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Billet de blog 30 oct. 2016

Les Économistes atterrés démasqués par Messieurs Cahuc et Zylberberg

Nous sommes obligés de le reconnaître. Les fins limiers de l’économie que sont Pierre Cahuc et André Zylberberg nous ont démasqués. Leur ouvrage salutaire et tout en retenue, intitulé rappelons-le « Le négationnisme économique. Et comment s’en débarrasser », avait déjà apporté nombre de preuves irréfutables. Leur tribune, parue dans Libération le 25 octobre dernier, parachève leur œuvre

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Nous sommes obligés de le reconnaître. Les fins limiers de l’économie que sont Pierre Cahuc et André Zylberberg nous ont démasqués. Leur ouvrage salutaire et tout en retenue, intitulé rappelons-le « Le négationnisme économique. Et comment s’en débarrasser », avait déjà apporté nombre de preuves irréfutables. Leur tribune, parue dans Libération le 25 octobre dernier, parachève leur œuvre d’intérêt public de dénonciation des scandales qui règnent au sein de la communauté économique française gangrénée par ces Économistes atterrés qui menacent le pluralisme des idées.

Alors oui, nous avouons n’être qu’un « collectif [qui] regroupe des militants ou des sympathisants de la gauche dite «critique» ». Bien évidemment, nous usurpons des titres universitaires que nous ne méritons pas afin d’embellir nos CV indigents. Et, surtout, nous ne publions pas d’articles scientifiques dans les « revues académiques ». Seuls le Journal du négationnisme économique et la Negationist Economic Review nous ouvrent leurs colonnes afin de relayer notre activité de lobbying. Car, « comme le Medef, le collectif des Économistes atterrés accuse les chercheurs dont les résultats ne s’accordent pas avec les propositions de la gauche «critique» d’être les tenants d’une «pensée unique», ou d’une «doxa dominante», servant les intérêts des «puissants» ». Et oui, Medef et Économistes atterrés, même combat ! Nos Sherlock Holmes de l’économie nous confondent, nous qui tentions d’abuser les braves gens en leur faisant croire que nous luttions contre les idées d’un Medef qui est en fait notre allié.

Nous tremblons d’ailleurs à l’idée que notre action cachée en faveur des grands intérêts capitalistes de ce monde ne débouche sur un « atterrés leaks » qui dévoilerait que notre opposition de façade aux intérêts patronaux et aux firmes multinationales est rémunérée par des sommes placées dans des paradis fiscaux que nous étudions non pour les dénoncer, comme nous tentons de le faire croire, mais pour mieux les utiliser à notre profit.

Comme le soulignent nos deux justiciers de l’économie, « on ne peut plus laisser perdurer l’idée qu’il y aurait deux manières d’aborder les questions économiques : celle des Économistes atterrés et autres hétérodoxes, humaine, sociale, proche de la réalité des gens, et celle des orthodoxes, froide, mathématisée, désincarnée et soumise aux exigences de la finance ». En effet, les Vrais économistes se préoccupent aussi du sort des plus pauvres. C’est précisément pour cela qu’ils leurs demandent à longueur de temps de se prendre en main afin de sortir de leur condition d’assistés. Ils n’hésitent d’ailleurs pas à les aider en proposant de réduire les minima sociaux et les indemnités chômage… Et reconnaissons enfin que la libéralisation financière orchestrée par les économistes sérieux a conduit à une plus grande stabilité, a permis d’éviter des crises de grande ampleur tout en réduisant les inégalités.

Afin de « sortir de cette opposition caricaturale et stérile », nos deux éminents collègues suggèrent aux journalistes de cesser « de faire systématiquement appel aux mêmes intervenants, surtout lorsqu’ils n’ont aucune activité de recherche avérée tout en étant néanmoins capables de s’exprimer sur tous les sujets. Ils devraient plutôt solliciter d’authentiques spécialistes ». Avec une pudeur qui les honore, ils préfèrent cacher qu’ils sont eux-mêmes « d’authentiques spécialistes » prêts à intervenir afin de dispenser le véritable message de l’économie sérieuse et objective, car eux « n’ont aucun engagement politique et n’émargent pour aucun lobby. Ils essayent simplement d’apporter tous les jours un peu plus de connaissance à la compréhension de nos sociétés ».

Quel contraste entre ces économistes éclairés, dévoués corps et âme au progrès scientifique, et les Économistes atterrés, vendus à des intérêts privés et n’hésitant pas à se mettre en travers du chemin de nos preux chevaliers économiques. En effet, « cette proposition, de bon sens, qui appelle à plus de pluralisme, a suscité une opposition très violente de ceux qui occupent les avant-postes de la scène médiatique. Comment peut-on se réclamer du pluralisme et s’opposer à cette proposition ? » Enfermés dans leur approche sectaire et idéologique, les Économistes atterrés entendent continuer à saturer l’espace médiatique avec leurs analyses partisanes et non scientifiques relayées complaisamment par des médias acquis à leur cause et détenus par leurs amis, Vincent Bolloré, Bernard Arnault, Serge Dassault, etc., quand Saint Pierre et Saint André ont eu tant de mal à faire la promotion de leur ouvrage pourtant tellement indispensable à la dénonciation des imposteurs que nous sommes.

Nos deux visionnaires ont tout compris : « une plus grande présence dans les médias de chercheurs venant de tous les horizons écornerait la place privilégiée qu’y occupent les autoproclamés hétérodoxes. C’est pourquoi ils s’y opposent avec une telle véhémence. Le match qui les oppose à longueur d’antenne avec le «reste du monde» est une rente qu’ils veulent conserver à tout prix ». Afin d’en finir avec les privilèges éhontés des Économistes atterrés et de mettre fin à leur rente indue, nos Big Brothers de l’économie, à ne pas confondre avec les Marx Brothers que nous serions, en appellent à une indispensable épuration afin de promouvoir le pluralisme cher à leur cœur.

 Eric Berr (membre du collectif des Économistes atterrés)

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