le naufrage de l'intellectuel

Certains intellectuels refusent de choisir entre Le Pen et Macron. Onffray manie l'invective dans le plus pur style des années 30. Ils écrivent un signe d'équivalence entre la xénophobie et le rôle des banques. Ils ont la mémoire courte et font le lit des abominations.

Le Naufrage de l’intellectuel 

 

Le soi disant philosophe Michel Onfray, star cathodique toutes catégories, depuis que sa logorrhée n’épargne plus personne, avait cru pouvoir fonder l’université populaire de Caen en réaction disait il à la présence de Jean Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle le 21 avril 2002. Et depuis, il ne cesse d’éreinter par ses sarcasmes toute personne qui réfléchit. Il faut relire le billet de blog de Sandra Laugier sur Mediapart qui l’épinglait  en 2010 pour s’être moqué d’une grande intellectuelle américaine Carol Gilligan qui faisait la promotion du « Care ». « Déconsidérer tout à la fois une femme, une étrangère, une grande intellectuelle : voilà ce que veut faire Michel Onfray, qui touche à ce qu’il y a de plus bas en chacun ou en chacune… il excite la petite jouissance mesquine qu'on éprouve à dénigrer ce qui, dans le rapport à l’autre, pourrait nous faire progresser, ce qui peut nous ébranler dans nos certitudes et notre sentiment de supériorité ».

Aujourd’hui il récidive et au lieu d’attaquer Emmanuel Macron sur le fond, sur ses idées, son projet, son désir de renouvellement et même sur ce qu’il incarnerait, non il préfère l’attaquer sur ses soutiens avec une violence et des sous entendus qui sont absolument indignes d’un intellectuel :

"Le belliciste BHL a donc gagné, et avec lui Pierre Bergé, locataire d'utérus d'autrui, Jacques Attali plagiaire notoire et condamné comme tel par la justice, Alain Minc, plagiaire du précédent, Bernard Kouchner, sac de riz chez les médecins et médecin chez les sacs de riz, Daniel Cohn-Bendit, pédophile au siècle dernier, autrement dit tous les promoteurs forcenés d'une politique libérale qui a permis à Marine Le Pen de faire son plus gros score et d'être présente au second tour de cette élection qui n'en aura qu'un et à la famille Le Pen de passer de 1% en 1981 à près de 22% en 2017. Cherchez l'erreur"!

Monsieur Onfrfay ne dit rien et pourtant tout est dit ! avec sarcasmes, ironies, petites insinuations et grandes mesquineries, empruntant les clichés les plus éculés pour leur faire dire une philosophie, des fonds de tiroir pour en faire des porte parole, des métaphores pour en faire des missiles, cet « intellectuel » renonce à tout travail intellectuel. Il remplace la réflexion par le pamphlet, le concept par le style, dans la plus pure tradition du fascisme des années 30.

On ne peut que ressentir un terrible malaise dans la dénonciation des personnes ramenées à leur complexion physique, leur torts prétendus, leur vie intime, leur histoire personnelle vraie ou supposée. Déconsidérer ce que les gens pensent en les caricaturant de leurs vices supposées c’est remplacer la pensée par la dénonciation, c’est livrer les personnes à la haine populaire, c’est les assassiner par des mots creux et odieux, c’est les designer comme boucs émissaires d’un ego ronflant et haineux. Dans cette liste de noms on ne peut s’empêcher d’entendre la dénonciation du cosmopolitisme juif, énième reprise des pamphlets anti libéraux des fascistes et des ligues qui ont conduit à l’abdication de la liberté en 1940. On sent la haine de l’étranger. On sent la haine de la liberté. On sent l’assassinat par la désignation des victimes aux passions populaires.

Le radicalisme de Monsieur ONFRAY n’est que l’expression de sa haine du libéralisme, de l’espace de discussion qui nous rassemble, des lieux où nous savons pouvoir découvrir les chemins ensemble.

N’a-t-il retenu de Nietzsche que ce moment où l’âne montre toujours ses passions ? ses passions tristes ! ses airs revanchards d’animal qui porte le poids de ses rancœurs.

Et au bout du compte pourquoi devrait on substituer l’anathème à la réflexion ? Pourquoi devrait on subir les injonctions de Monsieur ONFRAY et abdiquer tout autre pensée ? Michel Onfray c’est la hargne transformée en terrorisme pseudo savant. Et tout cela pour inverser les valeurs et prétendre que c’est le libéralisme et les intellectuels qui le défendent qui sont les monstres qui ont engendré Madame Le Pen. On devrait s’interroger sur la fascination des intellectuels pour la pensée radicale, pour le tout ou rien, pour la pensée extrême sinon rien….Est-ce si peu de chose que de vouloir changer un peu quelque chose ? Est-ce que le réformisme est condamnable en toutes saisons s’il  n’est pas la révolution ?  Peut-on réellement soutenir que la France est l’incarnation du libéralisme et du néo libéramisme quand on sait qu’elle a le niveau de prélèvement obligatoires le plus élevé d’Europe ? Qu’elle a un des meilleurs systèmes de soins au monde ? Qu’elle a un système de retraites qu’on nous envie ?

 Est-ce que les intellectuels qui condamnent en bloc le système démocratique dans le lequel nous vivons, qui se plaignent de notre américanisation comme Regis Debray, de notre libéralisme comme Onfray ou qui trace, comme Emmanuel Todd un signe d’égalité entre les deux candidats du deuxième tour en affirmant qu’Il n'y a pas de hiérarchie dans l'inacceptable entre Le Pen et Macron, entre la xénophobie et la soumission aux banques", se rendent compte qu’ils délèguent à d’autres la possibilité de continuer à écrire et à s’exprimer librement. Se rendent-ils comptent qu’ils adoptent la même stratégie qui a conduit par le passé le fascisme au pouvoir ?

 Dire que la social démocratie est une ennemie au moins aussi perverse que le Front National devrait nous rappeler la stratégie de Staline au début des années 30 qui a donné la priorité à la lutte contre les régimes démocratiques occidentaux ; comme le rappelait l’historien Jacques Droz les communistes allemands « considéraient les sociaux-démocrates comme leur principal ennemi, et allaient même jusqu’à leur préférer les nazis, dont les excès pensent-ils, provoqueront la guerre civile puis la dictature du prolétariat. (..) ». En novembre 1931, la Rote Fahne, l’organe communiste, écrit : « le fascisme de Brüning n’est pas meilleur que celui de Hitler… C’est contre la social-démocratie que nous menons le combat principal. »

 Les communistes avant guerre, les intellectuels aujourd’hui, portent une lourde responsabilité à refuser de choisir le moindre mal, à assimiler un régime de liberté, même avec les excès qu’il comporte à une régime de servitude, une social démocratie, même avec ses périodes de chômage à un régime qui anéantit  la liberté de réunion, la liberté d’expression, un régime dont les nervis balancent à la Seine ceux dont le visage ne leur revient pas ou qui privent les étrangers de l’aide médicale d’urgence ou de repas, les enfants d’immigrés….

 Peut on rappeler à nos intellectuels après ce débat de second tour que l’ironie, le sarcasme, la violence des mots, l’ignorance des faits est le contraire même de ce qu’ils sont ou du moins de ce qu’ils devraient être : la mesure, la réflexion, la volonté d’expliquer, la réforme même avec ses petits pas, la démocratie même avec ses erreurs, la justice et la sécurité même avec ses ratés.

 

 

 

 

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