Faut-il réhabiliter la morale pour savoir ce qu'il faut faire?

"Justice" de M. Sandel vient à point. Il a l'ambition de réhabiliter une réflexion sur la vie bonne inspirée d'Aristote après une critique féroce de la justice utilitariste ou même conçue comme cadre neutre où s'exerce notre liberté et nos choix. On ne peut se passer d'une argumentation sur les fins,pour traiter toutes les grandes questions morales du moment. A lire en ces temps de "Burkini".

Notes sur le livre de Michael J. Sandel "Justice"

(Albin Michel 2016)

  

L’intérêt du Livre de Sandel, en anglais plus justement intitulé What’s the right thing to do ?, est de poser les questions de justice en termes concrets, en recherchant toujours ce qu’il convient de faire dans tel ou tel cas…Prenez par exemple l’ouragan Charley en Floride en 2004 qui a sinistré totalement certaines villes. La demande de glace pour suppléer les frigos à l’arrêt pour défaut d’électricité est devenue exponentielle, la demande en réparations de toitures infinie, de chambres d’hôtels pour loger les sans abris considérable, pour quel résultat ? une flambée des prix des services, des travaux et des fournitures qui a pesé surtout sur les plus pauvres…Est-ce juste ? les thuriféraires du libéralisme  répondront que c’est là un fonctionnement normal du marché où s’ajustent l’offre et la demande et qui produit la meilleure allocation des ressources pour des acheteurs et des vendeurs libres sur un marché  libre.

Evidemment un tel point de vue pose des questions morales redoutables ? Non seulement parce que cette flambée des prix vient affecter ceux qui sont les plus démunis dans un situation d’urgence, ceux qui ont le plus besoin de ces biens et services et donc ceux qui n’ont pas de véritable choix d’acheter ou pas. Faut il faire une loi contre les prix abusifs même si par là on limite la liberté du commerce ?  De même, n’est-il pas scandaleux que des bonus très élevés aient été versés à des financiers dont les banques ont été renfloués par apports considérables d’argent public ? Et quand l’économie n’est pas en crise, est-il juste que les rémunérations des grands patrons soient si élevées ? 13 millions de dollars en moyenne aux USA, 7 millions en Europe, 1,5 million au Japon ? Les patrons japonais sont ils ils dix fois plus nuls que les américains ? En quoi ces sommes rémunèrent-elles vraiment le mérite ?

En réalité il y a plusieurs façons - trois selon Sandel- de répondre à ces questions, en reprenant les bases anciennes de la justice qui veut qu’on « attribue à chacun le sien ». On peut répartir les biens en fonction du plus grand bien être, ou de la plus grande  liberté ou de la plus grande vertu. On peut vouloir maximiser le bien être être en fonction de l’utilité la plus grande pour tous ; on peut vouloir la liberté pour tous avec des approches assez différentes entre ceux qui prônent un laissez faire complet et ceux qui cherchent a corriger les inégalités engendrées par le marché ; enfin on peut vouloir penser la justice en termes de vie bonne et de vertu, là encore avec un spectre très large qui va de l’idéologie la plus terroriste des talibans à l’idéal moral le moins contestable de Martin Luther King.

Le livre ne tente pas de décrire et de répondre in abstracto à ces questions mais d’emprunter les chemins des désaccords qui règnent sur les réponses à y apporter. Car le raisonnement moral purement hypothétique ne permet pas de trouver une solution satisfaisant aux questions morales. In abstracto on ne peut répondre à ces questions.

Sandel veut examiner ce qui peut guider le raisonnement moral en situation. L’exemple qui clôt son premier chapitre est particulièrement éclairant : un groupe de quelques soldats américains avait reçu une mission de localiser un haut dignitaire taliban. En pleine nuit, près de leur cible et d’un campement de centaines de talibans, ils tombent nez à nez avec trois éleveurs de chèvres dont un jeune garçon sans aucun moyen de les attacher ni de les retenir. Fallait il les liquider pour être sûrs qu’ils ne  renseignent pas les talibans sur les positions  américaines ou les laisser partir. Après de longues discussions, ils les ont laissé partir, ce qui s’est révélé la décision la plus catastrophique qui soit. Non seulement la quasi totalité du groupe de soldats américains a été tuée mais les renforts venus à leur rescousse ont été pris pour cible et beaucoup de soldats américains sont morts….

Ces débats moraux sont ceux de la cité de tous les jours et il importe que nous les abordions sans se réfugier dans le ciel des idées de la vie bonne. Sandel est persuadé qu’elles méritent discussion et qu’elles ne sont pas solubles à partir d’idées toutes faites de ce qu’est la justice ; bien plutôt il faut entrer dans la caverne et partir des préjugés, des convictions et des opinions pour tenter de trouver un chemin… 

Tout le deuxième chapitre est consacré à la critique de l’utilitarisme qui illustre en quelque sorte la première théorie de la justice qui voudrait que l’on juge d’une chose au regard des conséquences qu’elle entraine. Par exemple sacrifier une personne pour en sauver plusieurs ? Mais dans les questions de justice on bute assez rapidement sur des problèmes qui ne peuvent être résolus par de simples calculs de la plus grande utilité collective ?

