La révolution des Œillets, c’était il y a 40 ans

La dictature de Salazar prenait fin il y a tout juste 40 ans au Portugal. Des célébrations officielles étaient organisées vendredi dans tout le pays, commémorant cette révolution.Le Portugal célébrait vendredi le 40ème anniversaire de sa libération du joug de la dictature salazariste. Et ce, trois semaines avant de s'affranchir de la tutelle de ses créanciers, jugée tout aussi oppressante par la population.

L’armée redonne le pouvoir au peuple

En 1974, le pays renversait la dictature et accédait à la démocratie, lors d’une révolution éclair qui ne fit quasiment pas de victimes. Le 25 avril 1974, la diffusion à la radio d’une chanson de José Afonso, « Grandôla, vila morena », interdite par le régime donne le coup d’envoi de la révolution.

Très vite, le Mouvement des Forces Armées (MFA), constitué par un groupe d’officiers, renverse pratiquement sans effusion de sang une dictature vieille de près d’un demi-siècle. Le Portugal vivait sous un régime dictatorial depuis 1926, date du coup d’État qui amena au pouvoir Antonio Salazar.

Les « capitaines d’avril » demandent à la population de rester chez elle, mais la nouvelle suscite une véritable liesse populaire et des milliers de Portugais descendent dans les rues pour se mêler aux insurgés. L’un des rassemblements a lieu près du marché aux fleurs de Lisbonne, où l’on trouve à cette saison beaucoup d’œillets. Certains militaires mettront cette fleur au bout de leurs fusils et donneront ainsi un nom et un symbole à cette révolution.

L’une des plus vieilles dictatures d’Europe tombe en quelques heures. Le pouvoir est aussitôt confié à une Junte militaire de salut national (JSN) présidée par le général António Spínola. Vers 1h30 du matin, les militaires interviennent à la télévision en lisant une proclamation rédigée par le MFA. La police politique, qui a terrorisé le pays pendant des décennies, tente de résister au soulèvement et tue quatre personnes en tirant sur la foule, seules victimes de la révolution. Elle finira par se rendre après la première intervention du général Spínola.

Démocratie, décolonisation, développement

La junte assure à la population que le pouvoir leur sera remis après la tenue d’élections libres. Elle s’engage également sur une politique dite des Trois D : « démocratie, décolonisation, développement ». Très vite, elle libère les prisonniers politiques, abolit la censure et le régime policier et restaure toutes les libertés publiques.

Exilés à l’étranger, les dirigeants des partis politiques Mário Soares (PS) et Alvaro Cunhal (PC) entrent au pays et participent à la fête du 1er mai qui marque la fin de l’ancien régime. Sous la pression des officiers radicaux du MFA, le général Spínola, nommé président de la République le 15 mai, engage avec le nouveau gouvernement, le processus de décolonisation. L’échec des guerres coloniales en Angola, Mozambique et Guinée Bissau, a été l’un des terreaux de la révolution.

« Il est vrai que le pays a vécu sous le fascisme pendant 40 ans, mais il n’a jamais perdu ses valeurs. Et aujourd’hui, c’est un pays à l’avant-garde », explique M. Ferreira, interrogé par le quotidien Metro, indiquant que le passé du Portugal lui évite de tomber dans les extrémismes qui s’enracinent en Europe, favorisés par la crise économique.

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