Les mots dont souffre le football français

S'agit-il de nationalité, ou de race ? Ou bien, les dirigeants sportifs faisant écho aux dirigeants politiques, les deux logiques ne se confondent-elles pas aujourd'hui dans une racialisation de la nation française ?
S'agit-il de nationalité, ou de race ? Ou bien, les dirigeants sportifs faisant écho aux dirigeants politiques, les deux logiques ne se confondent-elles pas aujourd'hui dans une racialisation de la nation française ?

 

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Après la publication du verbatim d’une réunion de la Direction technique nationale de la Fédération française de football, étayant les révélations de Mediapart sur le projet d’introduire dans la formation des jeunes sportifs ce qu’on pourrait appeler une discrimination positive à l’envers, les protagonistes protestent encore de leur innocence. François Blaquart, le Directeur technique national, aussitôt suspendu, s’indigne : « je ne suis pas du tout raciste, j’ai travaillé partout dans le monde. Je suis offensé que l’on me pose cette question ». De même, pour Laurent Blanc, sélectionneur de l’équipe de France, « être soupçonné de racisme ou de xénophobie, moi qui suis contre toute forme de discrimination, je ne le supporte pas. »

 

Mauvaise foi, ou malentendu ? Pour François Blaquart, « le problème, c’est l’amalgame : le mot ‘quotas’ pose un problème de statut par rapport à la binationalité mais il n’a aucune connotation raciale ou ethnique. » Laurent Blanc ne dit pas autre chose : « Il faut être de mauvaise foi pour ne pas voir que le débat auquel j’ai participé n’avait évidemment pas pour objectif de ‘diminuer le nombre de Noirs et d’Arabes dans le football français’, comme voulait le laisser entendre le titre outrancier de l’article, mais uniquement d’envisager le futur du football français et donc d’aborder, par voie de conséquence, le lourd et délicat problème des joueurs à double nationalité ainsi que les modalités de détection/sélection pour un nouveau projet de jeu. » Bref, nation n’est pas race.

 

On retrouve la même idée chez la ministre des sports : « d’ores et déjà, je constate que tout est ici affaire d’interprétation. On dérive très vite, trop vite peut-être, vers des considérations d’origine et de couleur de peau. » On l’aura compris : la « dérive » tient pour elle à l’interprétation. Chantal Jouanno en profite d’ailleurs pour dire qu’elle « réprouve les méthodes de Mediapart ». Laurent Blanc dénonce pour sa part des « procédés douteux », tandis que François Blaquart s’emporte : « Toute la DTN a été piégée. Qu'une réunion comme ça soit enregistrée, c'est scandaleux. »

 

S’agit-il vraiment de nationalité, ou plutôt de race ? Ou bien les deux logiques se confondent-elles aujourd’hui ? Et d’ailleurs : quel sens donner au mot « race » ? et à celui de « racisme » ? La transcription d’extraits de la réunion du 8 novembre 2010 donne l’occasion de préciser les termes qui, aujourd’hui en France, définissent la « question raciale ». On y mesure combien les discours, mais aussi les pratiques, reprennent à leur compte les catégories de la politique qu’incarnait encore à cette date le ministère de l’immigration et de l’identité nationale, et qui n’a évidemment pas disparu avec lui.

 

Un problème de double nationalité

 

À première vue, il s’agit seulement de nationalité. Le problème posé, c’est celui des joueurs formés par l’Institut national du football, à Clairefontaine, et qui évoluent ensuite dans les équipes nationales d’autres pays que la France : en cas de double nationalité, la FIFA autorise en effet le choix. C’est bien sûr un écho de la Coupe du monde : en Afrique du Sud, neuf joueurs qui, en sélection de jeunes, avaient porté le maillot de l’équipe de France ont joué pour des équipes concurrentes. Or comme le dit Érick Mombaerts lors de la réunion, « nous, on travaille pour le football français, on ne travaille pas pour les sélections étrangères. »

 

Il répond d’ailleurs aux inquiétudes de Francis Smerecki : c’est seulement dans les « structures fédérales » qu’il faut réduire « ces gens-là » : il n’est donc pas question de les éliminer !En effet, « les clubs pros, ils peuvent les prendre. » Pourtant, un peu plus tôt dans les échanges, Lyon et Marseille ont été donnés en exemple par le même Érick Mombaerts pour avoir déjà mis en place, sans le dire publiquement bien sûr, des quotas : « Ils le font systématiquement. Ils le supportent plus. » On comprend moins bien, s’il ne s’agit pas de race, comment les clubs pourraient servir de référence pour la politique de la Fédération française : le critère de la nationalité n’y a, de toute évidence, pas la même pertinence. Pour autant, ils ne « le » supportent plus – eux non plus.