Tuer quelqu’un pose des questions intrinsèquement morales qui ne peuvent se résumer à l’utilité qui en découle. D’autre part il est assez aisé de critiquer l’idée de maximisation du bonheur qui ne peut être que collectif car généralement il  ne survient qu’au détriment des droits individuels…L’exemple contemporain de la torture est assez parlant. Est-il légitime, juste, de torturer un homme dont on sait ou on soupçonne qu’il a posé une bombe qui peut potentiellement faire de très nombreuses victimes ? Le nombre a-t-il une valeur morale ? Et la morale n’est elle comme le pensait Bentham qu’une affaire de calcul coûts avantages ? On peut penser que même un utilitariste convaincu hésiterait à torturer la petite fille du terroriste pour que celui ci parle ? C’est donc bien qu’il y a un calcul qui cède devant d’autres considérations ? « Il est immoral de violer les droits d’un enfant innocent, même si le bonheur du plus grand nombre en dépend » (p.64). il est clair qu’on peut opposer en premier lieu le respect de la dignité humaine au calcul cout/avantage. Mais on peut aussi y opposer l’idée que tout ne peut pas se résumer a un avantage ou en inconvénient en termes de bien être collectif. Philip Morris s’est ridiculisé en voulant montrer que les morts prématurés par le Tabac faisaient faire des économies à la collectivité pour les soins de santé sur le long terme, le versement de pension, etc…. Personne ne serait prêt à accepter ce calcul utilitariste parce qu’il est immoral et passe par pertes et profits les droits individuels.

C’est John Stuart Mill qui a essayé de dépasser cette contradiction manifeste entre le calcul coût/avantage et les droits individuels, notamment par son ouvrage célèbre De la liberté (1859). Vigoureux défenseur de la liberté individuelle, et de la libre détermination de chacun à vivre comme il l’entend, pour autant que cela ne nuise pas à autrui, Mill se rend compte que l’utilitarisme est incapable de fonder la liberté sur la seule utilité. On pourrait très bien imaginer que les tenants d’une religion majoritaire éprouverait une plus plus grande utilité sociale si une religion minoritaire qu’ils détestent était interdite..….et la souffrance de ceux qui se verraient interdits de pratiquer serait sans doute inférieure au plaisir supplémentaire retiré par les autres avec l’interdiction….Mais objecte Mill c’est que l’on ne considère pas l’utilité dans une perspective assez vaste. « Permettre à la majorité de réduire au silence les voix dissidentes ou de censurer les libres penseurs pourrait bien maximiser l’utilité aujourd’hui mais la société s’en portera plus mal, dans le sens où elle sera moins heureuse, à long terme » (p.77). En effet, les voix dissidentes aujourd’hui peuvent être dans le vrai demain. Autoriser ces voix dissidentes c’est empêcher que les idées d’aujourd’hui se transforment en dogmes…Refuser les voix dissidentes c’est sombrer dans le conformisme et la sclérose.

Mais pour Mill cette défense des droits individuels fondée sur l’utilité à long terme est encore insuffisante sur le plan moral. En effet empêcher quelqu’un de penser, de s’exprimer ou de vivre comme il le souhaite ce n’est pas seulement se priver d’une utilité future, c’est aussi le priver de ce qui fait le plus haut accomplissement de l’homme à savoir l’accomplissement « libre de ses facultés humaines ». C’est parce que je peux faire un choix sans en être empêché que je suis un homme. Peu importe le choix que je fais. Ce qui importe c’est ce que je suis quand je choisis, c’est à dire un homme libre. Mill a cette phrase : «ce qui importe réellement, ce n’est pas ce que font les hommes, mais le genre d’homme qu’ils sont en le faisant ». Et on voit que la justification de l’utilité par la liberté fait en réalité sortir de l’utilitarisme pour entrer dans le monde des idéaux moraux. Et même si Mill ne renonce pas tout à fait au principe de l’utilité et du calcul plaisirs-avantage versus douleur inconvénients, il partage l’idée qu’on peut faire la distinction entre plaisirs supérieurs et plaisirs inférieurs.

Le troisième chapitre aborde une question qui porte sur les inégalités de richesses entre citoyens, particulièrement aux Etats Unis où les 1% les plus riches possèdent 1/3 de la richesse nationale et où les 10% les plus riches possèdent 71% du patrimoine. Convient-il de lutter contre cette répartition inégale des richesses de manière à opérer une redistribution par l’impôt…En simple utilitariste on pourrait répondre positivement à cette question : oui, on augmente la satisfaction globale si on impose les plus riches pour redistribuer aux plus pauvres jusqu’à ce que le dernier dollar enlevé au plus riche crée plus de désavantage pour lui que d’avantages pour le plus grand nombre, ce qui conduirait à une desutilité globale.

