Peltier, Casali, Deutsch : l'Histoire et le patriotisme à l'ancienne

Étrangement, c’est en écoutant Guillaume Peltier, ami de Patrick Buisson, secrétaire général de l'UMP, ancien partisan de De Villiers et ancien sympathisant Front National, lors de son passage chez Laurent Ruquier sur France 2, que j’ai enfin réussi à mettre des mots sur le malaise actuel à propos de l’enseignement de l’Histoire-Géographie en France.

Étrangement, c’est en écoutant Guillaume Peltier, ami de Patrick Buisson, secrétaire général de l'UMP, ancien partisan de De Villiers et ancien sympathisant Front National, lors de son passage chez Laurent Ruquier sur France 2, que j’ai enfin réussi à mettre des mots sur le malaise actuel à propos de l’enseignement de l’Histoire-Géographie en France.

   Il parle de réhabiliter l’Histoire et pour justifier ce programme, il invoque cet épouvantail maintes fois entendu, en particulier par Dimitri Casali dans l’émission Arrêt sur Image. En effet, Casali explique, comme Peltier, que l’enseignement de l’Histoire pose problème. On aurait supprimé les leçons sur Jeanne d’Arc, Napoléon, Clovis etc. Pourquoi est-ce terrible ? L’un et l’autre l’affirment : il s’agit de donner envie aux jeunes français d’aimer la France mais aussi la grandeur de cette France.

   Finalement, on constate qu’il y a deux manières d’aborder l’Histoire et que c’est ce différent idéologique majeur qui rend le conflit intenable.

  • D’un côté la recherche en Histoire, dont les membres ont été ou sont aussi des professeurs du secondaire. L’Histoire actuelle se concentre sur les processus, les transferts culturels, les échanges etc. En bref, elle se débarrasse des grilles de lecture colonialistes, centrées sur l’Europe, fascinées par les « grands destins ». Tout cela a des conséquences sur l’enseignement de l’Histoire : on étudie des processus historiques, comme la monarchie absolue et non plus juste Louis XIV, comme s’il était le représentant ultime des rois absolus. En clair, on replace les grands personnages historiques dans leur contexte et dans un temps long. Bien évidemment, en conséquence, leur place dans les programmes a diminué.
  • D’un autre côté, nous avons ceux qui pensent que l’Histoire sert avant tout à poser le roman national, ferment indispensable à la formation des citoyens. Il faut des personnages forts, charismatiques, qui témoignent de la grandeur de notre pays, car ce sont eux qui font aimer l’Histoire aux enfants. Parmi ces gens-là, peu d’historiens véritables, même s’il y en a, certains sont friands des biographies, cette branche des ouvrages historiques qui est le dernier refuge des non spécialistes, surtout des politiques qui adorent en écrire. Napoléon les fascine tout particulièrement. Casali et Peltier y font forcément référence. Valérie Giscard D’Estaing a écrit sur lui. Il n’est pas le seul.

   Finalement deux visions s’opposent. Dans la première, l’Histoire sert à expliquer le monde actuel grâce à l’analyse du passé et dans la seconde, l’Histoire sert à construire une identité nationale.

   Lorent Deutsch ne dit pas autre chose lorsqu’il dénonce les analyses froides et sans vie de la recherche et souhaite justement redonner de la vie (et surtout une idéologie sous-jacente) à l’Histoire.

   Nous avons mis plus d’un siècle à nous émanciper des conceptions romanesques de l’Histoire pour se concentrer sur le vécu réel des populations du passé. Voilà qu’on veut nous y replonger. Bien entendu, l’Histoire est subjective et l’historien aussi. Mais tout dépend de l’objectif que l’on se fixe. Vers quoi doit-on tendre ? Que voulons-nous de nos enfants ?

 


 

   Je préfère qu’ils sachent comprendre comment le monde fonctionne, comment nous en sommes là où nous en sommes, plutôt qu’ils admirent Napoléon et son œuvre. Je préfère une recherche scientifique qui tend vers « l’objectivité » ou la « vérité » plutôt qu’une Histoire de comptoir, qui remet sans cesse en image la même propagande.

 

 

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