 

Mais la question a aussi une actualité politique : quelques semaines plus tôt, en octobre, la Droite populaire a profité de l’examen de la loi Besson pour proposer avec le député UMP Lionnel Luca deux amendements : l’un qui aurait mis fin à la double nationalité, l’autre subordonnant l’acquisition de la nationalité pour tous les enfants d’étrangers, entre 16 et 21 ans, à la manifestation d’une « volonté ». Si les deux ont été repoussés, ce n’était que partie remise, à en croire le ministre : l’Assemblée nationale mettait d’ailleurs aussitôt en place une mission d’information sur le droit de la nationalité.

 

Un vocabulaire glissant

 

Or la discussion des dirigeants du football lie bien les deux points : à défaut de pouvoir supprimer la double nationalité, elle propose de réduire le nombre de joueurs qui pourraient en bénéficier. Le problème, c’est qu’il faudrait les repérer en amont, bien avant leur majorité. Cela implique d’anticiper en écartant certains de ceux « qui sont susceptibles de changer de nationalité », selon l’expression de François Blaquart. À l’inverse, lesquels retenir ? Pour Laurent Blanc, ceux qui « se sentent français », qu’on les « aide à s’identifier », ou plus simplement qu’on décide, avec François Blaquart : « il faut identifier. » On retrouve ici le critère du sentiment d’appartenance, mis en scène dans les années 2000 par toutes les querelles autour du drapeau et de l’hymne dans le monde du football : de la nationalité, critère juridique, on passe donc à l’identité nationale.

 

D’ailleurs, on retrouve dans le verbatim tous les glissements qui ont caractérisé le grand débat » lancé par Éric Besson, mais aussi, plus largement, la parole publique en France depuis le début de l’ère Sarkozy. Certes, pour Laurent Blanc, le sentiment d’appartenance n’a aucun rapport avec la race : « s’il n’y a que des – et je parle crûment – que des Blacks dans les pôles [de jeunes] et que ces Blacks-là se sentent français et veulent jouer en équipe de France, cela me va très bien. » Mais du sentiment d’appartenance, on enchaîne sur la culture : « Avoir d’autres critères, modifiés avec notre propre culture ». Et de la culture, on dérive insensiblement vers la couleur de peau : « avec notre culture, notre histoire, etc. Les Espagnols ils m’ont dit : ‘Nous, on n’a pas de problème. Nous, des Blacks, on n’en a pas. »

 

Le caractère proprement racial de ce critère a tôt fait d’être explicité : la culture est en effet incarnée dans des propriétés physiques. Laurent Blanc parle de « stéréotype », voire, comme Brice Hortefeux dans la plaisanterie qui lui a valu condamnation, de « prototype ». Il s’agit certes de style de jeu. Pour Laurent Blanc, « le jeu, c’est l’intelligence. Donc c’est d’autres types de joueurs. » Aucun rapport avec la race, explique-t-il après les révélations de Mediapart : « Il faudrait peut-être davantage donner leurs chances aux joueurs même de petite taille, mais ayant des qualités de dribbleurs ou ayant une vraie intelligence de jeu. Après, il ne faut pas faire des amalgames et ajouter des critères de couleurs. Cela me dérange beaucoup. Il nous faut des petits, qu’ils soient blancs ou de couleur. »

 

