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Billet de blog 17 oct. 2021

Comment l'ivermectine est devenue la cible de "détectives anti-fraude"

La journaliste Sonia Elijah éclaire un aspect de la guerre de l'ivermectine, en enquêtant sur la façon dont l'étude Elgazzar a été rétractée. On se demande de quel côté se situe la fraude scientifique...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Traduction d'un article paru dans TrialSiteNews le 11/10/2021, publiée ici avec l'autorisation de l'autrice Sonia Elijah.
Article original : https://trialsitenews.com/how-ivermectin-became-a-target-for-the-fraud-detectives/

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Depuis ses humbles débuts il y a 46 ans, issue d'une culture bactérienne isolée dans le sol japonais, jusqu’au médicament antiparasitaire objet d'un prix Nobel et inscrit sur la liste des médicaments essentiels de l'Organisation Mondiale de la Santé, l'ivermectine est l'une des grandes réussites de la science moderne.

Cependant, dès le début de la pandémie, ce médicament générique bon marché, qui a guéri pendant des décennies des personnes atteintes de cécité des rivières en toute sécurité dans 33 pays, avec plus de 3,7 milliards de doses administrées, est rapidement devenu l'ennemi public n°1 des « fact-checkers » lorsque le médicament a été réutilisé comme traitement précoce et en prophylaxie (prévention) contre le Covid-19.

A ce jour, il y a eu 31 ECR (essais contrôlés randomisés), 64 études contrôlées et 7 méta-analyses des ECR réalisés sur l'ivermectine. Toutes ont établi que l'ivermectine réduisait considérablement les taux de mortalité et d'hospitalisation, ainsi que le risque de contracter le Covid-19.
À Mexico, plus de 50 000 patients ont été traités précocement à l'ivermectine, ce qui a permis de réduire de près de 75 % le taux d'hospitalisation par rapport aux 70 000 patients qui n'ont pas été traités.
Au Pérou, un programme de distribution massive d'ivermectine a entraîné une baisse de 74 % de la surmortalité en un mois.
Des réussites similaires ont été observées dans les régions de La Pampa et Misiones en Argentine.
Dans l'Uttar Pradesh, en Inde, avec une population de 241 millions d'habitants, au 10 septembre 2021 n’ont été enregistrés que 11 cas et aucun décès. L'OMS a salué le succès de l'Uttar Pradesh, l'attribuant à un programme vigoureux de tests et de traitements qui comprenait la distribution de kits de médicaments. Cependant, leur rapport n'indiquait la liste du contenu des kits. Un seul article des médias grand public, un article de MSN, a rendu public que « le gouvernement de l'Uttar Pradesh affirme être le premier État à avoir mis en œuvre une utilisation "prophylactique et thérapeutique" de l'ivermectine à grande échelle, et ajoute que le médicament a aidé l'État à maintenir un taux de mortalité et de positivité inférieur à celui à d'autres États. »
Une réussite similaire a été vécue en Indonésie après que le gouvernement a autorisé en juillet 2021 l'utilisation de l'ivermectine pour les patients atteints de Covid-19, alors que le variant Delta faisait des ravages dans le pays. Le nombre de cas a considérablement chuté depuis juillet.

Nouveaux cas de Covid-19 détectés en Indonésie. Moyenne glissante sur 7 jours.

En réaction aux expériences en population réelle montrant l’efficacité de l'ivermectine contre le Covid, les organismes de réglementation officiels, les médias grand public et les fact-checkers ont déploré son utilisation et se sont lancés dans ce qui peut être considéré comme une campagne de diffamation. On a ainsi vu le Washington Post titrer « Comment ces théories du complot sur l'ivermectine ont convaincu les gens d'acheter un vermifuge pour chevaux ».
Même la Food and Drug Administration (FDA) a récemment émis ce tweet :

Traduction des légendes. Haut : "Vous n'êtes pas un cheval. Vous n'êtes pas une vache. Sérieusement, les gens. Arrêtez ça."
Bas : "Pourquoi il ne faut pas utiliser l'ivermectine comme traitement ni comme prévention du Covid-19"
"L'utilisation du médicament Ivermectine contre le Covid-19 peut être dangereuse, voire mortelle. La FDA ne valide pas ce médicament pour cet usage."

