Covid-19 : Décidément, le gouvernement ne s'intéresse pas aux traitements possibles

En mars, les autorités françaises ont exhorté à attendre les résultats de la recherche avant d'envisager d'autoriser un traitement contre le Covid-19. Depuis, la science a accumulé les résultats concernant plusieurs traitements. Les autorités françaises n'en tiennent aucun compte, misant tout sur un futur vaccin. Cela peut expliquer le bilan particulièrement catastrophique du Covid-19 en France.

Selon les chiffres publiés quotidiennement par Worldometers.info (Fig.1) ou par l’Univeristé Johns Hopkins, la France fait partie des 15 pays ayant les pires taux de mortalité face au Covid-19. Le 15 novembre, la France enregistrait officiellement 682 décès du Covid-19 par million d’habitants (décès/Mh) depuis le début de l’épidémie. Sur le continent européen, en-dehors de deux micro-États, seuls 4 pays (la Belgique, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni) présentent une mortalité plus élevée. 

Fig.1 : Classement par taux de mortalité - Monde - 15/11/2020 © worldometers.info Fig.1 : Classement par taux de mortalité - Monde - 15/11/2020 © worldometers.info

 

Ce bilan est-il seulement imputable à la situation géographique particulière de la France ? Ou à sa démographie ?

Sans doute pas, puisque le même constat peut s’appliquer à la France d’Outre-Mer. Mayotte présente l’un des 4 pires taux de mortalité de toute l’Afrique (Fig.2) ; en Océanie, la Polynésie Française a le pire taux, avec 188 décès/Mh (le deuxième pire taux est l’Australie, avec seulement 35 décès/Mh) (Fig.3). En Amérique du Nord, la Guadeloupe et St Martin font partie des 8 pires zones, parmi la trentaine répertoriée par Worldometers (Fig.4).

Fig.2 : Classement par taux de mortalité - Afrique © worldometers.info Fig.2 : Classement par taux de mortalité - Afrique © worldometers.info

Fig.3 : Classement par taux de mortalité - Océanie © worldometers.info Fig.3 : Classement par taux de mortalité - Océanie © worldometers.info

Fig.4 : Classement par taux de mortalité - Amérique du Nord © worldometers.info Fig.4 : Classement par taux de mortalité - Amérique du Nord © worldometers.info

 

Pourquoi meurt-on autant du Covid-19 en France ? On peut légitimement s’interroger sur la responsabilité des autorités politiques et sanitaires françaises, et sur la façon dont elles gèrent la crise du Covid-19.

Face à une maladie, et à plus forte raison si c’est une épidémie, plusieurs niveaux d’action doivent être envisagés :

- la prévention, qui vise à éviter que des personnes soient touchées par la maladie. Cela peut passer par des bonnes pratiques, par la vaccination, ou par d’autres types de traitements préventifs pré-exposition (« PrEP »). Par exemple, un apport régulier en vitamine C est une prévention efficace contre le scorbut, sans être un vaccin.

La prévention est principalement une question de politique de santé publique, dans laquelle les autorités politiques ont une importante responsabilité.

- la prophylaxie post-exposition (« PEP »), qui vise à éviter qu’une personne ayant été en contact avec l’agent pathogène ne développe la maladie. (On peut évoquer la prise de comprimés d’iode en cas d’exposition à des radiations, ou certains traitements anti-VIH par brève tri-thérapie post-exposition.)

- le traitement précoce des personnes déjà atteintes, visant à maintenir autant que possible la qualité de vie des patients : empêcher l’évolution vers des formes graves, atténuer les symptômes, et guérir. Le soin est en lui-même un élément important du traitement : la relation d’un patient avec son médecin, par sa dimension informative et humaine, ainsi que par ses effets psychologiques, qui peuvent avoir un impact sur les fonctions immunitaires, influent sur la santé physique.

Le traitement précoce, comme la PrEP, relèvent a priori de la médecine, et en particulier de la médecine de ville.

- le traitement tardif des personnes gravement atteintes, dont la capacité de vie autonome est compromise, et qui peut passer par l’hospitalisation, éventuellement par la réanimation, voire par les soins palliatifs.

