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Billet de blog 1 mai 2021

Covid-19 - Variant indien ou vaccination indienne : observations état par état

La flambée épidémique en Inde attire l'attention, et certains l'attribuent à un variant indien. Ce n'est peut-être pas le vrai coupable.

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La situation en Inde attire l’attention, et suscite des théories plus ou moins alarmistes. Notamment, on entend dans divers médias que la flambée épidémique en Inde serait due à un nouveau « variant indien », forcément plus terrible que les autres puisqu’il génère une flambée inédite en Inde. Et la conséquence logique en serait que si le variant indien arrive en France ou ailleurs, le même sort que l’Inde est à prévoir, avec des hôpitaux dépassés et des morts par centaines de mille.

Cette théorie mérite toutefois d’être examinée d’un œil critique, et d'être confrontée aux observations.

Si un variant indien est né quelque part (en Inde, probablement), il est très improbable que le même variant soit né simultanément en divers lieux répartis dans toute l’Inde.

Or, la flambée actuelle touche toute l’Inde quasiment en même temps. Quelques états semblent avoir devancé les autres de quelque semaines : le Pendjab, le territoire voisin de Chandigarh, le Gujarat (éloigné), le Madhya Pradesh et le Maharashtra ont connu une remontée dès la mi-février 2021, mais tous les autres étaient touchés dès la fin mars.

Ces quelques semaines sont-elles suffisantes pour qu'un nouveau variant soit capable de se répandre dans tous les coins de l’Inde ? On ne peut pas être catégorique, mais les formes précédentes du virus n’ont pas eu cette capacité : si on regarde l’évolution de l’épidémie dans chaque état indien depuis mars 2020, on constate que les premières vagues n’ont pas été synchrones. L’apparition de l’épidémie en un endroit de l’Inde ne provoquait pas une vague au même moment partout sur le sous-continent.

Par exemple, le Maharashtra (Fig.1) était frappé à partir de mi-avril, Delhi (Fig.2) à partir de mi-mai, le Kerala (Fig.3) à partir de mi-juillet, et les Laquedives (Lakshadweep, Fig.4) y avait apparemment totalement échappé.

Fig.1 - Vaccination, nouveaux cas et décès dans le Maharashtra © Enzo Lolo d'après https://www.covidindiastats.com/
Fig.2 - Vaccination, nouveaux cas et décès à Delhi © Enzo Lolo d'après https://www.covidindiastats.com/
Fig.3 - Vaccination, nouveaux cas et décès dans le Kerala © Enzo Lolo d'après https://www.covidindiastats.com/
Fig.4 - Vaccination, nouveaux cas et décès aux Laquedives © Enzo Lolo d'après https://www.covidindiastats.com/

Comment un variant pourrait-il être responsable d’une remontée épidémique quasi-synchrone dans toute l'Inde ? C’est probablement ailleurs qu’il faut chercher l’explication de la flambée épidémique qui y sévit depuis deux mois (à des degrés divers, toutefois, avec des taux de mortalité très disparates, allant de 0,7 par million d’habitants, au jour le plus fatal du Bihar, à 8 par million certains jours au Maharashtra.)

Comme on l’a évoqué dans un précédent billet, l’hypothèse d’un lien entre vaccination et regain épidémique — même si elle n’est pas prouvée et reste donc une hypothèse — serait parfaitement cohérente avec ce qu’on observe en Inde. En effet, dans la totalité des états, la flambée épidémique suit le début de la campagne de vaccination.

Pour certains états à faible taux d’incidence, comme les Laquedives (Fig.4), on observe même un parallélisme entre l’intensité de la vaccination et l’apparition des cas...

Ci-dessous, quelques exemples :

Su ces images, on a monté les différents graphiques pour ne garder que les "cas confirmés", les "décès" et les "doses de vaccin", mais chacun peut poursuivre les observations sur les 36 états et territoires indiens, en se rendant sur https://www.covidindiastats.com/

[Ajout du 2 mai]

En Inde, comme ailleurs, d'autres causes peuvent expliquer l'apparente correspondance entre vaccination et remontée épidémique.

Comme l'indique un commentaire de ce billet, le pèlerinage de la Kumbh Mela, qui se tient depuis janvier 2021 à Haridwar (dans l'état d'Uttarakhand) peut être un facteur de dissémination d'un virus dans l'ensemble pays. Cette hypothèse suscite quelques réflexions et suppose des scénarios complexes, puisque l'état d'Uttarakhand ne semble avoir été atteint que plus tardivement (voir les graphiques ci-dessous) et moins durement que le Magarashtra ou le Chandigarh, par exemple.

© Enzo Lolo d'après https://www.covidindiastats.com/

Une autre hypothèse expliquant la dissémination en Inde, évoquée par le Dr Pierre Kory à propos de l'Uttar Pradesh, mais que l'on pourrait extrapoler aux autres états de l'Inde serait l'exode provoqué depuis le Maharashtra par l'envolée épidémique.

Toutefois, cette explication semble se heurter à une observation : l'exode depuis le Maharashtra n'a pas commencé dès le début (mi-février) de la vague qui y sévit : c'est plusieurs semaines plus tard, lorsqu'il a été perceptible que la situation était préoccupante, que les travailleurs déplacés ont fui le Maharashtra. Les articles de journaux qui illustrent le retour de migrands en Uttar Pradesh dans la vidéo de Pierre Kory sont datés du 12 avril. Or à cette date, la vague était déjà bien partie en Uttar Pradesh comme ailleurs en Inde (même si, en Uttar Pradesh, elle semble moins intense que dans le Maharashtra : de 700 à 1000 décès par jour cette semaine dans le Maharashtra pour 123 millions d'habitants, et de l'ordre de 300 décès par jour dans l'Uttar Pradesh pour une population de 238 millions d'habitants ; le taux de mortalité officiel est donc actuellement 4 à 6 fois plus faible dans l'Uttar Pradesh que dans le Maharashtra... et 3 fois plus faible qu'en France.)

[Ajout du 8 mai]

Une autre hypothèse explicative, avancée par le Dr Bakhle dans un entretien par ailleurs fort instructif, serait que des personnes qui jusque-là s'isolaient, se font contaminer... en allant à l'hôpital pour se faire vacciner !

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