Certes, une forme vétérinaire d'ivermectine est utilisée depuis longtemps, mais le fait que la FDA dénigre le médicament en le réduisant à un vermifuge pour chevaux est de la désinformation. D’autant que l'ivermectine est validée par la FDA pour les humains dans le cadre de plusieurs maladies, avec un profil de sécurité éprouvé par quarante ans d’expérience.

La censure visible et la campagne de dénigrement contre l'ivermectine menée par Big Tech, Big Media et Big Pharma ont surgi dans le contexte de la Trusted News Initiative, conduite par la BBC. Les participants de cet accord entre médias incluent Reuters, CBC, Associated Press, le Financial Times, Microsoft, Twitter, Facebook, Google/YouTube... Il a été mis en place en 2019 dans le seul but de censurer ce que de puissants groupes d'intérêt considèrent comme de la "désinformation".
Il est intéressant de noter que James C. Smith, membre du conseil d'administration de Pfizer, était l'ancien PDG de Thompson Reuters Corporation jusqu'en février 2020. En outre, Scott Gottlieb, également membre du conseil d'administration de Pfizer, était le Directeur de la Food and Drug Administration (FDA) jusqu'en 2019.
Ces "portes tournantes", permettant de faire la navette entre des postes à responsabilités dans l’industrie pharmaceutique et dans les organismes de réglementation officiels tels que la FDA, donnent de la matière au soupçon d’une "capture réglementaire" de ces agences.

Big Pharma est le terme familier utilisé pour désigner le top 10 des laboratoires pharmaceutiques en termes de chiffre d'affaires. On y trouve notamment Pfizer, Roche, Sanofi, Johnson & Johnson ou Merck. Pfizer a vu ses bénéfices augmenter après son association avec BioNTech et l'approbation de leur vaccin anti-Covid. (Source : investors.pfizer.com)

Résultats comparés de Pfizer au 2ème trimestre de 2021 et de 2020

Un exemple du rapprochement entre Big Tech et Big Pharma est l'achat de deux sociétés pharmaceutiques par Alphabet (la société mère de Google, qui possède YouTube) : Calico, qui cherche des traitements pour vaincre le vieillissement, et Verily Life Sciences, qui s'est associé à GlaxoSmithKline (GSK) en 2016 pour former Galvani Bioelectronics, une nouvelle société pharmaceutique présidée par l'ancien président de la branche vaccins de GSK. Il est intéressant de noter qu'Emma Walmsley, PDG de GSK, siège également au conseil d'administration de Microsoft, fondé par Bill Gates.