Mais une autre réponse sur les inégalités est possible, hostile à celle des utilitaristes. Celle des libertariens qui s’opposent à toute redistribution non pas sur le fondement de l’utilitarisme -dont on voit au contraire qu’il pourrait fonder l’impôt redistributif pour la plus grande utilité globale- mais au nom de la liberté. En effet ils pensent qu’il est toujours injuste de priver quelqu’un de ce qu’il possède au nom de la liberté de faire ce qu’on veut des choses que l’on possède…Le libertarien est favorable à la liberté des marchés, à un Etat minimal et combat les politiques paternalistes qui voudraient faire le bien des citoyens malgré eux (imposer la ceinture de sécurité par exemple ou les empêcher de fumer..), combat le moralisme et les lois qui voudraient imposer des idéaux vertueux et est farouchement opposé à toute redistribution des richesses. Les libertariens ont du coup une drôle de philosophie politique qui les conduit à être conservateurs en économie de marché (pas de régulation) et extrêmement libéraux dans les mœurs (contre la prière à l’ecole, contre l’interdiction de l’avortement, contre l’interdiction de la pornographie…). La clé de voute de la philosophie libertarienne, bien représentée par le livre de Nozick Anarchie Etat et utopie (1974) est l’idée de propriété de soi. Je suis propriétaire de moi même et de ce que je produis. Et si l’Etat me prend par exemple 30% de ce que je gagne, cela veut dire très clairement qu’il me force à travailler 30% de mon temps pour lui. Sur 12 mois je travaille gratuitement pour l’Etat et travailler sans être payé c’est de l’esclavage…. 

Il est certain que l’idée de propriété de soi est séduisante. Que je n’appartienne ni à autrui ni à l’Etat mais à moi même me permet de fonder les droits individuels et particulièrement, la contraception, la procréation médicale assistée pour qui la souhaite, le suicide assisté pour qui veut, etc…Mon corps étant ma propriété j’ai le droit d’en disposer comme je l’entends…

Mais cette position se heurte à des objections sérieuses tirés de cas concrets : par exemple si vous êtes propriétaires de votre corps, vous pouvez vendre  un de vos reins ; mais si vous souhaitez vendre votre deuxième rein pour quelque raison que ce soit (sauver votre deuxième enfant qui a besoin, comme le premier d’un de vos reins…) On sent bien que ce n’est pas pareil… ; ou même si vous disposez de votre corps, seriez vous autorisé à vendre un de vos reins à quelqu’un qui n’en a pas besoin mais en fait collection ??? Là encore on sent bien que vous seriez nettement moins favorable à cette pratique.

Si maintenant on se tourne vers l’idée de suicide assisté, un libertarien ne verra pas d’objection à ce qu’il soit permis, puisque je suis propriétaire de mon corps. Mais la plupart du temps si l’on regarde d’un bon œil le suicide assisté ce n’est pas parce qu’on le fonde sur la propriété de son corps, c’est essentiellement en raison de la compassion pour un homme qui souffre…Si j’aide quelqu’un à mourir qui me le demande c’est parce qu’il souffre trop et qu’il demande à en finir. Ce n’est donc pas un bon exemple de la philosophie libertarienne de propriété de soi. En revanche si je mets une annonce en disant que je recherche quelqu’un qui veut bien être tué pour que je puisse le manger et qu’il se présente quelqu’un de consentant, suis-je coupable de meurtre ? Je suis cannibale et mon candidat au suicide dispose de son corps comme il l’entend. Au delà de l’humour noir de l’exemple, on sent assez que le fondement de la propriété de soi paraît largement insuffisant pour accepter des pratiques qu’on serait unanimes à condamner….Non pas le suicide assisté justifiable  pour des motifs de dignité humaine mais qui ne peut l’être pour des motifs tenant à la pure propriété de soi….

Le quatrième chapitre s’interroge sur la « moralité » du marché. Les libertariens répondraient aisément que l’on ne doit pas interférer sur les marchés parce qu’ils permettent à la liberté des individus de s’exprimer. Intervenir c’est la brimer. Les utlitaristes souligneraient quant à eux que l’accord de deux volontés libres sur un marché augmente le bien être global puisque les deux y trouvent satisfaction…Mais la principale objection qu’on peut adresser à ces deux positions c’est que les individus libres sur un marché libre est une fiction. Deux exemples le montrent bien : celui des militaires professionnels et celui des femmes qui se font payer pour mettre au monde des enfants.

