Je suis schizophrène et je vis.

Je publie "L'homme qui entendait des voix" aux éditions Unicité. (...) Je veux que mon livre aide les gens comme moi et leurs proches. C'est un livre pour la vie. C'est un livre dans la vie. Je suis schizophrène et je vis avec la maladie. Je vis. C'est un combat de tous les jours.

 

L'homme qui entendait des voix, récit . Eric Dubois. Editions Unicité, 2019. Illustration de couverture : © Jacques Cauda. - DR L'homme qui entendait des voix, récit . Eric Dubois. Editions Unicité, 2019. Illustration de couverture : © Jacques Cauda. - DR

 

 

 

       

 

 

Je publie "L'homme qui entendait des voix" aux éditions Unicité. Une première version, plus courte avait été publiée dans la revue littéraire en ligne "La Cause Littéraire " en 2017 , qui avait été retirée à ma demande, je n'en étais pas satisfait.
Ce récit ne parle pas seulement de la schizophrénie, de la maladie psychique, passé, présent, futur mais aussi de harcèlement dans le milieu du travail ( dans les années 90) mais aussi de la satisfaction de vivre malgré les angoisses au quotidien , soutenu par des proches et des amis et enfin de ma vocation d'écrivain et de poète, d'artiste.  Je veux que mon livre aide les gens comme moi et leurs proches. C'est un livre pour la vie. C'est un livre dans la vie. 
Je suis schizophrène et je vis avec la maladie. Je vis. C'est un combat de tous les jours.

 

 

La vie n'a pas de plan préétabli, de schéma directeur. La vie se charge de nous mener là où elle veut, sans qu'on y décide quelque chose. Tout est question de voix, et ça, les voix, je vais connaître, d'appels, ça aussi, de commandements internes (ou externes ?). Le fleuve cru emporte nos pessimismes, nos beautés retranchées et nos rêves essorés par un quotidien terne et sans événements majeurs ou si peu. Le fleuve contigu des années, métaphore usée pour désigner l'immobilité mobile d'un temps, en fait, fragmenté, concassé en blocs disjoints, en dehors de toute logique véritable, semble couler en nous, apparemment et on veut bien y croire à l'existence magique de ce palimpseste que nous pensons sans cesse écrire et réécrire. Comment (r)établir la vérité des faits ? Tout est confus. Je garde du passé une image fixe, je dois rassembler ça et là des morceaux épars pour tenter de consolider l'ensemble. Comment tout ça a commencé ? Le temps passé filtre les pas erratiques, les déconvenues. Comment tout ça est venu ? Une espèce de schizophrénie ? Allez, les médecins posent le diagnostic, on n'en parle plus, on n'a plus qu'à vivre avec, avec ça. Dis-je, en avalant un comprimé de 200 mg de Solian et un autre de 20 mg de Deroxat, comme tous les jours, cela depuis des années, le premier depuis vingt-deux ans et l'autre depuis quelques années. Ma vie est coupée en deux. Il y a l'Éric d'avant 1996 et l'Éric depuis 1996. Je rappelle que la schizophrénie ce n'est pas un dédoublement de la personnalité. C'est, m'a-t-on dit, la personnalité qui se scinde en deux. En gros, la schizophrénie c'est la cassure, la fracture. Puis-je en dire plus ? Je ne suis pas médecin. La maladie mentale, c'est quelque chose d'imprévisible, dans une famille. Cela a l'air d'un lieu commun mais c'est vrai ! On ne songe pas un instant qu'un de ses proches va en souffrir. J'allais avoir trente ans. 

 

(...)

 

 

 

Et il y avait ces lumières, criardes, violentes, ces couleurs vives comme sous l'effet d'une drogue puissante. Épuisé et ravi, je me laissais aller à des rêves faits en plein jour, parfois, j'avais l'impression de voyager dans le temps, et observais chaque époque au coin d'une rue, mes ancêtres traverser les passages pour piétons, et aussi des petits êtres qui apparaissaient et disparaissaient en un quart de seconde. Les odeurs nauséabondes me poursuivaient également, là, où elles n'avaient pas lieu d'être. Et enfin les voix, Élie, Élie, Élie qu'elles disaient, pas méprisantes, pas ordurières, juste entêtantes, insectes de l'aube et du crépuscule, à certaines heures, mais toujours de courte durée.  

 

 

(...)

Le 1er Juin 1996, je fus hospitalisé par demande d'un tiers, en l'occurrence, ma famille, et, avec mon assentiment confus.

 

 

Je suis en état de sainteté. Le monde me traverse, je fais corps avec lui. Je n'ai plus de corps, je suis un pur esprit. Cet après-midi, j'ai vu l'homme sur le banc. Il est Dieu et tous mes ancêtres.

Je me suis assis à côté de lui, je lui ai parlé et il ne m'a pas répondu.

 

Je suis en état de sainteté. Je commande à distance les feux de signalisation. Je traverse n'importe comment les rues.

 

Je suis en état de sainteté. Je parle aux arbres, aux animaux et je comprends les enfants mieux que quiconque.

 

Et toutes les nuits, je suis en état de sainteté. Je me promène des heures, dans une sorte de rêve éveillé comme nimbé d'un halo de lumière, d'une aura.

 

 (...)

 

Le délire mystique, les associations étranges d'idées, les hallucinations visuelles, auditives, olfactives, tactiles, sont le quotidien du schizophrène en crise. La phase maniaque ( bouffée délirante aigüe et autres manifestations ) n'est pas sans souffrance, c'est à la fois une violence du langage et une violence de soi qui se heurtent au mur d'incompréhension des autres. Il n'y a plus de dialogue possible entre le malade et ses proches. Le malade s'emmure vivant et mort , dans sa folie. On ne peut difficilement résister à ses attaques répétitives.

 

(...)

 

Je veux écrire ce récit, dis-je, à Mme Gré. Je pense à M. Loiseau, je ne suis même pas sûr que je lui ai parlé au début des années 2000 du harcèlement moral que je connus dans le monde du travail. Mme Gré a pris le relais de ma parole. Ce que j'ai pu dire à M. Loiseau, je ne m'en souviens plus, j'ai sans doute évoqué ma maladie, le début, l'hospitalisation, Myriam, son divorce, l'espèce de stress que j'avais à cette période, de burn-out (?) décalé.

 

 

 

 

 ÉRIC DUBOIS

 

 

 Poète, écrivain, blogueur,  responsable de l'association  et revue de poésie en ligne Le Capital des Mots.

 

 

Extraits de "L'homme qui entendait des voix, récit "  ( Préface de Laurence Bouvet ) Editions Unicité, 2019. Illustration de la couverture : pastel à l'huile de ©  Jacques Cauda. 

 

 

Plus d'infos :  http://www.editions-unicite.fr/auteurs/DUBOIS-Eric/l-homme-qui-entendait-des-voix/index.php

 

http://www.editions-unicite.fr

 

 

Lire d'autres extraits :

 

https://blogs.mediapart.fr/eric-dubois/blog/280119/schizophrenie-blues

 

 

NB : 

 

Le 15 Juin 2019, de 10h à 18h,  je signe mon récit "L'homme qui entendait des voix " ( Editions Unicité, 2019 ) à la Librairie L'Antre de Pages 27/29 rue de Paris à Joinville le pont ( 94 ) . Tél: 01 42 83 77 05 .

 

 

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