La controverse entourant l'ivermectine a atteint son paroxysme en juillet 2021, lorsque la prépublication de l’étude d'Elgazzar et al. (un ECR dirigé par le Dr Ahmed Elgazzar de l'Université Benha en Égypte) a été retirée de Research Square le 14 juillet. Il n'a pas été rétracté par l'auteur mais par le site Research Square, sur la seule base d’accusations de « données frauduleuses », de « manipulation de données » et de « plagiat » émanant de Jack Lawrence, étudiant en Maîtrise de sciences biomédicales à l’Université St George's de Londres.
Research Square n'a pas prévenu les auteurs de l'étude Elgazzar de la rétractation et ne leur a pas accordé de droit de réponse. La rétractation, fondée sur des "problèmes éthiques", est intervenue un jour après que Lawrence a affirmé qu'il les avait alertés de la fraude. Dans l’interview qu'il a accordée au podcast The Body of Evidence, Lawrence déclare que son professeur lui a donné l'étude Elgazzar à critiquer dans le cadre de son cours de Maîtrise. Il déclare ensuite qu'il l'étudiait « à la recherche d’une fraude » (à 13’28" du podcast). Il décrit sa découverte d’un « plagiat en patchwork » comme une « scène de film de James Bond ».
Les intervieweurs canadiens, le Dr Christopher Labos et Jonathan Jarry, « débunkers de pseudoscience » qui « vous disent ce qui est solide, ce qui est douteux et ce qui est nul », ne cachent leur opinion ouvertement biaisée. Leur remarque sarcastique, selon laquelle le groupe BIRD (British Ivermectin Recommendation Development Group) [bird = oiseau, ndlt] devrait être rebaptisé, est illustrée par le bruitage d'un hennissement de cheval.
« Il y a tout un battage médiatique sur l'ivermectine, dominé par un mix de personnalités de droite, d'anti-vax et de complotistes », déclare Jack Lawrence dans le Guardian le 15 juillet.
Cette déclaration peut être considérée comme diffamatoire du fait de l’utilisation de stéréotypes péjoratifs à l’égard de ceux qui soutiennent les preuves scientifiques en faveur de l'efficacité prophylactique et thérapeutique de l'ivermectine.
L'article du Guardian a suivi de 24 heures à peine le retrait de l'article d'Elgazzar par Research Square. Melissa Davey, la rédactrice médicale du Gardian, en Australie, a omis des informations importantes sur Jack Lawrence. Elle a omis d'indiquer que cet étudiant en Maîtrise est également journaliste/blogueur et fondateur d’un site Internet et forum de discussion en ligne appelé GRFTR, [pour "grifter", escroc], « dédié à la lutte contre la désinformation en ligne, les articles trompeurs et pour démasquer les escrocs de tous types, par des démystifications, des critiques, des analyses et des recensions ».
Il convient de noter que le Guardian a bénéficié d'une généreuse subvention de la Fondation Bill et Melinda Gates (BMGF) par le biais de leur Fonds de Développement Mondial. La même fondation a accordé plus de 17 millions de dollars de subventions à Pfizer, dont elle détient des actions, ainsi qu'à d'autres sociétés pharmaceutiques, telles que BioNTech, partenaire de Pfizer pour la fabrication de son vaccin anti-Covid. La BMGF finance également massivement GAVI, l'Alliance du Vaccin, qui a publié des articles déconseillant vivement l'utilisation de l'ivermectine sur son site Internet.

Selon l’article du Guardian, Lawrence « a découvert que le paragraphe d'introduction de l'étude d’Elgazzar semblait avoir été presque entièrement plagié ». Jack Lawrence, basé à Londres, aurait ensuite pris contact avec un épidémiologiste des maladies chroniques de l'Université de Wollongong en Australie, Gideon Meyerowitz-Katz, préparant actuellement un doctorat, et avec Nick Brown, un data analyst affilié à l'Université Linnaeus en Suède, pour l'aider à examiner l’étude. Il faut noter que l’Université de Wollongong a bénéficié d'une subvention substantielle de la Fondation Bill et Melinda Gates.

Étonnamment, Jack Lawrence affirme avoir accédé aux données brutes de l’étude en essayant de deviner le mot de passe, qui, d'après lui, était « 1234 ».
Les données brutes ont-elles été consultées ou non en devinant le mot de passe, cela reste à déterminer. Le fait que Lawrence reconnaisse avoir deviné le mot de passe pour accéder à une base de données protégées pourrait être interprété comme du piratage, dont la définition est la suivante "l'obtention d'un accès non autorisé aux données d'un système ou d'un ordinateur". Ceci est problématique, car le piratage est une activité illégale en vertu de la loi britannique, selon la loi Computer Misuse de 1990.
Dans un courriel adressé à l’auteur principal d'une vaste méta-analyse sur l'ivermectine, le Dr Ahmed Elgazzar s’inquiète : « Les données mentionnées dans l'article du Guardian ne correspondent pas à mes réelles données brutes ». De plus, dans un courriel adressé à Research Square, il accuse Jack Lawrence d'avoir « récupéré des données brutes fabriquées, ajoutées sur un site Web et associées à mes recherches, mais qu'après examen, je confirme sans le moindre doute qu'elle ne m'appartiennent absolument pas ».

