Le bal des hypocrites

Depuis plusieurs semaines, Anticor fait l’objet d’une campagne de presse, dont la violence n’a d’égale que celle qui vise la justice financière. Pour ceux qui aiment danser au bal des hypocrites, ce sera toujours plus facile de dénoncer Anticor qu’un système qui prive notre pays d’une part importante de ses richesses.

Depuis plusieurs semaines, Anticor fait l’objet d’une campagne de presse, dont la violence n’a d’égale que celle qui vise la justice financière. L’idée même qu’on puisse poursuivre et sanctionner les infractions des puissants agace manifestement en haut lieu.

Dans cette campagne, il est notamment reproché à Anticor d’avoir un généreux donateur et de ne pas dévoiler son nom. Anticor défend la transparence et elle publie ses comptes et ses rapports financiers. Mais si des adhérents ou donateurs ne veulent pas être connus, le Règlement général sur la protection des données impose de respecter ce souhait –ce qui a été confirmé par un avis de la CNIL.

L’association n’accepte pas de dons des sociétés, ni de subventions, mais elle a quand même besoin d’argent pour fonctionner. Les adhérents sont les bienvenus : en dépit de la campagne de dénigrement dont l’association a fait l’objet, leur nombre à bondi en un an (février 2020-février 2021) de 3877 à 5993.

Mais ce nombre est encore faible au regard des enjeux. Les donateurs sont donc aussi les bienvenus. Quand un donateur donnait plus de 7500€ par an, il faisait l’objet d’une enquête, afin de s’assurer qu’il avait son compte bancaire personnel en France, qu’il ne faisait pas l’objet de poursuites ou de condamnations. Mais Anticor n’est pas TRACFIN, et un donateur qui entend lutter contre la corruption et la fraude fiscale toute discrétion n’appelle a priori pas de soupçon. L’essentiel, c’est que l’association ne dépende jamais d’une seule personne et cela a toujours été le cas

L’acharnement à dénoncer l’anonymat de ce donateur doit être confronté avec la placidité de la presse, face au refus d’Emmanuel Macron de dévoiler le nom des donateurs de son mouvement En marche ! Et quand Anticor a demandé à connaître les comptes de la Fondation Louis Vuitton, qui perçoit des avantages publics, cela lui a été refusé, au nom de « la vie privée des personnes morales. »

L’acharnement du Journal du dimanche (JDD) contre Anticor a même quelque chose de suspect. Pas plus tard que la semaine dernière, le rédacteur en chef, Hervé Gattegno, a été définitivement condamné dans un dossier qui l’opposait à Médiapart. M Gattegno reprochait à Médiapart d’avoir démontré ses liens très proches avec Alexandre Djourhi, homme d’affaires cité dans un possible financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy. L’arrêt condamne M Gattegno : « Une telle participation consciente à une entreprise de désinformation pour protéger un homme politique est manifestement contraire aux règles déontologiques de la profession de journaliste, ainsi qu’à la morale commune ».

Plus encore : le JDD fait partie de l’empire Lagadère. Le prêt de 465 millions garantis par l’Etat au groupe incite plutôt à se montrer reconnaissant en concentrant les critiques sur ceux qui agacent le pouvoir.

Et d’ailleurs, le groupe Lagardère est-il le mieux placé pour donner des leçons de transparence ? En effet, les comptes de la holding personnelle d’Arnaud Lagardère font l’objet de spéculations diverses depuis l’arrêt de leur publication en 2009. Le fonds d’investissement Amber Capital, actionnaire du groupe Lagardère, avait ainsi obtenu en octobre du tribunal de commerce de Paris la publication des comptes de LC&M. Mais Arnaud Lagardère n’avait pas obtempéré.

Enfin, même si le généreux donateur d’Anticor avait recouru à des pratiques dites « d’optimisation fiscale », cela ne lui interdit pas de trouver le système injuste et de souhaiter le transformer. Dans ce sens, le donateur n’est qu’un émule de ces milliardaires américains qui demandaient à payer plus d’impôts pour financer une économie à bas carbone.

Le vrai problème, c’est l’inertie de l’Etat. Pour la seule fraude, la Cour des comptes a rendu un rapport sévère sur l’insuffisance de l’action de la France. Et quant à l’évasion ou «l' optimisation », elle prospère en toute légalité, malgré les nombreux rapports parlementaires et les propositions de la société civile. Mais pour ceux qui aiment danser au bal des hypocrites, ce sera toujours plus facile de dénoncer Anticor qu’un système qui prive notre pays d’une part importante de ses richesses.

 

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