Transmettre le savoir (en Histoire et autres) directement du savant au public : une idée à creuser

La lecture de cet article me fait une nouvelle fois réfléchir à la manière de diffuser la connaissance scientifique en Histoire, entre autre, au grand public.

La lecture de cet article me fait une nouvelle fois réfléchir à la manière de diffuser la connaissance scientifique en Histoire, entre autre, au grand public.

Le problème vient du fait que les supports qui permettent de diffuser au plus grand nombre, en d’autres termes les médias, ne sont pas adaptés à la transmission scientifique.

Il est vrai qu’il existe des émissions qui contredisent cette affirmation, comme par exemple l’émission de vulgarisation pour enfants ou adolescents (et pourquoi pas adultes) C’est pas Sorcier qui arrive à traiter de multiples sujets de manière très pédagogique et en intégrant intelligemment des savoirs.

Mais combien reste-il de ce type de programme ? Même C’est pas Sorcier, émission ancienne et qui n’a plus à faire ses preuves, s’est retrouvée menacée par la réorientation des programmes des chaînes de télévision.

La télévision possède plusieurs types de formats qui permettent de diffuser des connaissances historiques : le téléfilm, l’émission, etc. Toutefois ces formats n’ont pas été conçus pour transmettre des savoirs scientifiques et ne possèdent ni les codes, ni l’exigence de ces savoirs. En d’autres termes : les formats télévisuels utilisent l’Histoire comme matériel mais n’ont pas pour but de transmettre un savoir scientifique.

 


 

Prenons quelques exemples de types de format.

-          Le téléfilm ou docu-fiction.

Dans ce format, on va utiliser du savoir scientifique, en demandant les conseils de spécialistes, dans le but de réaliser un reportage/film qui soit non seulement un lien entre connaissance scientifique et grand public mais aussi un divertissement dont les codes exigent souvent de modifier, quitte à en faire perdre la substance, cette connaissance. Pour s’en rendre compte, il suffit d’observer que l’on retrouve les mêmes structures de récit dans un docu-fiction ou un reportage sur un sujet scientifique et sur, par exemple, l’ésotérisme, les arnaques des vendeurs à la sauvette ou sur la vie d’un grand patron comme Arnaud Lagardère. Comme si toutes les informations se valaient, en fin de compte. Je suis d’accord que la vulgarisation impose ce phénomène mais on constate que l’Histoire, par exemple, n’est qu’un sujet comme un autre, que l’on traite selon les techniques de la fiction, et tant pis si le spécialiste s’étrangle en voyant les modifications « obligatoires » pour attirer l’œil du spectateur qui, c’est bien connu, ne peut qu’être attiré par les mêmes codes, quasi identiques depuis des dizaines d’années.

-          L’émission

L’émission est un format qui impose au présentateur d’arbitrer les débats ou le temps de parole selon des critères qui nous échappent pas mal. Combien de fois ai-je lu que tel ou tel expert, interrogé pour les besoins de l’émission, voire invité sur le plateau, avait parlé pendant une heure, tout mit bout à bout, mais qu’à l’écran, on ne voit que 15 minutes, sélectionnées par la production selon des critères qui nous échappent toujours.  Tout comme pour le reportage, et ce même si l’émission a réellement pour but de transmettre du savoir, les codes et impératifs du format déforment le savoir pour le conformer à leur dialectique. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des spécialistes scientifiques invités dépassés par la rhétorique des spécialistes en communication, toujours les mêmes, qui sont en général invités dans le même temps.

L’article de Speaking of Science invite à considérer qu’il est temps de trouver d’autres types de transmissions, sans passer par ces intermédiaires finalement peu satisfaisants si on considère le résultat diffusé. Bien entendu, il faudra toujours investir dès que possible les plateaux de télévision, pour ne pas laisser le monopole de l’Histoire au Métronome de Lorent Deutsch ou aux biographes zélés de la « grandeur de la France ».

 


 

Il ne me reste plus qu’à chercher les initiatives qui se mettent en place, car internet reste un outil fabuleux, ainsi qu’à réfléchir sur des modalités de transmission des savoirs pour tous, sans le prisme déformant du média traditionnel.

Il reste encore tant de chose à inventer !

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