Lorsque j'ai demandé à Lawrence comment il pouvait accéder au fichier de données brutes, il m'a répondu : « Le fichier de données a malheureusement été supprimé du site Web de transfert de fichiers. Je n'en connais pas les raisons. La façon dont ces auteurs ont partagé leurs données n'est pas une pratique scientifique normale, c'est le moins qu'on puisse dire. Vous pouvez trouver une copie archivée des données ici. »
De façon étonnante, ces prétendues données brutes ne sont donc conservées que sur le blog de Nick Brown, créant un doute sur leur authenticité, d'autant plus qu'Elgazzar affirme qu'elles ne proviennent pas de son étude.
De plus, dans son courriel, Elgazzar affirme avoir contacté Melissa Davey du Guardian pour réfuter les affirmations de Gideon Meyerowitz-Katz, selon lesquelles « les données étaient totalement falsifiées ». Il réitère ses accusations de diffamation et laisse entendre qu’il envisage des poursuites judiciaires.
Davey donne une version différente : « Lawrence et le Guardian ont adressé à Elgazzar une liste complète de questions sur les données, restée sans réponse. Le service de presse de son université n'a pas non plus répondu. »
Étant donné que l'article de Davey a été publié exactement un jour après le retrait de l'étude par Research Square, Elgazzar n'a peut-être pas été en mesure de lui répondre dans le délai de 24 heures. Cependant, jusqu'ici, le Guardian n'a pas mis l'article à jour pour faire état de la réponse d'Elgazzar.
Dans le podcast The Body of Evidence, Lawrence révèle qu'il a examiné l’article d’Elgazzar « pendant des mois », or les événements se sont déroulés très rapidement, au cours d'une période de 2 semaines, ce qui l'a amené à alerter Research Square en juillet de la fraude présumée et Melissa Davey du Guardian. Ces événements apparemment coordonnés ont suivi de peu la publication de la fameuse revue systématique de Bryant et al. avec une méta-analyse de 24 ECR (y compris l'ECR d’Elgazzar), parue un peu plus tôt dans l’American Journal of Therapeutics, et concluant que « des preuves de certitude modérée montrent qu’une réduction importante des décès dus au COVID-19 est possible en utilisant l'ivermectine ».