Sur le premier exemple, il est évident que les libertariens et les utilitaristes préféreront l’armée de métier à la conscription, car celle ci est aux yeux des libertariens coercitifs et ne permet pas aux yeux des utlitaristes de faire jouer l’accord des deux volontés (de l’Etat et du soldat) pour augmenter le bien être des deux parties. Mais même l’armée de métier qui est soi disant le résultat du libre jeu du marché du travail, puisque s’engage qui veut pour un salaire accepté, se heurte à des objections sérieuses. La première tient au fait que dans l’armée de métier s’engagent ceux qui sont les plus pauvres et qui ont le moins d’opportunités de développer leurs talents. Aux USA, les noirs et les hispaniques sont surreprésentés dans l’armée et on peut douter de leur libre choix.. Certains ont même fait observer que seuls 2% des membres du Congrès ont un fils ou une fille dans l’armée et qu’il n’est pas impossible que si ce pourcentage avait été plus élevé, le Congrès aurait interdit la guerre en Irak….L’autre objection est tiré du devoir civique. Combattre pour son pays est un devoir au même titre qu’être juré dans un procès qui ne peut être abandonné au marché. L’armée de métier dispense la plupart des citoyens de combattre et de mourir pour leur pays. Comme l’a montré Rousseau dans le contrat social, un bien civique ne peut pas être monnayé car c’est renoncer en quelque sorte à être citoyen. Cependant la guerre en Irak a été aussi l’occasion aux Etats unis de débattre de la place qu’ont occupé les entreprises privées auxquelles ont été sous traitées un certain nombre d’opérations. On voit bien qu’il est difficile de justifier entièrement par le marché un certain nombre de fonctions qui relèvent en fait d’idéaux moraux plus élevés.

Il en va de même pour les enfants à « vendre ». Les  objections aux mères porteuses sont assez proches de celles qu’on peut faire aux soldats de métier. Qu’une femme accepte par contrat de se faire payer pour porter un enfant qu’elle abandonnera à un couple infertile ne peut pas passer pour un accord absolument libre. En être réduit à vendre ou louer son utérus est la preuve certaine que son champ d’opportunités est des plus réduits comme ces soldats pauvres qui n’ont d’autres choix que l’armée de métier ; de plus comme la vertu civique, on peut se demander si la mère porteuse dans cette échange n’est pas traitée comme une marchandise qu’on loue ou qu’on achète comme n’importe quel bien ? Et se poser la question de savoir, dans une perspective kantienne si on peut traiter véritablement les êtres humains comme des choses ?

Les  limites de l’utilitarisme et du libertarianisme tiennent à deux choses :

- Tout d’abord sommes-nous bien dans un régime de liberté ; que ce soient pour les soldats qui s’engagent ou les mères porteuses, la liberté suppose un large spectre d’opportunités or dans les deux cas ce sont plutôt les contraintes qui s’exercent. Ils ou elles le font parce qu’ils n’ont pas d’autres choix.

- Ensuite, le marché tend à faire prédominer la seule valeur d’usage et d’échange et réduit la totalité du monde à la marchandise. Le soldat et la mère porteuse se vendent ou se louent l’un comme mercenaire, l’autre comme bailleuse d’utérus et sont considérés comme des choses sans la dignité et les respect qui sied aux personnes.

 

Le chapitre 5 nous introduit précisément à la réflexion kantienne sur la moralité.

On a vu que l’idée libertarienne de propriété de soi peut amener à des conclusions extrêmes au point d’infliger à soi même des atteintes à la dignité  tel que le cannibalisme ou le fait de se réduire à une chose . Mais même un libéral comme Locke ne peut admettre que nous puissions disposer de notre vie et de notre liberté comme bon nous semble… ;

C’est Kant qui a bâti une théorie de la moralité qui ne repose pas sur l’idée qu’on est propriétaires de soi-même mais que nous sommes des êtres rationnels méritant d’être traités avec dignité et respect. Et c’est lui qui publie une critique majeure contre l’utlitarisme dans les fondements de la métaphysique des mœurs en 1785 en établissant que la morale n’avait rien à voir avec la maximisation du bonheur. Sandel soutient que dans le tryptique justice fondée sur l’utilité, justice fondée sur la liberté et justice fondée sur la vertu, Kant est un farouche partisan d’asseoir la  justice sur la liberté mais dans un sens tout a fait différent des libertariens.

La philosophie de Kant passe d’abord par une critique de l’utlitarisme au sens où ce n’est pas parce qu’une loi maximise le bien être qu’elle est morale. La morale ne peut pas se fonder sur la maximisation des désirs. Le principe utilitariste du bonheur « ne contribue nullement à la fondation de la moralité ». Ce n’est pas la même chose de rendre un homme heureux et de le rendre bon…Le véritable fondement de la morale chez Kant n’est pas nos désirs ou préférences, ni même Dieu, mais le fait que nous soyons des êtres rationnels, libres, autonomes qui pouvons agir librement. Il oppose l’autonomie, la loi qu’on se donne à soi même et l’hétéronomie la loi qui s’impose à moi. Or quand j’obéis à mes désirs et mes appétits j’obéis à une nécessité qui vient d’en dehors de moi. Boire c’est obéir à sa soif, à une nécessité et non à une liberté…Agir librement ce n’est pas disposer des moyens en vue d’une fin mais choisir la fin elle même. Les hommes ne sont pas des boules de billard qui roulent sous l’action d’une chose qui l’a mise en mouvement. C’est se donner à soi même son propre mouvement. Et les êtres humains sont précisément caractérisés par la possibilité d’agir de façon autonome, non pas comme instrument d’une fin à atteindre mais de choisir une fin pour elle même. Par conséquent, les êtres humains  qui ont cette capacité d’agir librement ne peuvent être traités comme des instruments .

