C'est de bonne guerre ...

« C’est de bonne guerre que l’opposition demande un vote. » C’est par ces mots qu’Elisabeth Guigou a débuté sa réponse à la question que lui posait Antoine de Caunes, au grand journal du 2 septembre 2013, à propos de l’intervention de François Hollande en 2003, au Parlement, au cours de laquelle il réclamait un débat et un vote avant une intervention militaire.

Ce serait donc parce que « c’est de bonne guerre » qu’en 2003 le PS, par la voix de son alors 1er secrétaire national, réclamait un débat et un vote. Il n’y avait rien d’autre derrière cette demande, aucun principe intangible, aucune valeur imprescriptible, aucune exigence démocratique impérative. Cette demande ne reposait sur rien, il s’agissait seulement, simplement d’une posture. Dans l’opposition on demande un débat et un vote parce que ça se fait, parce que « c’est de bonne guerre » sans autre rime ni raison.

Certains pouvaient encore à ce moment-là s’imaginer qu’Elisabeth Guigou, malgré son expérience politique, avait trébuché sur la question, que, peut-être, sous le coup de l’émotion, elle venait de voir des images horribles d’enfants gazés, elle n’avait pas eu la présence d’esprit d’expliquer en quoi la situation politique d’alors nécessitait un débat et un vote alors que celle d’aujourd’hui n’en appelle pas.

Ceux-là n’ont pu que déchanter en entendant le lendemain matin les propos de la ministre et porte-parole du gouvernement interviewée par Christophe Barbier. Le 3 septembre sur i-télé Mme Najat Vallaud-Belkacem déclare en effet ceci :

« Au fond ce n’est pas très original de voir l’opposition actuelle réclamer d’avoir plus de pouvoir dans la prise de décision concernant cette intervention. Autrefois peut-être, lorsque nous étions dans l’opposition nous avons pu, nous aussi, réclamer des votes. En revanche il y a une chose qui doit rester immuable ce sont les règles qui s’appliquent et donc la constitution qui garantit l’application de ces règles et la constitution est très claire sur ce sujet celui qui est chef des armées c’est le Président de la République, c’est à lui de prendre la décision … »

Manifestement la réponse d’Elisabeth Guigou n’était pas une erreur, pas un loupé résultant d’une émotion, d’une tension trop forte. Demander un débat et un vote dans le cas d’une intervention militaire n’est bien, dans l’esprit de ces dirigeants du PS, qu’une question de posture. L’opposition réclame des votes et des débats uniquement parce que c’est pour elle une façon d’exister. Elle ne demande pas de tel débat parce qu’elle souhaite redonner une place au parlement, non, pas le moins du monde, mais juste parce ça se fait quand on est dans l’opposition.

S’il en est ainsi alors « l’étrange capitulation » s’éclaire, prend tout son sens.

Dans l’opposition les paroles fortes et dures à propos des différentes réformes de la retraite, l’indignation face à la chasse aux Roms ou encore la mise en accusation de la finance. Une fois de retour au pouvoir l’actuelle réforme des retraites aujourd’hui en cours de préparation, la poursuite des expulsions de Roms ou la loi bancaire qui n’a rien changée. Pour ces dirigeants là, dans l’opposition, tout ne serait que posture, tout ne serait que verbiage pour occuper son temps d’antenne. Leurs interventions publiques ne seraient que des mots que l’on se doit de prononcer comme l’on récite une comptine aux enfants pour qu’ils s’endorment. Des mots auxquels jamais au grand jamais on ne donne de suite une fois au pouvoir.

Est-ce donc cela la conception de la politique qu’ont ces dirigeants du PS ? Si tel est le cas, l’état de déliquescence politique, idéologique, morale même de ces dirigeant est si avancé que cela en devient  proprement vertigineux.

Quant à la suite de la phrase de Mme Najat Vallaud-Belkacem elle laisse pantois : « … il y a une chose qui doit rester immuable ce sont les règles qui s’appliquent et donc la constitution qui garantit l’application de ces règles… »

Certes, il est bien loin le temps du coup d’état permanent mais de là à imaginer que c’était à ce point ...

Comment des responsables politiques s’affichant de gauche peuvent affirmer que les règles et, plus particulièrement, celles de la constitution de la Vème république, doivent rester immuable ? Y a-t-il encore un peu de pensée de gauche dans leur logiciel ?

Soyons clair, je reste persuadé qu’un nombre important de militants, d’adhérents, de sympathisants et d’électeurs du PS  sont de gauche. Le problème, leur problème et aussi celui de notre peuple tout entier c’est qu’une part non négligeable de leurs cadres et dirigeants le sont manifestement très peu, eux, de gauche.

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