Pour revenir à Gideon Meyerowitz-Katz (le doctorant australien cité dans l’article du Guardian), il convient de souligner que ses articles publiés avant la pandémie ont tous un point commun : la minimisation des dommages causés par les produits chimiques. On peut estimer que Meyerowitz-Katz, pour le moins, défend les intérêts du lobby chimique. Selon un de ses articles : « La peur instillée sur d'horribles produits chimiques présents dans votre nourriture fait beaucoup de bruit, mais la réalité est bien plus rassurante ». Il écrit ensuite que le mouvement de l'alimentation bio n'est qu'une "mode", et réduit les études pointant les effets nocifs des additifs alimentaires à de la "science sensationnaliste". Un autre article est titré « Les édulcorants artificiels ne détruisent pas la santé de vos enfants ».
Meyerowitz-Katz est également cité dans un article du Projet d'Éducaton à la Génétique, publié par le lobby de la chimie, où il conteste une méta-analyse selon laquelle le glyphosate, désherbant développé par Monsanto dans les années 1970 et souvent associé aux cultures OGM, augmente le risque de cancer.
Les autoproclamés "détectives anti-fraude" Lawrence, Meyerowitz-Katz et Brown se sont à nouveau associés, en élargissant l'équipe à Kyle Sheldrick et James Heathers, pour écrire une lettre à l'éditeur publiée dans Nature le 22 septembre 2021. Heathers et Brown avaient déjà travaillé ensemble, pour dénoncer la « recherche douteuse ou de mauvaise qualité ».
Aujourd’hui, ils expliquent que « plusieurs autres études qui revendiquent un bénéfice clinique pour l'ivermectine sont également viciées et contiennent dans leurs résultats des chiffres impossibles ». Incidemment, ils révèlent leurs propres biais dans cette déclaration, puisqu'ils ne s’attaquent qu'aux études qui « revendiquent un bénéfice clinique ». En effet, ils ne s’intéressent pas aux études largement considérées comme faussées, telles que celle de Roman et al., qui a suscité une une lettre ouverte signée de 40 médecins, détaillant les erreurs de l'étude et demandant son retrait.
Lorsque j'ai demandé à Lawrence pourquoi ses collègues et lui n'avaient pas recherché de fraude dans l’étude de Romain et al., il a répondu : « Nous examinons tous les ECR pour l'ivermectine ayant inclus plus de 100 patients pour y recherches des fraudes, mais pas toutes les synthèses systématiques, c'est pourquoi nous ne nous sommes pas penchés sur la synthèse de Roman et al. »
On peut y voir un aveu de leur biais sélectif dans le choix des études à passer au crible. Peut-être la conclusion de Roman et al., selon laquelle l'ivermectine n'est pas une option viable pour traiter le Covid-19, lui a-t-elle servi de laissez-passer ?
A ma question sur l’étude de Lopez-Médina et al., Jack Lawrence répond : « Lopez-Medina a fourni ses données, et nous les avons examinées. » Sa réponse ne disait pas s'ils avaient trouvé des failles dans cette étude. On ne nous en voudra pas de supposer qu'elle a eu son laissez-passer, comme celle de Roman et al., grâce à ses résultats « qui ne justifient pas l'utilisation de l'ivermectine ».
Car, si les "détectives anti-fraude" n'ont apparemment trouvé aucun problème dans l'étude de Lopez-Medina et al., plus de 100 médecins en ont trouvé. Ils ont signé une lettre ouverte concluant que l'étude Lopez-Medina était irrémédiablement faussée.
Il est étrange que ce groupe spécialisé dans la recherche de fraude dans les études sur l'ivermectine et dans la "science douteuse" n'ait pas réussi à trouver les défauts évidents dans les études sus-mentionnées alors que tant d'autres l'ont fait.
L’essai clinique TOGETHER (l'un des plus grands essais cliniques randomisés au monde, qui évalue l'efficacité de plusieurs médicaments repositionnés, dont l'ivermectine) est encore une étude présentant des failles et des conflits d'intérêts. L’essai est mené en association avec MMS Holdings. Cette entreprise aide les sociétés pharmaceutiques à obtenir la validation de leur produits en concevant les études scientifiques devant mener à la validation. Il se trouve qu'un de leurs clients est Pfizer. Il n'est pas surprenant que leurs résultats n'aient montré aucun intérêt de l'ivermectine dans le traitement du Covid-19.
Le co-investigateur principal de l'essai TOGETHER est le Dr Edward Mills, professeur agrégé au Département Méthodes de recherche en santé, Preuves et Impact à l'Université McMaster au Canada. Il est également conseiller en essais cliniques à la Fondation Bill et Melinda Gates.
Les "détectives anti-fraude" sont de l'avis collectif selon lequel, si l'étude d’Elgazzar est retirée des méta-analyses, « la version révisée ne montrera plus aucune utilité de l'ivermectine en termes de mortalité ». Pourtant, des scientifiques expérimentés ne sont pas de cet avis : la Dre Tess Lawrie, Andrew Bryant et le Dr Edmund Fordham ont écrit une lettre à l'éditeur de l’American Journal of Therapeutics, dans laquelle ils exposent que lorsque la méta-analyse de Bryant et al. est refaite en excluant l'étude d’Elgazzar, les résultats montrent une « réduction de 49 % de la mortalité en faveur de l'ivermectine ».
Le Dr Pierre Kory, qui en 2015 a partagé avec le Dr Paul Marik le prix President's Choice de la British Medical Association, a également écrit une lettre à l'éditeur de l’American Journal of Therapeutics, déclarant : « Nous avons décidé de refaire les méta-analyses en excluant cette étude [Elgazzar et al.] Les résultats récapitulatifs ne sont pratiquement pas affectées lorsqu'elle est retirée. »
La charge contre l'ivermectine est relayée par un autre média grand public, dans article de la BBC du 7 octobre, écrit par Rachel Schraer et Jack Goodman. On y lit :

- « Les scientifiques du groupe – le Dr Gideon Meyerowitz-Katz, le Dr James Heathers, le Dr Nick Brown et le Dr Sheldrick – ont tous pour spécialité de démasquer la science douteuse. »
Meyerowitz-Katz est un doctorant et n'a pas droit au titre de "Docteur". Kyle Sheldrick est docteur en médecine, James Heathers et Nick Brown sont titulaires d'un doctorat. On notera que Sheldrick a reçu près d'un million de dollars de subventions du gouvernement australien pour son entreprise de biotechnologie Merunova.
Depuis la publication du présent article sur TrialSiteNews, l'article de la BBC a été révisé, et le titre de "Dr" pour Meyerowitz-Katz a été supprimé.