Du coup la valeur morale d’une action réside non pas dans les conséquences qui en découlent (une plus grande satisfaction pour tout le monde) mais dans l’intention qui y préside…Ce qui importe c’est le mobile ou l’intention non le résultat. Il faut faire ce qu’il faut parce qu’il faut…dès qu’on y introduit une raison, notre action n’est plus une fin mais un moyen au service d’une autre fin et ainsi de suite. Je vends mes carottes au juste prix parce qu’il faut les vendre au juste prix et pas pour garder ses clients . L’honnêteté motivée par une rétribution n’est pas morale. C’est peut-être conforme à la morale mais ce n’est pas moral.

Chez Kant il y a clairement un lien entre moralité, liberté et raison. Pour être moral, il faut agir par devoir et non par inclination. Ne pas agir par inclination c’est ne pas être poussé par une loi extérieure à moi comme une boule de billard pourrait se croire libre de rouler alors qu’en fait elle a été poussée. Donc ne pas agir suivant une loi extérieure c’est agir suivant une loi qu’on se donne à soi même, c’est ça la liberté.  Et cette loi qu’on se donne à soi même c’est celle que nous donne la raison…Evidemment Kant n’est pas le premier a dire que les humains sont des êtres de raison, mais il s’en fait une conception différente des utilitaristes ou des empiristes pour lesquels la raison est essentiellement instrumentale : disposer des moyens en vue d’une fin ; alors que Kant suppose que nous pouvons par nous mêmes déterminer les fins.. » C’est la raison pure légiférant a priori qui ne prend en considération aucune fin empirique ». Ce qui le conduit à distinguer deux types d’impératifs, les uns hypothétiques (si yu veux cela alors fais cela)  les autres catégoriques parce que cette fin est désirable en soi et non pour autre chose qu’elle même..

Un impératif catégorique est ce qui s’impose inconditionnellement. Et pour déterminer cet impératif, Kant énonce plusieurs moyens qui reviennent tous à se demander si je peux universaliser mon action ? Est-ce que je peux vouloir que tous fassent comme moi ? Par exemple il n’est pas possible d’universaliser une fausse promesse à moins de détruire la notion même de promesse. Mais bien voir qu’une fausse promesse n’est pas condamnable parce qu’elle produit des conséquences néfastes mais parce qu’elle donne la priorité à mes désirs et mes inclinations. Par exemple la fausse promesse de rembourser l’argent qu’on m’a prêté. Faire cela c’est manipuler l’autre, lui faire croire qu’on va le rembourser alors qu’on sait qu’on ne va pas le faire, juste pour qu’il vous prête l’argent. Respecter les autres, respecter l’humanité, c’est les traiter comme des fins c’est à dire comme des êtres humains rationnels. Et il y a chez Kant un lien intime entre agir moralement et agir librement…Traiter les autres comme fins et non comme moyens c’est agir au nom d’un impératif catégorique et non en vertu d’un intérêt extérieur. J’agis non sur la base d’un intérêt qui me déterminerait de l’extérieur mais j’agis au nom d’un principe qui est propre l’humaine raison. Agir librement c’est se déterminer soi-même et non pas être déterminé par des forces externes. Et en fait c’est la critique la plus féroce de l’utilitarisme : agir librement et moralement c’est absolument le contraire de l’agir sur la base de l’utilité. La morale n’est pas une affaire de calcul mais d’impératif catégorique et cela parce que la nature de l’homme est double à la fois sensible soumis aux calculs et aux intérêts mais aussi en tant qu’être raisonnable déterminé par la raison. D’où toute une série d’antinomies : devoir/inclination, autonomie/hétéronomie ; impératifs catégoriques/impératifs hypothétiques, monde intelligible/monde sensible. 

Appliqué à la sexualité par exemple, Kant serait opposé aux rapports sexuels occasionnels car ils ne traitent pas l’autre comme un être humain mais comme un instrument de la satisfaction de ses désirs. Pareil pour la prostitution, car pour Kant il n’y a rien de plus opposé pour lui à cette idée libertarienne que nous serions propriétaires de nous mêmes. L’homme ne peut pas disposer de lui même parce qu’il n’est pas une chose….son concept d’autonomie est aux antipodes de ce que nous appelons autonomie aujourd’hui : il ne dit pas que je suis autonome parce que  je fais ce que je veux de moi même ou de mon corps, il dit que je suis autonome parce que je me soumets à une loi que je me donne à moi même c’est à dire de respecter en moi l’être humain rationnel comme une fin …on ne peut pas se traiter comme un objet…traiter l’autre comme une fin et soi même aussi comme une fin conduit à ne pas admettre qu’on fasse de soi une chose en se vendant (prostitution) en vendant des parties de son corps. On ne peut disposer de soi comme d’une chose sans manquer à tout devoir envers la dignité de l’humanité…

