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Le Club de Mediapart dim. 29 mai 2016 29/5/2016 Édition de la mi-journée

Une initiative citoyenne européenne pour la liberté de la presse

Le 21 décembre 2012, Bernard Tapie, associé à un exilé fiscal, Philippe Hersant, est devenu propriétaire de quatre quotidiens régionaux : La Provence, Var-Matin, Nice-Matin et Corse-Matin, ainsi que des quotidiens du groupe France-Antilles. Saluée par l'Observatoire de médias (ACRIMED) comme un "scandale absolu", cette actualité met surtout en évidence un paysage médiatique dégradé.

Le 21 décembre 2012, Bernard Tapie, associé à un exilé fiscal, Philippe Hersant, est devenu propriétaire de quatre quotidiens régionaux : La Provence, Var-Matin, Nice-Matin et Corse-Matin, ainsi que des quotidiens du groupe France-Antilles. Saluée par l'Observatoire de médias (ACRIMED) comme un "scandale absolu", cette actualité met surtout en évidence un paysage médiatique dégradé.

 

En effet, Bernard Tapie n'est pas le premier qui investit dans la presse pour exercer une influence sur l'opinion ou affilier des décideurs politiques. Ainsi, TF1 est contrôlée par Bouygues : la télévision est juste un atout pour cette entreprise, qui dépend des contrats publics dans de nombreux secteurs : télécoms (Bouygues Telecom), BTP, routes (Colas), immobilier, infrastructure et transport ferroviaire via une participation dans Alstom.

 

L’alliance Vivendi-Lagardère domine dans la télévision payante (Canal Plus, Canalsatellite), alors que le groupe Lagardère dépend de l’Etat dans le domaine de l’armement. La concentration connaît la même ampleur dans le secteur de la presse écrite : l’avionneur Dassault contrôle la Socpresse (80%) et le groupe Le Figaro.

 

Et ces groupes ont des liens entre eux ; certains administrateurs d'un groupe siègent dans les conseils d'administration des autres. Cela explique en partie le rang de la France dans le classement de Reporters sans frontières sur la liberté des médias : 44ème sur 78 pays évalués [actualisé :39ème en 2014]. L'association observe aussi que la France et l'Italie (49ème) sont toujours confrontées à des immixtions importantes du politique dans l'activité des médias, et "confirment leur statut de cancres des pays fondateurs de l'Union européenne". Une "carte électronique du parti de la presse et de l'argent" permet, par une navigation interactive, de visualiser ces liens en cliquant sur le nom des propriétaires ou des groupes...

 

Il est vrai que la situation est aussi dégradée en Italie : Silvio Berlusconi est le principal actionnaire de Mediaset, groupe de télévision privée, de Montadori, la plus grande maison d'édition italienne, et de la société publicitaire Publitalia. Un des principaux quotidiens d'Italie, Il Giornale, est la propriété de son frère.

 

Au Royaume-Uni, le pluralisme et l'éthique des médias sont à l'épreuve de groupes transnationaux. News Corp, propriété de Rupert Murdoch, en est une figure emblématique. En 2011, les écoutes téléphoniques illégales réalisées au Royaume-Uni au profit de l'hebdomadaire News of the World, (propriété de News Corp) ont fait l'objet d'une commission d'enquête. Les conclusions de l'enquête, publiées en novembre 2012, sont sévères, et invitent à reconsidérer la régulation des médias au Royaume-Uni. Une des principales propositions concerne la création d'une autorité indépendante en charge de l'éthique des médias.

 

Dans l'Union européenne, l'article 11 de la Charte des droits fondamentaux dispose que "la liberté des médias et leur pluralisme sont respectés". Mais ce principe est encore loin d'être effectif. En particulier,  le Parlement européen a rejeté, en octobre 2009, une proposition de résolution demandant à la Commission européenne de proposer une directive sur la concentration des médias et le pluralisme. Ce n'était que le troisième échec...

 

Face à cette situation dégradée,  l'Alliance internationale des journalistes et Alternatives européennes ont récemment lancé un appel à une mobilisation citoyenne pour une directive protégeant le pluralisme des média et la liberté de la presse. Cette initiative regroupe une centaine d'organisations européennes. Elle fait partie des quatorze premières initiatives sur la fondement de l'article 227 du Traité de Lisbonne. Si la pétition recueillait un million de signatures, ce serait avant tout un succès politique.

Car une pétition n'est qu'une invitation faite à la Commission européenne de présenter une proposition législative. Nul doute que la Commission mettrait en chantier un projet de directive, sur la base des travaux qu'elle finance aujourd'hui. Le succès de la pétition ne garantit pas l'adoption d'une proposition, et encore moins un texte reflétant l'ambition des auteurs de l'initiative citoyenne. Mais on ne saurait reprocher à ces auteurs d'opposer l'optimisme de la volonté au pessimisme de la raison.

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Tous les commentaires

J'ai vu hier soir Tapie, sur le JT de France 2 avec Laurent Delahousse, donner quasiment des "leçons" de journalisme... Un grand moment ! En plus, il se pose quasimment en "sauveur bénévole" puisqu'acquérir un groupe de presse coûte cher... et ne rapporte pas d'argent.

A ce propos lire l'excellent ouvrage de Jean Stern récemment sorti aux éditions de la Fabrique: "Les Patrons de la presse nationale. Tous mauvais !" On y découvre entre autres comment les journaux qui perdent de l'argent permettent aux différents capitaines d'industrie qui en sont friands... de payer moins d'impôts. Et aussi comment des hochets en forme de "charte d'indépendance" ou de "conseil de surveillance" permettent de continuer à pressurer les rédactions et taillader dans les effectifs... tout en les occupant ailleurs !