Société civile, ONG, les nouveaux garants d’une politique au féminin

Les 10 et 11 mai, l’ONG Action en Méditerranée a donné l’opportunité à vingt femmes marocaines, algériennes, tunisiennes et belges, de rencontrer des candidates aux élections européennes à Bruxelles et de les suivre sur le terrain dans leur campagne électorale le temps d’un week-end.

Les 10 et 11 mai, l’ONG Action en Méditerranée a donné l’opportunité à vingt femmes marocaines, algériennes, tunisiennes et belges, de rencontrer des candidates aux élections européennes à Bruxelles et de les suivre sur le terrain dans leur campagne électorale le temps d’un week-end.


 Les femmes, l'urgence de la Francophonie

Financée en partie par le FEDEM (Fonds européen pour la démocratie), le projet « Femmes leaders de demain » a pour objectif de donner à ces femmes les outils pour s’engager en politique dans leur pays. Quatre fois dans l’année, ces femmes politiques en herbe sont réunies dans la capitale de leur pays respectif et sont suivies par des coachs qui leur font notamment rencontrer des personnes engagées. A l’image de cette initiative, des dizaines d’organisations internationales non gouvernementales œuvrent chaque jour pour encourager les femmes à participer à la vie politique.

 Si le droit de vote des femmes s’est généralisé dans le monde au cours du 20ème siècle, la place qui leur est accordée en politique est encore trop minoritaire. Même si de grandes figures féminines ont marqué le paysage politique au cours des dernières décennies, elles font trop souvent figure d’exception. Chaque jour pourtant, la société civile internationale œuvre aux travers de nombreuses associations pour que soient défendus la condition des femmes, leurs droits et leur possibilité à prendre part aux instances de décision. Au même titre qu’ONU Femmes qui se bat pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes dans le monde, beaucoup de structures associatives sont à l’origine de projets servant la cause des femmes à l’échelle mondiale.

Au lendemain des conflits, les femmes font souvent partie des populations les plus fragilisées, exclues de toutes négociations de paix ou processus de reconstruction. Trop de mises à l’écart pour une société qui a pourtant tout à gagner à profiter des ressources intellectuelles et humaines qu’offre la moitié de la population. Une étude de la Thomson Reuters Fondation parue l’année dernière, présente les femmes comme premières victimes des printemps arabes. En élaborant un classement d’experts sur les droits de la femme dans les 22 pays de la Ligue arabe, l’étude met en exergue la détérioration du droit des femmes au sortir de ces conflits commencés fin 2010 en Tunisie, pour se répandre ensuite dans de nombreux pays du monde arabe. Si les Comores arrivent en tête avec notamment 20% des postes ministériels occupés par des femmes, l’Egypte est grande dernière avec des taux record en termes de harcèlement sexuel, mutilations génitales, violences morales, mariages forcés ou de lois discriminatoires.

Quand certaines nations sont montrées du doigt, d’autres essaient de progresser et d’évoluer dans la bonne direction. En février dernier, Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, était en visite au Mali dans le but d’évoquer avec son homologue Oumou Ba la situation des femmes dans ce pays. En reconstruction, le Mali souffre des séquelles laissées par l’occupation des régions du Nord. Pour autant, les femmes sont de plus en plus encouragées à s’engager et participer à la construction nationale. C’était d’ailleurs le thème de la Journée panafricaine célébrée au Mali en juillet 2013 : « 50 ans après la création de l’OPF : Engagement des femmes pour la construction du Mali ».

Les femmes, vecteurs de paix selon l'OIF

En Afrique, l’engagement des femmes est devenu une priorité pour certains groupes qui y voient un moyen fort pour établir une démocratie stable. Au Nigéria, la WILPF (Women’s International League for Peace and Freedom) a créé le « Team 2015 project » afin d’inciter les femmes à se mobiliser pour les élections qui auront lieu l’année prochaine dans le pays. Joy Onyesoh, présidente de WILPF Nigeria, considère nécessaire la présence des femmes dans la sphère politique et milite pour qu’elles puissent prendre part aux décisions nationales importantes. Si certains qualifieront un peu trop rapidement les actions entreprises par ces organisations de féministes, il s’agira seulement d’y voir une quête de bon sens. Dans chaque nation troublée, l’instauration d’un processus de paix ne peut être concevable sur la durée sans l’implication des femmes dans la sphère politique et sociale.

La société civile francophone accorde depuis toujours une considération particulière à ces problématiques et a même choisit d’en faire la ligne directrice de son XVème Sommet, qui aura lieu à Dakar en novembre avec pour thème « Femmes et Jeunes en Francophonie : vecteurs de paix, acteurs de développement ». En prémices de cette manifestation, la capitale du Sénégal accueille depuis le 4 juin la 9ème Conférence des OING et des OSC (Organisations de la société civile). Véritable caisse de résonance de ce prochain Sommet, cette nouvelle édition se distingue pour son côté novateur car elle rassemblera en plus des 67 OING accréditées auprès de l’OIF, des ONG de pays en crise ou sortie de crise, des réseaux partenaires de l’OIF et des représentants de la société civile sénégalaise. 3 jours pour travailler en plaçant les femmes et la jeunesse francophone au cœur des affaires publiques.

Dans le monde, la part des femmes chefs d’état s’élève seulement à 5,9% en 2014 (étude Onu Femmes). Une représentation encore très faible mais elles sont de plus en plus nombreuses chaque jour à vouloir s’impliquer dans les débats démocratiques et agir à tous les niveaux pour faire avancer la condition des femmes. La société civile internationale se mobilise au travers de multiples actions pour prôner une meilleure reconnaissance des droits des femmes et participer de manière active à l’instauration du processus de paix dans des pays en crise ou en sortie de crise. A force de travail et de justes revendications, le combat des ONG trouve de plus en plus d’échos auprès des pouvoirs légiférants. Le Maroc dont le tissu associatif est très riche avec plus de 50.000 associations, vient de faire un pas en avant vers une acceptation des ONG par les instances politiques. Lahbib Choubani, ministre chargé des Relations avec le Parlement et la société civile, a indiqué lors de récents débats que les ONG seront très bientôt considérées comme «une source de législation, sur un même pied d’égalité que le Parlement et le gouvernement». Des déclarations pleines d’espoir qui, espérons-le, auront un impact international à la mesure de l’importance des missions menées par la société civile. 

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