé leurs électeurs de la présidentielles sans gain notoire ni perte sérieuse.

Le résultat des européennes du 26 mai 2019 est tout autre puisque la liste modestement baptisée « Renaissance » et qui regroupe LREM et le MODEM obtient en tout et pour tout 5 079 015 de voix (source : ministère de l'intérieur).

Emmanuel Macron n'a donc pas seulement perdu son pari de faire mieux que l'extrême-droite. Il a en deux ans perdu trois millions et demi de voix sur les huit millions et demi qui constituaient son socle électoral. Malgré une participation bien supérieure à celle des législatives, malgré l'implication personnelle du président au secours de sa liste, malgré la mobilisation de tous les apparatchiks macroniens et des moyens dont ils disposent et malgré la réduction du débat politique, orchestrée par l'Elysée, à un face-à-face entre les « progressistes » (bien mal nommés) et les « nationalistes ».

Il y a même eu vraisemblablement plus de 3,5 millions de partants car LREM a bénéficié aux européennes d'une partie des voix que les Républicains ont perdues. Ces millions de déçus sont vraisemblablement les électeurs de la gauche modérée qui ont réalisé que la macronie est à droite et seulement à droite. LREM, pour enrayer sa chute et remonter la pente, n'a sans doute pas d'autre choix que de se substituer au Parti Républicain et de devenir ainsi, officiellement, le parti de droite qu'elle n'a en vérité jamais cessé d'être.

 

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