Le racisme de la crise

Cet extrait de film, tiré de La Crise de Coline Serreau, brouille les pistes d'un certain nombre de nos principes moraux et politiques sur le racisme. Il est une des réponses possibles à l'enfermement moral de la question du racisme : il consiste à identifier, dans une société, ceux qui sont racistes et ceux qui ne le sont pas. Cet enfermement qui nous empêche de saisir des mécanismes d'émergence plus complexe qu'il n'y paraît.
Extrait du film la Crise © LesResistants

Cet extrait de film, tiré de La Crise de Coline Serreau, brouille les pistes d'un certain nombre de nos principes moraux et politiques sur le racisme. Il est une des réponses possibles à l'enfermement moral de la question du racisme : il consiste à identifier, dans une société, ceux qui sont racistes et ceux qui ne le sont pas. Cet enfermement qui nous empêche de saisir des mécanismes d'émergence plus complexe qu'il n'y paraît.Cette réduction morale semble pourtant s'être renforcé en France depuis plusieurs années. Elle consiste, en premier lieu, à minorer les effets de la crise économique sur le développement du racisme et de la xénophobie. Elle consiste ensuite à considérer le sentiment raciste comme résultant d'une absence de culture de certaines catégories de la population. Cette interprétation, on la trouve par exemple dans les verdicts experts sur le vote Front National. Annie Collovald en a bien montré la dérive depuis la fin des années quatre-vingt : si l'on en croit les commentateurs politiques, le phénomène Le Pen (ce qu'il en reste) n'est pas la conséquence d'une entreprise fasciste, mais l'émanation d'un vote populiste. Le populisme est alors défini comme la capacité d'un leader charismatique à capter des ressentiments populaires. C'est ainsi au racisme du repli sur soi, celui des quartiers pavillonnaires et des gens sans culture, que l'on a confiné la question raciste. Il semble impératif de s'en saisir comme d'un fait social total, dans toute son épaisseur, pour s'ouvrir des marges de manoeuvre politique. Et ces remarques méritent d'être appliqué à des formes variées de rejet social : l'homophobie, l'antisémitisme, la peur du handicap, le sexisme. L'évidence de l'antiracisme ne doit pas empêcher l'explication et la réflexion politique dans ce domaine, comme dans d'autres.

 

Mes contributions ne s'appuyant pas sur des séquences cinématographiques seront publiées dans deux Éditions de Mediapart : "Minorités en tous genres" dirigé par Eric Fassin et "Usages et mesusages de l'histoire" dirigé par NIcolas Offenstadt.

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