La Grèce face à l'intégrisme économique

Le dénouement de la tragédie grecque orchestrée par la Troïka (Fonds monétaire international, Commission européenne et Banque centrale européenne) depuis de trop longs mois est proche. Alexis Tsipras a en effet décidé de demander aux Grecs, par référendum le dimanche 5 juillet, s’ils souhaitent toujours continuer de lutter contre l’intégrisme économique qu’ils subissent depuis plus de cinq ans

Le dénouement de la tragédie grecque orchestrée par la Troïka (Fonds monétaire international, Commission européenne et Banque centrale européenne) depuis de trop longs mois est proche. Alexis Tsipras a en effet décidé de demander aux Grecs, par référendum le dimanche 5 juillet, s’ils souhaitent toujours continuer de lutter contre l’intégrisme économique qu’ils subissent depuis plus de cinq ans ou s’ils préfèrent rendre les armes. Car, il faut être clair, l’intransigeance des « partenaires » européens de la Grèce, bien aidés en cela par le FMI, confine à une forme d’intégrisme, que le dictionnaire Larousse définit comme « une attitude et une disposition d'esprit de certains croyants qui, au nom du respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution ».

Cet intégrisme économique, que la « question grecque » révèle au grand jour, bénéficie de l’appui des principaux responsables politiques européens et des milieux d’affaires qui pratiquent un terrorisme intellectuel dont l’objectif est de convaincre les foules qu’il n’y a pas d’alternative aux politiques néo-libérales et de promettre l’enfer aux récalcitrants. C’est ce que vit actuellement la Grèce au travers de la stratégie du nœud coulant mise en œuvre par les fanatiques de l’austérité de Bruxelles, Berlin, Paris ou Washington. Sous couvert de négociation, les créanciers et supposés partenaires de la Grèce se comportent en fait comme des inquisiteurs modernes dont le seul objectif est de contraindre cette dernière à se conformer scrupuleusement aux sacro-saints commandements néo-libéraux – austérité, libéralisation de l’économie, affaiblissement des services publics, privatisations, etc. Ce faisant, ces kamikazes de l’austérité sont prêts à faire prendre des risques insensés au projet européen dans son ensemble et à l’euro en particulier si cela leur permet d’imposer leurs dogmes à une Grèce exsangue dont le courage face à une telle adversité devrait redonner espoir aux peuples européens qui eux, dans leur majorité, voient très bien les dangers de cet intégrisme économique quand ils ne vivent pas au quotidien ses effets néfastes.

Que demande aujourd’hui la Grèce d’Alexis Tsipras ? Que l’on desserre l’étreinte qui étrangle sa population depuis plus de cinq ans et mène à la catastrophe. En effet, le PIB de la Grèce a baissé de 25% depuis 2008 tandis que les salaires et les pensions ont diminué de 40%, tout comme les dépenses de santé et d’éducation. Le taux de chômage dépasse les 25% – il est même de 60% chez les jeunes de moins de 25 ans. La dette, que les politiques imposées par la Troïka étaient supposées réduire, est passée de 110% du PIB en 2008 à… 180% aujourd’hui. Un traitement « juste » impose de rompre avec des politiques dont l’inefficacité est patente et de procéder à une restructuration de la dette grecque, faute de quoi l’instabilité continuera de prévaloir et empêchera toute reprise de l’investissement, pourtant indispensable dans un pays qui a connu un effondrement de son appareil productif de 25% depuis la crise en raison de multiples faillites.

L’hostilité affichée par les « partenaires » européens à l’égard des propositions du gouvernement grec qui n’ont, de l’aveu de beaucoup, rien de révolutionnaire et ont déjà été largement édulcorées (voir ici), est symptomatique de cet intégrisme économique qui cherche à étouffer l’ébauche de toute inflexion au sein de l’Union européenne. Cette stratégie vise à démolir le nouvel exécutif grec ou à le faire rentrer dans le rang afin qu’aucun autre pays en difficulté n’ait à l’avenir l’idée de remettre en question le dogme néo-libéral. L’alternative laissée à la Grèce par les intégristes de la Troïka est la suivante : faire repentance et pénitence en se soumettant au diktat de ses « partenaires » et accepter d’expier des fautes dont le récent rapport préliminaire de la Commission pour la vérité sur la dette grecque a pourtant pointé qu’elles incombaient en (grande) partie aux créanciers ; ou finir sur le bûcher du Grexit.

Alexis Tsipras, avec ce référendum, redonne ses lettres de noblesse à un fonctionnement démocratique que la plupart des dirigeants européens ont en horreur[1]. Ces derniers préfèrent supporter le coup d’Etat financier en cours, orchestré avec la complicité d’une Banque centrale européenne dont la légitimité démocratique est inexistante.

On le voit, la question est politique et dépasse largement le simple cas de la Grèce. Cet intégrisme économique est servi par un discours bien rôdé faisant de l’égoïsme et de l’enrichissement personnel les valeurs cardinales de nos sociétés dites modernes tandis que la lutte de chacun contre tous est supposée conduire au bonheur généralisé, ce que les faits ne cessent de démentir. Ainsi, ce terrorisme intellectuel a gangréné nos esprits et nous conduit aujourd’hui à accepter cette loi du plus fort qui fait du plus faible l’unique responsable de son sort. Être aux cotés des Grecs afin de combattre l’intégrisme économique et ses valeurs rétrogrades est un devoir.

 


[1] Le Président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, s’est déclaré « très négativement surpris » par l’annonce du referendum en Grèce. Dans un entretien accordé au Figaro le 29 janvier 2015, Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne, rappelait déjà qu’« il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens », ce qui en dit long sur l’état d’esprit des « partenaires » de la Grèce.

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