- « Le groupe de scientifiques indépendants a examiné pratiquement tous les essais contrôlés randomisés (ECR) sur l'ivermectine contre le Covid. »
C’est une fausse information. Comme indiqué précédemment, dans la réponse de Jack Lawrence à mes questions, il reconnaît qu'ils n'ont pas examiné tous les ECR.
L'article contient des formulations péjoratives, telles que « renforcer les sentiments anti-vaccin », « le battage médiatique autour de l'ivermectine » et « les théories d'un complot de dissimulation de l'ivermectine », lorsqu'il s'agit de ceux qui soutiennent l'utilisation de l'ivermectine comme traitement du Covid-19. Les scientifiques mentionnés comme « pro-ivermectine » ne sont pas présentés en termes favorables. Le Dr Pierre Kory est considéré par la BBC comme ayant « une influence exagérée » et la Dre Tess Lawrie est taxée d'« affirmations non fondées » concernant les événements indésirables des vaccins anti-Covid. Peut-être que la BBC ne sait-elle pas que des événements indésirables suivant la vaccination anti-Covid (y compris des décès) sont enregistrés dans des bases de données telles que VAERS aux États-Unis et Yellow Card au Royaume-Uni.

- « La BBC peut révéler que plus d'un tiers des 26 essais majeurs du médicament face à l’ivermectine Covid comportent de graves erreurs ou des signes de fraude potentielle. »
Cette déclaration révèle non seulement le parti pris de la BBC, mais constitue une désinformation manifeste. La BBC ne fournit aucune preuve vérifiée de manière indépendante pour appuyer son affirmation. L'accusation diffamatoire selon laquelle un tiers de tous les scientifiques ayant travaillé sur les 26 principaux essais sont impliqués dans des fraudes et des essais faussés est un autre exemple de publication de "faits" non vérifiés et de diffusion de "fake news".

La BBC et le Guardian ont donc publié des articles fondés sur la présomption que l'étude Elgazzar est frauduleuse, sur la seule base des allégations du groupe décrit ci-dessus et de la rétractation prima facie de l'étude. En réalité, l'étude Elgazzar fait actuellement l'objet de vérifications et aucun verdict n'a encore été prononcé. En fait, ces médias ont jugé quelqu'un coupable avant que les preuves n'aient été examinées de manière indépendante et que le jugement soit rendu – c'est choquant. Qu'est-il advenu de la présomption d’innocence ?
Comme le Guardian, la BBC bénéficie de généreuses subventions de la Fondation Bill et Melinda Gates via son Fonds de Développement Mondial. Elle en a reçu davantage que le Guardian, avec des subventions depuis 2006.
Lorsque l'on passe en revue ce débat très polarisé sur l'utilisation de l'ivermectine comme traitement du Covid-19, les motivations sont une question centrale. Il faut se demander ce que ces scientifiques auraient à gagner à promouvoir l'utilisation de l'ivermectine comme traitement.
Ils ne font pas la promotion de l'utilisation d'un médicament breveté et cher, mais préconisent l'utilisation d'un médicament générique bon marché. Ils mettent leur carrière en jeu. Ils porte une parole singulière et, ce faisant, s'exposent à la calomnie ou pire. Pourtant, ils continuent de le faire parce qu'ils savent que des vies peuvent être sauvées.
Et pourquoi l'ivermectine est-elle si négativement ciblée par les Big Tech et les Big Media ? On peut penser que les conflits d'intérêts jouent un rôle majeur, au vu des liens étroits qui les lient à Big Pharma et de l'influence à longue portée la Fondation Bill et Melinda Gates. Un traitement précoce bon marché et efficace contre le Covid-19, tel que l'l'ivermectine, peut être considéré comme une grave menace pour les intérêts financiers liés aux vaccins anti-Covid et aux médicaments antiviraux chers.

Un fait est certain, la guerre de la désinformation entourant l'ivermectine ne montre aucun signe d'apaisement.


[En raison de la politique de dépublication pratiquée sans sommation par la modération de Mediapart sur des critères discutables et imprévisibles, à l'avenir les billets de ce blog seront simultanément publiés sur ce site : https://www.covid-factuel.fr. Ainsi ce billet est publié ici.]

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