On peut considérer que l’hospitalisation et la nécessité du traitement tardif d’un patient résultent de l’échec successif de la prévention, de la prophylaxie et du traitement précoce.

Dans le cas du Covid-19, on peut également considérer que les confinements, mis en place pour éviter une dramatique saturation des hôpitaux, résultent d’une combinaison de l’affaiblissement des services de santé hospitaliers par les politiques menées depuis des décennies, et des échecs de la prévention, de la prophylaxie post-exposition et du traitement précoce.

Or, comme on va le détailler, le gouvernement et les autorités sanitaires françaises ont négligé plusieurs dimensions de la prévention, et entravent activement la prophylaxie et le traitement précoce, conduisant de façon inévitable à leur échec massif.

Prévention

Depuis mars, la politique de prévention du gouvernement français se résume à l’encouragement plus ou moins autoritaire de quelques bonnes pratiques (ou supposées bonnes), telles que la distanciation physique, le lavage de main ou le port du masque. Cette politique n’a pas évolué, et n’a pris en compte aucune des avancées que la recherche médicale a pu faire au cours des derniers mois.

Car depuis mars, la science a avancé : il y a eu des recherches, des essais cliniques et des résultats. Pour plusieurs molécules, les résultats sont unanimes : la vitamine D, l’ivermectine et le zinc ont montré des effets bénéfiques en traitement préventif, dans toutes les études qui les ont testés, et l’hydroxychloroquine dans la majorité des études. Ces molécules anciennes, dans le domaine public et génériquées depuis longtemps, sont bien connues, et leurs effets indésirables sont identifiés et évitables. Pour l’ivermectine, par exemple, l’OMS indique qu’il est « sans danger et peut être utilisé à grande échelle .» Pour la vitamine D, puisque toutes les études montrent que la carence est un facteur augmentant le risque d'être contaminé, mais aussi de développer des formes graves et de mourir du Covid-19, une politique visant à encourager le dépistage et le traitement des carences en vitamine D (extrêmement répandues dans la population, en particulier chez les personnes âgées) ne devrait-elle pas avoir été initiée ?  [Précision : il ne s’agit en aucun cas d’encourager l’automédication ; ces molécules sont ici mentionnées comme autant de pistes que le gouvernement aurait dû et devrait étudier pour améliorer sa politique de prévention. Seuls des médecins sont compétents pour les prescrire individuellement.]

Prophylaxie post-exposition.

Si l’on est « cas contact », la seule instruction donnée par les autorités est de s’isoler pendant 7 jours, puis de faire un test (Fig.5).

Or, des études ont été menées, et toutes concluent à l’efficacité de l’hydroxychloroquine (à l’exception d’une étude non encore publiée), de l’ivermectine et du zinc : après une exposition à un risque de contamination, ils limitent les risques de porter le virus (et d’être testé positif.)

Traitement précoce

Si l’on est testé positif, les instructions données par les autorités françaises sont de consulter un médecin et de s’isoler (Fig.5).

Arbre decisionnel © Ministère des Solidarités et de la Santé Arbre decisionnel © Ministère des Solidarités et de la Santé

Fig.5. Pour agrandir : Arbre décisionnel (pdf, 78.1 kB)

Pourtant, des traitements précoces ont été testés, et ont montré leur efficacité pour empêcher l’apparition de symptômes. D’après les études menées aux quatre coins du monde, l’hydroxychloroquine ou l’ivermectine, en particulier s’ils sont associés au zinc et à l’azithromycine, permettent de réduire le risque d’apparition de symptômes et de développer des formes graves. Toutes les études menées vont dans le même sens.

On sait que pour l’hydroxychloroquine, les autorités française ont mis et continuent à mettre divers obstacles : deux décrets ministériels, l’un interdisant aux médecins de ville de la prescrire (décret retiré depuis), et l’autre la réservant au traitement tardif en milieu hospitalier ; diverses lettres ou recommandations adressées aux médecins ; et plus récemment le refus d’une « Recommandation temporaire d’utilisation » (RTU) par l’ANSM

Des obstacles semblent également avoir temporairement existé pour l’azithromycine, comme l’indique Violaine Guérin, du collectif « Laissons les médecins prescrire ».