S’agissant de la justice, la théorie kantienne, n’est pas plus fondée sur l’utilité que la morale personnelle. Mais sur un contrat qui harmonise les libertés. Faire reposer la société et le droit sur l’utilité serait imposer à tout un chacun une idée du bonheur. « Or chacun a le droit de chercher son bonheur suivant le chemin qui lui paraît personnellement être le bon, si seulement il ne nuit pas à la liberté de l’autre d’en faire de même », mais ce contrat n’est pas un contrat réel ou empirique mais un contrat de raison que Rawls, deux siècles plus tard s’est employé a thématiser.

 

Une défense de l’égalité John Rawls :

JR fonde son contrat hypothétique sous un voile d’ignorance. Quels sont les principes de justice que les citoyens choisiraient s’ils ne savaient pas quelle position réelle ils occuperaient dans la société réelle. Certainement pas l’utilitarisme.  Mais 1/ l’égal accès aux libertés fondamentales 2/ l’égalité sociale et économique, car nous savons d’ores et déjà (sous voile d’ignorance) que nous voulons poursuivre nos propres fins et être traités avec respect. Il se pourrait part exemple qu’on se retrouve dans une minorité religieuse et même s’il était utile pour la majorité que celle-là fut persécutée nous ne pourrions pas le vouloir….Rawls dénonce l’arbitraire moral qui résulte d’une société libertarienne où chacun poursuit ses propres fins, sachant que personne n’est placé « au départ » sur la même ligne. Mais cette objection vaut aussi bien pour la société méritocratique…même placé sur la même ligne de départ, certains vont courir plus vite que d’autres…Est-il juste du coup qu’ils accumulent plus de richesses que d’autres. La société libertarienne comme la société méritocratique sont aussi injustes et arbitraires moralement l’une que l’autre….

Mais Rawls propose face à cela non pas une égalisation vers le bas des mérites et des talents mais le principe de différence. Laissons les plus talentueux accumuler et produire pourvu que cette accumulation profite à tous…tirer avantage de ses talents et de sa chance d’accord, mais a condition que cela améliore la situation des plus mal lotis.

Donc on peut concevoir 4 théories de la justice distributive :

- Une fondée sur la naissance

- Une fondée sur le jeu libre du marché

- Une fondée sur les mérites et les talents

- Une égalitariste fondée sur le principe de différence.

 

Le principe de différence qui autorise les inégalités seulement si elles profitent aussi aux défavorisés se heurtent à des objections :

- La première concerne les incitations : si on redistribue la richesse de ceux qui gagnent plus grâce à leurs talents est-ce qu’on ne risque pas de les dissuader de travailler comme ils pourraient le faire ; question des très hauts salaires des PDG ?

- Autre objection celle de la récompense des efforts ? on peut soutenir que les talents et les mérites, comme le fait Rawls ne vous appartiennent pas spécifiquement mais les efforts que vous faites pour les développer oui (ex de Michael Jordan et de Bill Gates pour développer Microsoft) ; mais question : est ce que les efforts ont le moindre mérite moral ? Des tas de sportifs s’entrainent aussi dur que Jordan et ne sont pas Jordan ?

Rawls combat la méritocratie et le mérite moral : nous ne méritons pas nos talents et notre place dans la répartition de nos talents ; pour lui la justice distributive récompense les attentes légitimes une fois qu’un cadre institutionnel est posé et non les vertus ou le mérite.

Dans un cadre institutionnel, car rien ne justifie que des stars du petit écran gagne 100 fois plus que le président de la cour suprême des US…le fait que notre société couvre d’argent les stars de la télé est une chance pour certains pas quelque chose qu’ils méritent. En fait chaque société valorise une forme de vie : (entrepreneur dans une société capitaliste, complaisant dans une société bureaucratique, télégénique dans une société de masse, etc…). L’idée de Rawls est qu’il y beaucoup plus de chance dans notre réussite que de mérite moral selon que notre société valorise tel ou tel talent.

 

Chapitre 7 la discrimination positive en question

Les discriminations positives dans l’éducation ont été beaucoup attaquées avec l’argument qu’elles enfreignaient le principe d’égalité face à la loi garanti par la Constitution américaine. Si on met à part le problème constitutionnel comment répondre à la question : est-il injuste de prendre en compte la race et l’ethnicité dans les politiques d’admission et de recrutement ? Il peut y avoir trois raisons à ça : corriger les biais des tests standardisés, réparer les injustices passées ce qui pose la redoutable question de la responsabilité collective (pourquoi moi aujourd’hui devrais je payer pour des injustices passées auxquelles je ne suis pour rien ?), promouvoir la diversité (si on soutient que la diversité en soi enrichit l’université qui la pratique).

Mais aussi pertinente que soit l’argument de la diversité, reste qu’on peut se demander si favoriser les critères de race n’est pas injuste ?

