Covid-19 - La mauvaise science avance ses pions

Comment expliquer l'acceptation, par une revue scientifique réputée, d'une étude qui cumule les erreurs grossières et propose une conclusion incohérente avec ses propres résultats ?

On avait signalé la méta-analyse de Roman et al. et ses multiples erreurs, qui transformaient des résultats positifs en un résultat négatif. Un mois après, la voici pourtant publiée dans Clinical Infectious Diseases, après validation par les pairs.

La quantité d'erreurs qu'elle contient est pourtant spectaculaire. Elle prétend faire le bilan de toutes les études publiées sur l'ivermectine, en cherchant à évaluer si, mises ensembles, les données de ces études montrent un impact significatif des traitements à base d'ivermectine. Mais dans chacun des domaines étudiés (mortalité, durée d'hospitalisation, clairance virale et effets secondaires), les données des études d'origine sont en partie inversées ou tronquées, menant chaque fois à inclure des chiffres faux dans les calculs, et à aboutir à un résultat (forcément faux), défavorable à l'ivermectine.

Ces erreurs ont été signalées fin mai 2021 par divers intervenants sur la page de preprint où l'étude était consultable. Une seule des erreurs avait été corrigée dans l'étude (l'inversion des données de mortalité de l'étude de Niaee et al. — sans pour autant que la conclusion de l'étude soit modifiée pour prendre en compte la différence fondamentale qui en résultait), mais plusieurs autres erreurs du même type ont été signalées, toujours fin mai, sur la page de la nouvelle version.

Ces commentaires, pointant des erreurs manifestes conduisant à remettre en cause toutes les conclusions de l'étude, n'ont pourtant pas été pris en compte dans la version de l'étude actuellement disponible en .pdf sur la page de Clinical Infectious Diseases.

Tess Lawrie, dont le métier consiste à faire des méta-analyses, notamment pour l'OMS, avait alerté sur les graves failles de l'étude de Roman et al. avant l'acceptation par la revue. Elle vient d'adresser à l'éditeur de Clinical Infectious Diseases une lettre collective détaillant les erreurs en cause, et demandant la rétractation de l'étude.

La publication de cette méta-analyse relève manifestement de la fraude scientifique, et ne peut se comprendre que dans le contexte actuel de guerre autour de l'ivermectine : l'étude de Roman et al. possède une "qualité", rarissime parmi les études scientifiques publiées : contrairement à toutes les autres, et notamment à toutes les méta-analyses publiées, elle conclut, sans justification scientifique mais explicitement, à l'inefficacité de l'ivermectine.

Grâce à une telle conclusion, de même que l'étude de Mehra et al. publiée dans le Lancet, de même que celle de Lopez-Medina et al. publiée dans le JAMA, cette étude de Roman et al. peut être utile à de puissants intérêts privés, à commencer par les laboratoires pharmaceutiques qui commercialisent des vaccins (brevetés et lucratifs) ou qui comptent mettre sur le marché des traitements (brevetés et lucratifs) contre le Covid-19. On peut donc s'attendre à ce que cette étude soit largement promue.

Comme celles du Lancet et du JAMA, et aussi peu fiables que soient ses résultats, cette étude de Roman et al. sera-t-elle largement répercutée, à la fois par les grands médias, et par diverses agences de santé publique, pour justifier qu'on s'oppose à l'ivermectine comme traitement précoce et préventif du Covid-19 ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.