Histoire, Idéologie et Politique : De Métronome à Inquisitio

L’Histoire est au centre de plusieurs polémiques actuelles telles que celles portant sur le succès de Métronome ou concernant le téléfilm Inquisitio. D’aucuns diraient qu’il serait fort ingrat pour les historiens ou les passionnés d’Histoire de cracher dans la soupe en vilipendant ces initiatives. Ce n’est pas si faux. Mais qu’est-ce qui dérange autant ces gens ? Quelques erreurs, au final, quelle importance ?

C’est oublier que parler d’Histoire a toujours eu un sens idéologique et bien souvent politique et ce dès les origines. Par exemple, le Moyen âge est une invention de l’époque moderne et des Lumières, afin de discréditer la période précédente et de promouvoir leurs idées. Rien de plus simple que de fouiller les archives des seigneuries à la recherche des faits divers les plus horribles, les plus barbares et les brandir à la face du monde comme la preuve irréfutable de l’obscurantisme de leurs prédécesseurs.

Imaginez nos têtes si les érudits du futur sélectionnaient tous nos faits divers les plus sanglants pour décrire notre société. Idéologie et un zeste de politique.

Voilà pourquoi il est nécessaire de s’opposer à Lorent Deutsch et à la médiatisation à outrance de son travail. Non pas pour attaquer son initiative ou sa liberté de pondre un ouvrage sur sa passion, mais pour donner un autre son de cloche ; pour rappeler aux gens que si l’Histoire est devenue une science humaine, c’est justement pour éviter ce genre de situation. Son Histoire de France est centrée sur les « Grands personnages », comme au XIXe siècle, et sur l’idée d’une continuité totale depuis les rois mérovingiens jusqu’à nous. Tout n’est qu’héritage naturel que la révolution française a dévoyé et corrompu. L’animal est royaliste, ce n’est pas un problème après tout, mais toute sa construction se base sur des idées royalistes. Il choisit les mythes qui lui plaisent, les théories qui avantagent sa façon de pensée. Idéologie et politique.  Il convient juste de le rappeler haut et fort.

Autre soucis actuel : Inquisitio. C’est une fiction et son auteur se défend opiniâtrement en clamant qu’il a bien le droit de concevoir une histoire pareille, même en prenant appui sur des évènements et personnages historiques. Oui, il en a le droit. Mais comme pour Deutsch qui se défend en plateau d’avoir fait un livre historique, le fait d’avoir justement inclus ces personnages existants, de n’avoir ajouté aucun message informant le spectateur/lecteur des libertés prises (ce qu’on fait pour les personnages encore en vie, d’ailleurs), tout cela induit l’idée que c’est plus ou moins véridique. Bien sûr les spectateurs ne sont pas des veaux qui croient tout ce qu’ils visualisent, mais combien vont en garder cette image ? Daniel Schneiderman, dans l’émission Arrêt sur Image consacré à Inquisitio est un parfait archétype : il a appris qu’au Moyen âge, il y avait les seigneurs et les serfs. Voilà tout. Peut-on lui en vouloir ? Non, il a retenu ce qu’il a retenu de ses cours déjà lointains, mais cela montre qu’il faut être vigilant dans ce que l’on montre aux français. Ils n’ont souvent ni l’envie, ni le temps de vérifier les choses, ce qui ouvre la porte à tout, ou presque.

Le problème d’Inquisitio, c’est l’image qu’il donne du Moyen Âge. Dire qu’il leur a fallu deux, trois ans pour fignoler ça ! Un Moyen Âge où il pleut ou fait moche les trois quart du temps, où les paysans sont moches, consanguins et sales. Une période d’obscurantisme et de fanatisme. Des personnages caricaturaux au possible : l’inquisiteur borgne sévère mais avec un bon fond, la sorcière rousse gentille, le médecin juif qu’on croit que c’est lui juste parce qu’il est juif mais qu’en fait c’est un gentil qui va permettre de dénouer l’intrigue, les clercs libidineux et corrompu etc. etc.

 

En clair : tous les clichés qui proviennent de l’époque moderne elle-même ! Quelle originalité ! Et payé par nos impôts ! Chouette !

Pour donner un bref exemple de transmission faussement historique :

Au début du cinéma, pour savoir comment créer les décors des premiers péplums, les cinéastes puisaient volontiers l’inspiration dans les tableaux.  C’est ainsi qu’est née l’arène romaine qui est toujours représentée de la même manière dans les films puisque les cinéastes se copient plus ou moins les uns les autres. C’est comme ça que l’on a une vision de l’arène romaine qui provient de l’imagination d’un peintre.

Pour terminer ce coup de gueule un peu désordonné, je l’avoue, je dirais que tout ceci est un peu la faute des historiens eux-mêmes car ils sortent peu souvent de leurs laboratoires et rechignent à la vulgarisation du savoir. C’est pourtant ce savoir, obtenu par des méthodes scientifiques, avec des sources bien établies permettant de vérifier et de contester le cas échéant, et donc à l’inverse de Deutsch qui a bien pris garde de mentionner d’où il tirait ses théories, qu’il est nécessaire d’inculquer aux gens. Il ne faut pas déserter ce champ de vulgarisation et/ou de médiatisation, au risque de voir les politiques et d’autres s’en emparer, comme le genre de la biographie historique (Napoléon a un fort succès). Idéologie et Politique qu’on vous dit !

A la différence de ces compères, un historien qui marque trop son idéologie personnelle dans son travail sera critiqué en ce sens par la profession.  C’est tout l’intérêt de la science.

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