Ronald Dworkin a montré que personne n’avait le droit d’être évalué selon un seul critère strictement académique…mais on peut très bien avoir un mixte d’académisme, d’origine ethnique ou géographique, de prouesses sportives, d’activités extra scolaires…..ce que dit Dworkin c’est que la procédure d’admission dans une université n’a pas seulement  à voir avec le mérite mais avec la mission telle que la comprend et la définit  l’université….bien que n’importe quelle mission qu’elle s’assigne ne puisse être justifiée. Par exemple pratiquer une politique de ségrégation à l’égard des noirs…donc si on se fonde sur le choix d’une mission telle que posée par une université est il juste de se fonder sur des critères ségrégationnistes ou antisémites ? La différence selon RD est qu’à l’époque de la discrimination des noirs celle ci exprimait un mépris pour les noirs tandis que la discrimination positive n’exprime aucun mépris à l’égard des blancs…aucune appréciation intrinsèque apportée à tel ou tel candidat mais la certitude que la diversité raciale dans les rangs des universités sert les fins de la communauté éducative.

On peut faire le même raisonnement s’agissant de l’attribution de logements mais cette fois a propos des blancs. A  Brooklyn on a mis en œuvre une politique de quotas au profit des blancs pour qu’une gigantesque résidence à loyer modéré ne se transforme pas en ghetto noir et hispanique.

Dans ces exemples on montre que le mérite ne peut pas être compris in abstracto. Il doit intégrer des finalités qui sont plus larges…Saper le mérite moral comme le fait Rawls a l’avantage de combattre l’autosatisfaction qui tend à penser que les riches sont riches parce qu’ils le méritent…même si cette idée est perturbante quand on songe par exemple à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui dit que les distinctions ne peuvent avoir pour autre source que les mérites et les talents. Mais plus nous pensons que notre succès est de notre seul fait moins nous nous sentons responsables vis a vis de ceux qui décrochent. (p.263)

L’ensemble de ces réflexions conduit en réalité Michael Sandel à montrer que la seule théorie de la justice acceptable est celle qui prend en considération les finalités poursuivies par l’action, c’est à dire d’une justice prise non comme pas comme une distribution des biens pour la plus grande utilité, ni même en fonction de la plus grande liberté mais au sens de la vie bonne. Et sur sur cette voie, il rencontre au chapitre 8, l’idée de la justice téléologique d’Aristote

 

Le chapitre sur Aristote met en valeur deux idées sur la justice :

- En premier lieu la justice est téléologique ce qui veut dire que pour identifier les droits on doit savoir à quelle est la finalité de la pratique sociale…

- En deuxième lieu la justice est honorifique dans la mesure où on doit déterminer quelle vertu est censée honorer telle ou telle pratique.

Pour Aristote on ne peut déterminer ce qui est juste sans s’interroger sur ce qu’est la vie bonne ; autrement dit pour attribuer à chacun le sien, il faut savoir pour quoi chacun est fait, quelle est sa fin. Par exemple les meilleurs instruments de musique sont faits pour qu’on en joue au mieux, il faut donc qu’ils soient attribués à ceux qui en jouent le mieux… Et on trouverait qu’il est injuste qu’un riche collectionneur l’emporte aux enchères sur un Itzhak Perlman pour l’achat d’un sublime stradivarius…Donc cela implique un raisonnement sur les fins : un violon est fait pour qu’on en joue admirablement pas qu’on le mette sous vitrine. En matière morale et politique, Aristote raisonne de même…

Et si on transpose à l’université en se demandant pour quoi elles sont faites : par exemple promouvoir l’excellence et donc n’admettre que les meilleurs ; mais alors on rejettera la discrimination positive…mais on peut aussi considérer qu’elles sont faites pour promouvoir des finalités civiques et on pourra accepter ce que les autres rejettent.

Pour Aristote, il faut également se poser la question des finalités pour répartir dans la société les charges et l’autorité. Mais ça implique qu’on sache pourquoi est faite la vie politique ; et donc on ne peut déterminer la justice sans savoir à quoi convient telle pratique politique. Contrairement aux modernes, la finalité du politique n’est pas d’établir un cadre juridique neutre où chacun peut poursuivre ses fins mais mais de former de bons citoyens qui cultivent de bonnes habitudes. Ce qui lui permet de critiquer à la fois les oligarques qui pensent  que la finalité de la société est de s’enrichir et les démocrates qui pensent qu’il faut donner le pouvoir à la majorité….La finalité de la Cité n’est ni l’argent ni le pouvoir du grand nombre mais la vie bonne…Donc les charges et les honneurs reviennent à ceux qui incarnent la vertu civique comme Périclès par exemple. De plus la nature de l’homme étant d’être un animal politique il ne peut réaliser sa nature qu’au sein d’une vie sociale où par le langage nous communiquons et nous débattons avec les autres du bien du mal, du juste et de l’injuste etc., Apprendre la vie bonne en acquérant des habitudes. Etre moral ce n’est pas disposer de la bonne règle, c’est savoir l’appliquer au bon moment : c’est de la sagacité…identifier le bien humain le plus haut qui soit susceptible d’être atteint dans des circonstances données….