Qu’en est-il pour l’ivermectine, le zinc ou la vitamine D ? Aucune interdiction ni aucune pression sur les médecins ne semble rapportées, mais des invitations à attendre des résultats, qu’aucun communiqué ne vient modifier quand les résultats scientifiques s’accumulent. Selon divers témoignages recueillis auprès de personnes testées positives, les seules instructions données par les médecins ont en général été de s’isoler et d’attendre.

 

Depuis le début de l’épidémie, bien que les essais contrôlés randomisés soient considérés par les autorités sanitaires française comme la seule méthode scientifique valable, aucune n’a été menée à bien en France sur ces diverses pistes de prévention ou de traitement.

On avait déjà signalé l’absence d’empressement des autorités françaises pour chercher à vérifier si oui ou non, le traitement de l’IHU de Marseille était bénéfique. Cela est donc général : quelle que soit la piste de traitement, en prévention, en prophylaxie, ou en traitement précoce, les autorités françaises s’en sont désintéressées et, pire, elles ont entravé les recherches qui auraient pu être menées.

De quelles entraves s’agit-il ?

- D’abord, rappelons-le, par une interdiction faite dès mars aux médecins de ville de prescrire l’hydroxychloroquine, le ministre de la Santé a rendu impossible que se mène une forme collective de recherche empirique et observationnelle : si on les avait laissé prescrire, les résultats observés par les milliers de médecins ayant appliqué le traitement expérimental auraient pu fournir des données précieuses, permettant de rapidement valider ou invalider le traitement.

- Il n’a pas permis à un groupe de médecins volontaires, contaminés par le Covid-19, de mener sur eux-mêmes un essai du traitement.

- Les autorités ont laissé espérer des résultats rapides d’essais contrôlés randomisés, justifiant qu’on ne fasse rien en attendant

- Elles ont initié ces essais contrôlés randomisés concernant l’hydroxychloroquine, mais sans azithromycine et surtout en traitement tardif (alors que même le Pr Raoult estime l’hydroxychloroquine inutile pour les malades en phase sévère.) C’était notamment le cas des essais Discovery et Hycovid, qui n’incluaient que des patients déjà hospitalisés, voire en réanimation.

- Le ministère a interrompu les essais contrôlés randomisés en cours en France, sitôt après la publication par la revue Lancet d’une étude présentant l’hydroxychloroquine comme dangereuse (étude en réalité fondée sur des dossiers médicaux fictifs, et rétractée par la suite.)

- [Ajout du 28/11/2020] Dans l'entretien qu'il accorde à France Soir, Claude Escarguel expose qu'un collectif de médecins a obtenu un taux de létalité de 0,2%, trois fois plus faible que celui affiché par l'IHU (lui-même 4 ou 5 fois plus faible que le taux de létalité national) grâce à un traitement précoce par macrolides, mais que tous les courriers adressés aux autorités françaises demandant que des recherches soient menées sur ce traitement sont restées sans réponse.

Ainsi, en tournant le dos à toutes les démarches scientifiques, en freinant la recherche en France, en ignorant les résultats accumulés mois après mois par des chercheurs du monde entier, les autorités françaises ont amputé la politique de prévention, ont entravé les possibilités de traitements prophylactiques et de traitements précoces, et ont ainsi très probablement conduit à ce que les hôpitaux soient à nouveau submergés, en octobre et novembre, par des patients qui auraient pu être soignés plus tôt et ne pas développer de forme sévères du Covid-19. Il ne s’agit pas de traitements-miracle, mais même avec une efficacité modérée, ils auraient des impacts bénéfiques. De nombreux décès, l’épuisement de soignants, mais également les mesures de couvre-feu et de confinement, et les dégâts humains et économiques qui en découleront, tout cela aurait en grande partie pu être évité.

 

L’impréparation en mars était insupportable, l’entêtement dans l’impréparation 8 mois plus tard est inqualifiable.

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