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Billet de blog 7 mars 2017

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Le bal des tartuffes

La tartufferie de notre époque semble sans limite. La main dans le sac il en est qui continuent à pourtant protester de leur innocence. Mais la nouveauté la plus effarante c'est que certains de leurs supporters trouvent cela naturel, continuent de les soutenir, de les acclamer, exigent que l'on muselle la justice, que l'on tienne en laisse la police. Manifestement leur morale est de pacotille.

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Cette campagne électorale pour la présidentielle aura au moins eu une vertu, celle de lever encore une fois le voile sur la tartufferie des tenants d'une certaine morale.

On peut ainsi voir actuellement, les plus chauds partisans de la tolérance zéro, ceux qui réclament la plus grande des rigueurs, qui poussent des cris d'orfraie devant ce qu'ils appellent les territoires perdus de la République, qui appellent de leur voeux la plus grande fermeté pour la première vitre cassée et les suivantes, s'étrangler devant la mise en cause de leurs champions électoraux, sur lesquels pèsent pourtant des soupçons lourds et étayés, des soupçons à plus d'un million d'euros.

On peut entendre ceux qui, hier manifestaient contre le délitement moral que représentaient à leurs yeux horrifiés le mariage pour tous, qui nous criaient qu'une famille c'est un papa et une maman, que le mariage entre personnes de même sexe était le début du commencement de l'apocalyspe, et soutiennent aujourd'hui soit un homme politique déconsidéré, dont les affaires risquent de le conduire à être inculpé pour avoir fourni des emplois fictifs, mais de réels et solides revenus, à des membres de sa famille la plus proche, soit une femme qui aurait financé des postes de permanents de son parti par la même méthode. Comme quoi pour eux une famille c'est un papa, une maman, des enfants et beaucoup d'emplois fictifs pour ceux qui ont de l'entregent et la prison pour les autres.

On peut voir les naufragés de la morale, qui trouvent que chaque centime dépensé pour sauver un réfugié, pour le nourrir, le loger est un centime de trop, mais qui considèrent que les centaines de milliers d'euros détournés de leur objet, financer des assistants parlementaires, sont parfaitement utilisés à partir du moment où ils le sont au seul bénéfice de ceux qu'ils soutiennent. 

On peut observer les besogneux de la morale qui sont choqués que les plus pauvres parmi les plus pauvres puissent recevoir quelques centaines d'euros par mois au titre du RSA, sans qu'ils soient tenus au moindre travail, à la moindre activité, et trouvent dans le même mouvement qu'il est normal et naturel que l'on découvre si peu de traces de l'activité de l'épouse de leur candidat. Manifestement pour certains, comme par exemple les élus du haut-rhin, ce qu'ils qualifient d'assistanat est insupportable lorsqu'il a pour objet de porter secours à celles et ceux qui n'ont que cela pour survivre, car ils n'ont rien, mais il devient hautement moral dès qu'il s'agit pour les privilégiés d'assurer la confortation de leurs privilèges, de leurs vie hors sol, hors de toutes réalités.

Georges Brassens chantait il y a quelques années :

Les saint jean bouche d'or qui prêchent le martyre 
Le plus souvent, d'ailleurs, s'attardent ici-bas 
Mourir pour des idées, c'est le cas de le dire 
C'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas 
Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent 
Bientôt Mathusalem dans la longévité 
J'en conclus qu'ils doivent se dire, en aparté 
"Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente 
D'accord, mais de mort lente" 

Nos nouveaux héros de la morale, s'ils ne nous demandent plus de nous immoler, prêchent la rigueur, l'austérité, le sacrifice tout en n'oubliant pas de se servir, de se régaler, de se resservir, de se gaver sans fin, sans vergogne, sans qu'aucune borne ne vienne limiter leurs appétits, sans qu'aucune pudeur ne viennent les arrêter. Nous avons des tartuffes à foison mais nous pouvions espérer qu'il n'y aurait pas une majorité de dupes.

Las, il n'en rien et nous voyons ce spectacle désolant consistant en de trop nombreux Orgon qui courent à l'appel et viennent se ranger auprès des trompeurs pour les défendre, les soutenir, les acclamer.

Pour ma part, j'aurais aimé, au milieu de ce torrent d'esprit partisan un peu plus d'honnêté et, qu'au milieu de ces sectataires fanatiques se lève au moins un Ruy Blas pour prononcer ces mots :

Ô ministres intègres,
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure,
L'heure sombre où l'Espagne la France agonisante pleure !
Donc vous n'avez ici pas d'autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !

Malheureusement n'est pas Molière, Brassens ou Victor Hugo qui veut ...

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