Mais ces corps, le verbatim l’atteste, n’en sont pas moins racialisés : « Grands, costauds, puissants. Qu’est-ce qu’il y a actuellement comme grands, costauds, puissants ? Les Blacks. » À l’inverse, Érick Mombaerts évoque « les petits gabarits blancs. » Cela n’empêche pas le sélectionneur de parler en même temps de nationalité : « tous les Blacks, si tu enlèves les Antillais, ils ont des origines africaines. Donc, ils vont pouvoir aller dans une équipe africaine. » Bref, comme le dit Érick Mombaerts en conclusion du verbatim : « Le jeu, c’est l’intelligence, donc c’est d’autres types de joueurs. Donc tout est lié, tout est lié ». C’est toute la logique rhétorique des discours politiques actuels, que caractérisent ainsi des glissements progressifs d’un registre à un autre. Et c’est bien de la sorte que fonctionne la « race » : dans le flottement sémantique et lexical.

 

Une politique d’identité nationale

 

Les dirigeants du football ne sont évidemment pas inconscients du contexte politique dans lequel ils réfléchissent – même si c’est pour retourner l’argument, comme Laurent Blanc lorsqu’il sexplique aujourd’hui : « Quand un joueur a porté les couleurs de l’équipe de France en jeunes, ça me dérange qu’il parte jouer pour une autre sélection une fois adulte. On a le droit d'en parler de ça, non ? Ce n’est pas parce qu’on est à un an de la présidentielle qu’on ne doit plus parler pendant un an. »

 

Même dans le verbatim, Laurent Blanc se défend déjà de tout racisme : « c’est pas les gens de couleur qui me posent un problème, c’est pas les gens nord-africains. » Bref, « ça n’a aucune connotation raciste ou quoi que ce soit. » François Blaquart renchérit : « C’est pas la couleur qui fait… Il y a des gens qui sont, de toute façon et fondamentalement, de souche française. » La condition de possibilité de tels propos, c’est l’entre-soi, que manifeste la réponse de Laurent Blanc : « Mais bien sûr. Aussi français que toi et moi. » « Eux » sont l’objet de la réunion ; mais ils n’y sont manifestement pas présents ; ils n’y ont pas la parole. C’est à l’aune d’un « nous » qui va de soi qu’est évaluée « leur » nationalité, ou « leur » identité nationale.

 

Pour les dirigeants, la preuve que leur analyse échappe au racisme, c’est qu’il y a des Noirs et des Arabes qui sont vraiment français. Reste que cette question ne se pose que pour les Noirs et les Arabes. Eux seuls sont susceptibles, ensuite, d’« aller jouer dans des équipes nord-africaines ou africaines ». Ou du moins, c’est seulement d’eux qu’on parle dans cette réunion – même si, comme le dira François Blaquart pour écarter tout soupçon de discrimination après les premières révélations de Mediapart, « il y a aussi des gens originaires des pays de l’Est ou des Latins qui se trouvent dans les mêmes conditions ». Soyons même plus précis : très vite, et de manière paradoxale si l’on songe aux équipes du Maghreb, les Nord-Africains sont oubliés, et le problème est circonscrit aux Noirs. C’est un peu comme dans l’essai d’Hugues Lagrange, Le déni des cultures : tout se passe comme si les Noirs incarnaient désormais en France, plus encore que les Arabes, le « problème » de l’intégration.

 

Quel problème ?

 

Pour se justifier, Laurent Blanc n’en revendique pas moins aujourd’hui de se situer en dehors de toute idéologie : « Moi, je ne parle pas de critères ethniques, je ne parle que de critères techniques. Je ne suis qu’un entraîneur de football. » La phrase suivante prétend illustrer cette préoccupation strictement professionnelle : « Le seul problème qui existe dans le football concerne les joueurs à double nationalité ». Toutefois, le problème posé est manifestement d’un autre ordre : le verbatim ne fait ici que redoubler le discours public. Que la France forme des joueurs qui partent dans des sélections étrangères, « ça, ça me choque », dit Laurent Blanc (« ça nous choque », renchérit Érick Mombaerts) ; « sincèrement, ça me dérange beaucoup. »

 

C’est manifestement une question de principe. Quand Francis Smerecki l’interroge, le sélectionneur est d’ailleurs catégorique : et si, en tant que joueur, il n’avait pas été retenu en équipe de France ? « J’aurais pas demandé à jouer ailleurs. C’est aussi simple que ça. » Encore faut-il noter que c’est forcément vrai : même si ce règlement avait existé à son époque, faute de double nationalité, il n’en aurait pas eu l’occasion – et donc, il n’en a jamais eu le fantasme non plus. C’est en toute bonne foi que Laurent Blanc peut s’identifier au drapeau, qui lui a tant donné. Lui n’a jamais eu à se justifier, ni de sa nationalité, ni de son sentiment d’appartenance. L’identité nationale est un problème réservé aux Français d’origine – ou « d’apparence » – étrangère.

