L'issue de la lutte contre Daesh intimement liée au sort de Kobané

Le chef d'état-major interarmées américain, Martin Dempsey, a convié ses homologues dont les pays sont engagés dans la coalition contre l'Etat islamique, mardi 14 octobre dans le Maryland. Alors que les combats sont engagés depuis plus de deux mois, il s'agissait de la première réunion de ce type, tandis que la lutte contre les djihadistes semble en être à un tournant crucial.

Le chef d'état-major interarmées américain, Martin Dempsey, a convié ses homologues dont les pays sont engagés dans la coalition contre l'Etat islamique, mardi 14 octobre dans le Maryland. Alors que les combats sont engagés depuis plus de deux mois, il s'agissait de la première réunion de ce type, tandis que la lutte contre les djihadistes semble en être à un tournant crucial.

Kobané, ville syrienne théâtre d'affrontements depuis des semaines entre les djihadistes de l'Etat islamique (EI) et la résistance locale, cristallise bon nombre de débats, d'enjeux et d'interrogations, alors que la lutte de la coalition internationale contre Daesh est engagée depuis deux mois. Cette agglomération syrienne, où réside une importante communauté kurde à la frontière de la Turquie, apparaît en effet comme le facteur déterminant qui fera pencher la balance du côté de l'EI ou de la coalition menée par les Etats-Unis. A ce titre, les responsables militaires des pays engagés dans cette lutte se réunissaient mardi 14 octobre dans le Maryland, sur invitation du chef d'état-major interarmées américain Martin Dempsey.

L'épineuse question d'une intervention au sol

Le sort de Kobané est pour plusieurs raisons problématique et suscite certaines interrogations. Tout d'abord se pose la question d'une intervention militaire au sol. Jusqu'à présent, les frappes aériennes ont accompagné les combattants locaux, qu'ils soient en Irak ou en Syrie. « Pour l'instant, les frappes aériennes américaines nous soulagent », confie un résistant kurde ; mais pour combien de temps encore ? Alors que les djihadistes progressent de jour en jour dans la ville, s'emparant d'un poste de police, de la mairie et de certains bâtiments administratifs, la chute de Kobané et, de facto, la prise de la frontière turque seraient un coup dur pour la communauté kurde, qui ne pourrait plus évacuer ses blessés, et pour la coalition internationale, qui verrait son ennemi renforcé.

Renforcé, du point de vue de ses effectifs ; en gagnant 100 km de frontière, Daesh permettrait l'entrée en Syrie de djihadistes étrangers. Renforcé également d'un point de vue financier ; principale manne de l'EI, la contrebande de pétrole s'en trouverait facilitée. C'est pourquoi Barack Obama, intervenant dans le Maryland, a fait part de son inquiétude concernant le sort de Kobané. « Nous n'en sommes qu'aux premières phases, et comme dans tout effort militaire, il y aura des jours de progrès et des périodes de recul », a prévenu le chef d'Etat américain. Tandis que certains en appellent à une intervention armée sur les sols irakien et syrien, un tel choix n'est semble-t-il pas encore d'actualité pour la coalition internationale. 

Le flou géopolitique induit par la lutte contre l'EI

Les affrontements dans la ville de Kobané suscitent également plusieurs interrogations concernant les relations géopolitiques internes de la coalition internationale. Washington accuse en effet Ankara de jouer un double jeu dangereux, alors que les deux parties semblaient être parvenues à un accord bilatéral dimanche, ce que la Turquie a réfuté le lendemain. Le régime du président Erdogan est pointé du doigt depuis le début des combats, pour son inaction et sa passivité à l'égard de la résistance kurde de Kobané.

Cependant, si la coalition semble ne pas pouvoir compter entièrement sur la Turquie, la Russie compte bien rejoindre ses rangs, alors qu'une réunion se tenait à Paris entre John Kerry et Serguei Lavrov, chefs des diplomaties américaine et russe. Moscou n'a jamais caché son agacement de voir des frappes aériennes perpétrées en Syrie sans l'aval de l'ONU, mais a, d'un autre côté, tout intérêt à suivre les Américains dans leur intervention, Vladimir Poutine n'ayant jamais caché ses accointances avec le régime de Bachar al-Assad.

Moins que les divergences géostratégiques, il convient de voir dans cette association américano-russe la volonté commune de mettre fin aux avancées sanglantes de Daesh. Tout ce que nous pouvons craindre, aujourd'hui, est que cette alliance improbable n'arrive trop tard : si Kobané tombe aux mains des djihadistes, la feuille de route de la coalition internationale – qui n'est pas encore au point – sera à remanier complètement.

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