le Journal de Maurice Garçon 39-45: l'antisémitisme banal

Le journal de guerre d'un très grand Avocat, Maurice Garçon. une lecture de 39-45 au quotidien. Un antisémitisme ordinaire dans une publication par ailleurs truffée d'anecdotes, de personnalités oubliées, de faits cocasses et de hontes bues. Georges Huisman ciblé parmi d'autres. A lire

Le journal de Maurice Garçon 1939-1940 (poche, 2017)

La lecture du journal de guerre du célèbre avocat est passionnante. C'est une lecture au jour le jour des événements qui surviennent à Paris et à Ligugé dans le Poitou où il avait une maison. On assiste  à un défilé de personnages pour beaucoup oubliés aujourd'hui, dont certains  se précipitent à la soupe de la collaboration, croyant améliorer leur position sociale, leur richesse ou leur renommée....une suite de bassesses et de lâchetés commises au nom de la révolution nationale qui ne cesse d'accuser la ploutocratie, la démocratie, les anglais surtout et évidemment les juifs.

Maurice semble un brave Garçon mais il n'échappe pas à l'antisémitisme ambiant. On ne sait pas s'il pense vraiment cet antisémitisme ou simplement parce que c'est comme ça...Parfois il trouve ça trop c'est sûr et même il se défend de prendre parti pour les juifs progressivement dépouillés. Il dit Dieu c'est si je ne suis pas philosémite mais tout de même il y a de l'abus....

Plus de soixante dix après certains passages vous arrêtent comme si on ne lisait plus de l'histoire car l'écho personnel prend le dessus.

Page 208 par exemple, "Huisman, le plus arriviste des juifs cultivés. Il eut tout par le budget dans les carrières administratives où l'on peut briller sur le terrain de l'art et des belles lettres. Directeur des beaux arts pour finir, on le voyait depuis l'accident de Bourdet montrer un peu trop son nez à la comédie française. Il pensait à la diriger comme il voulait tout diriger. Il fondait son élévation sur ses relations politiques. Il avait pas mal réussi. Tout de même beaucoup de gens commençaient à l'avoir dans le nez, le voilà récuré".

On veut bien croire les préfaciers Pascale Froment et Pascal Foucher  qui affirment que notre avocat réprouve l'antisémitisme et le racisme même s'ils ajoutent, et c'est le moins, qu'il se laisse aller a des propos rugueux, des croquis féroces qui en disent long sur les préjugés de son milieu à l'égard des juifs....Doux euphémisme que ces propos rugueux! 

A propos de Georges Huisman on est consternés par ce bouillon qui mêle les clichés les plus éculés de l'antisémite. Les juifs sont cultivés ça va de soi mais on semble penser que cette culture n'est en somme qu'un vernis brillant qui permet d'arriver, comme si la culture vous éloignait de la vraie France profonde pour mieux la baiser dans le clinquant...C'est bien connu quand on est juif on ne peut pas comprendre vraiment la culture française disait on...Et d'ailleurs le juif cultivé n'a aucun talent puisque ce sont ses relations politiques qui lui servent pour arriver. un juif est d'abord un intrigant, un homme de l'ombre qui se pare des plumes du paon pour en sortir. Bourdet administrateur de la comédie Française se casse la gueule en vélo, voilà une place à prendre...et comment le sait-on? Par l'obsession du nez chez Maurice Garçon. Qui dit juif dit le nez. Ici il n'est pas crochu non il est tête chercheuse si on peut dire! Montrer son nez c'est un juif qui se pousse du col. Pour les gentils, le nez est plus subtil...c'est l'organe qui débusque l'odeur, la saleté, celui qui dénonce, fait savoir, révèle. Ah! On commençait à l'avoir dans le nez. Nez contre nez et au bout du compte le nez gentil est celui qui nettoie les saletés du nez youpin. "Le voilà bien récuré"....D'accord tout ça est dans l'esprit de l'époque mais quand même on veut rappeler qu'au bout du compte ce n'est pas Huisman qui profite des malheurs de Bourdet mais tous ces salauds qui se sont appropriés les biens juifs contraints au départ.....

J'aurais pu citer d'autres passages mais j'ai connu Marcelle Huisman, femme de Georges. Je connais Denis Huisman, fils de Georges, Bruno  Huisman petits fils de Georges et ses nombreux petits enfants. Je ne peux m'empêcher de les regarder comme des survivants de ces mots qui tuent, ceux de Garçon comme ceux de tant d'autres, ceux d'Abel Bonnard parus dans la Gerbe et qui paraissent à notre cher maitre, remarquables....Mais cela n'empêche pas de lire le journal de Maurice Garçon 1939-1945 comme celui de la vie quotidienne de la honte.

 

 

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