 

D’ailleurs, où est le problème ? Des joueurs binationaux jouent dans des sélections étrangères ; mais chacun s’accorde à dire que, dans la grande majorité des cas, comme le montre cette dernière question, c’est faute d’avoir été retenus dans l’équipe de France. Les équipes africaines apparaissent ainsi, pour certains joueurs, comme une deuxième chance. En quoi est-ce une perte pour la France, qui exporte son savoir-faire ? Parmi les joueurs que forme la Fédération, le sélectionneur n’en retient qu’une partie. Qu’aurait-on à gagner à leur interdire la possibilité de jouer ailleurs ? Ou bien veut-on sérieusement suggérer que les pays africains exploitent les richesses de la France ?

 

Le même Francis Smerecki soulève une autre objection de taille : « si on enlève la totalité des gens qui peuvent choisir, pour une autre sélection [étrangère] éventuellement, je ne sais pas si on a une division. Parce que quelque part, même s’ils vont jouer dans un autre pays, il y a des clubs de Ligue 2 qui vivent avec ces joueurs-là. » Le football français a besoin de ces joueurs potentiellement binationaux qu’on veut écarter des centres de formation. On voit ici combien le débat footballistique rejoint les termes du « problème de l’immigration » tel qu’il est posé aujourd’hui : de la même manière en effet, le gouvernement est prêt à se priver d’une main-d’œuvre utile pour l’économie. Dans les deux cas, la logique idéologique l’emporte sur le pragmatisme pourtant revendiqué.

 

Une logique contradictoire

 

C’est d’ailleurs pourquoi l’argument se renverse, au prix d’une contradiction massive. Le problème, ce n’est pas seulement qu’ils s’en vont ; c’est aussi qu’ils restent. Au fond, peu importe qu’ils aillent jouer ailleurs, ou qu’ils jouent ici : « ces gens-là » seraient toujours en trop grand nombre. Lors de la réunion, Francis Smerecki émet pourtant une protestation de bon sens : « Attends, vous allez pas prendre ‘Dédé’ pour plus con qu’il l’est. Les bons jeunes blancs, s’il avait eu un jeune talentueux blanc, il aurait pris, non ? » Autrement dit, même si un participant rétorque qu’il n’est « pas sûr que les Blancs aient leur chance », nul ne peut véritablement croire que les Noirs (ou les Arabes) ont été retenus en raison de leur couleur. C’est leur mérite sportif qui explique leur forte présence dans le football français. Ils n’en sont pas moins un problème, dans tous les cas de figures – qu’ils partent ou pas.

 

On comprend toutefois ce qui fait la cohérence idéologique, sinon logique, de ces deux arguments contradictoires. Ce qui dérange, avec ces joueurs d’origine africaine, c’est que leur loyauté est jugée problématique a priori : leur appartenance serait incertaine. Et la politique de quotas, qui vise à limiter leur nombre, ne pourra que confirmer ce soupçon, en encourageant certains à tenter leur chance sur un marché footballistique qui leur serait plus ouvert, dans leur deuxième pays. Il en ira donc des joueurs de football d’origine étrangère comme de ces jeunes qui, faute de pouvoir « jouer » sans handicap sur le marché matrimonial français « de souche », se portent sur un second marché, étranger, où leur « valeur » est davantage reconnue – ce qui ne manque pas d’être interprété ensuite comme un échec de leur intégration.

 

La racialisation de la nation

 

Revenons pour finir à la question de départ : faut-il dénoncer la mauvaise foi, ou plaider le malentendu ? Ou, pour le dire brutalement, le football est-il raciste, ou pas ? Plus ou moins que la société française ? Pour répondre à cette question, mieux vaut la préciser : la bonne foi antiraciste des protagonistes n’empêche manifestement pas un projet politique de discrimination raciale. Comment le comprendre ?

 

Rappelons d’abord qu’il n’est pas besoin d’être raciste pour participer d’une logique discriminatoire systémique. C’est ce qu’on peut appeler, par opposition à l’intention raciste, le racisme en effet, inscrit dans les pratiques implicites plus que dans les idéologies explicites. C’est ainsi que les universitaires, ou les journalistes, pour ne prendre que ces deux exemples, sont quasi unanimement antiracistes, et en même temps presque uniformément blancs. Il ne s’agit donc pas seulement du football.

 

Toutefois, ici, il y a plus : lors de la réunion dont nous découvrons aujourd’hui le verbatim, il ne s’agit pas tant de racisme au quotidien que d’institutionnalisation de la discrimination. Il est question non seulement de paroles, ou de pratiques, mais aussi de politiques – soit un pas franchi dans la logique discriminatoire. C’est que le football est au cœur symbolique des enjeux d’identité nationale, non seulement en termes d’appartenance, mais aussi dans sa dimension la plus explicitement raciale – les déclarations récurrentes sur la composition de l’équipe de France nous interdisent de l’oublier. Aussi les responsables du football français se retrouvent-ils aujourd’hui, qu’ils le veuillent ou pas, à occuper des fonctions d’entrepreneurs d’identité nationale.

 

Ce n’est donc pas un hasard si c’est là qu’éclate aujourd’hui le scandale. Et ce n’est pas non plus un hasard si c’est au lendemain d’une Coupe du monde sud-africaine dont le sociologue Stéphane Beaud a bien montré, dans un livre récent, comment le racisme de classe, dont on ajoutera qu’il est aujourd’hui inséparablement une racialisation des classes populaires, s’est plu à attribuer le fiasco à des joueurs stigmatisés comme « traîtres à la nation » : le football français est pris dans les tourmentes des politiques identitaires venues d’en haut. Comment pourrait-on s’étonner qu’il mêle ainsi les registres nationaux et raciaux, quand c’est l’ordinaire du discours politique sous Nicolas Sarkozy ? Ce n’est pas tant que la parole raciste soit « libérée » ; c’est plutôt que certains dirigeants sportifs, comme ceux d’autres milieux, se satisfont de parler avec les langages disponibles dans l’espace public.

 

… au miroir transatlantique

 

Pour mieux prendre la mesure de cette dérive langagière, qui est aussi bien sûr une dérive idéologique, une comparaison pourra aider à prendre un peu de distance, et à voir ce qu’on finirait par ne plus remarquer à force d’en être le spectateur. Barack Obama vient de publier son certificat de naissance, sans pourtant mettre fin aux folles rumeurs : est-il bien né aux États-Unis ? Jamais un président n’avait dû se justifier de la sorte ; il est vrai que ce pays n’avait encore jamais élu un président noir. Car tout le monde le sait : c’est bien en raison de sa couleur de peau que la nationalité de Barack Obama est suspecte pour certains. Il en va de même en France aujourd’hui : après deux ou trois générations, nos concitoyens sont encore décrits, parfois comme des immigrés, souvent comme d’origine étrangère, voire issus de la diversité.

 

Aux États-Unis comme en France, pour comprendre cette racialisation de la nation, il ne suffit pas d’invoquer l’héritage de l’esclavage et de la colonisation. Elle ne s’explique pas seulement par le passé ; elle a une actualité politique bien présente. Tandis qu’outre-Atlantique, c’est l’extrême droite du Tea Party qui se dresse contre le président, en France, ce populisme est au pouvoir. C’est le président de la République, relayé par ses ministres, qui institue une identité nationale racialisée. Ne nous étonnons pas que le football en soit aujourd’hui le porte-drapeau. Ce que Mediapart nous a révélé, c’est ce que nous savions déjà, sans vouloir tout à fait le reconnaître. Les dirigeants du football français ne font que dire, dans le secret de leurs réunions, ce qui s’affiche désormais tous les jours, très publiquement, dans le débat politique national.

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