Pour une application moderne de la justice au sens téléologique, Sandel prend l’exemple de l’affaire Casey Martin un golfeur handicapé qui demandait à pouvoir faire le parcours en voiturette. C’est allé jusqu’à la Cour suprême qui s’est demandée ce qu’était substantiellement le Golf (donc par un raisonnement téléologique) pour savoir si la marche à pied faisait intrinsèquement partie de ce sport. Elle a répondu par la négative, ce qui montre s’il en était besoin, que les discussions sur la justice et les droits sont souvent animées par des interrogations sur la finalité des institutions sociales.

Une autre réflexion sur   la justice résulte d’une interrogation sur ce que les êtres humains se doivent les uns aux autres. Est-il soutenable de dire que je ne peux me sentir responsable vis à vis des autres qu’au regard des seuls engagements que j’ai contractés avec eux ?

Le chapitre 9 aborde cette question souvent débattue aujourd'hui sur les excuses qu'un pays peut ou doit présenter pour ses erreurs passées, l'Allemagne pour la Shoah, le Japon pour les atrocités commises en temps de guerre, l'Australie pour sa politique vis à vis des aborigènes, et évidemment l’épineuse question américaine de l'héritage de l'esclavage et celui de l''ère Jim Crow, c'est à dire celle de la ségrégation raciale....

Ces épisodes posent la question de la responsabilité collective, des revendications portées par les communautés et déboucher sur des réparations de toute nature, financières mais aussi et surtout symboliques par des paroles prononcées en vue d'apaiser des souffrances encore vivaces parfois plusieurs siècles après....

Sandel s'interroge sur les arguments de ceux qui sont hostiles à la présentation d'excuses avec l'idée que les générations présentes ne peuvent être responsables que de leur propre fait et non d'actions qu'elles n'ont pas commises. Mais cet argument renvoie plus profondément à l'individualisme moral pour lequel être libre c'est n'être soumis qu’aux obligations auxquelles on a consenti. Si je dois quelque chose à quelqu'un (et partant des excuses...) c'est parce que j'y ai consenti...Seuls nos choix libres sont source d'obligations pour nous et par conséquent je ne saurais souscrire à quelque chose auquel je n'ai pas consenti ni me sentir responsable d'actes que je n'ai pas commis....et c'est bien là l'idée contemporaine (et issue du contrat ) que le consentement et la liberté de choix sont à la racine des obligations...

Cette tradition est au moins aussi ancienne que Locke et Kant (et prolongé par Rawls) pour lesquels être libre c'est être autonome, c'est à dire gouverné par une loi que je me donne à moi même. Et pour ce type de libéralisme, la morale, le bien, les obligations résultent d'une sorte d'abstraction, indépendamment des buts que l'individu particulier se propose. La loi morale kantienne ou les principes de justice n'ont rien à voir avec l'individu concret et particulier situé dans une histoire, héritier de cette histoire et faisant partie d'une communauté spécifique...Donc les rôles et les identités sont mis entre parenthèses. Et dès lors que l'individualisme moral les met de côté, il est difficile pour un moi de se sentir comptable des faits et gestes de la communauté particulière dont je suis issu. Seul compte en revanche, ce à quoi j'ai souscrit en tant qu'être libre et indépendant…et cette conception a une influence sur la théorie de la justice puisque nos droits ne sont définis qu'en contrepartie des obligations que j'ai souscrites et ne reposent pas sur sur des conceptions morales et religieuses particulières...

Ces théories contractuelles de la justice et de l'individualisme moral qui datent du 17° et 18° siècle sont en rupture complète avec la pensée antique et notamment celle d'Aristote au terme de laquelle il n'est pas de justice pensable hors une réflexion sur la vie bonne et souhaitable. La justice est nécessairement une réflexion sur les fins et aucun Gouvernement ne saurait être neutre par rapport aux fins poursuivies par la société. Mais la pensée moderne au contraire ne définit l'Etat que comme un cadre neutre par rapport aux fins et se justifie seulement parce qu'il permet aux citoyens de poursuivre des fins qu'ils choisissent et que l'Etat ne leur impose pas…Pour Aristote il y a une primauté du bien sur le juste. Pour Kant et Rawls c'est exactement le contraire il y a une primauté du juste sur le bien et en cela ils incarnent bien la pensée moderne (anti totalitaire) qui fait que l'Etat ne saurait imposer aucune finalité aux individus qui seuls peuvent les déterminer eux mêmes. Comme le dit Rawls " la structure des doctrines téléologiques est radicalement mal conçue ; dès le départ, elles relient le bien et le juste de la mauvaise façon. Nous ne devrions pas essayer de donner forme à notre vie en considérant d'abord le bien, défini de façon indépendante". La priorité du juste sur le bien chez Rawls repose sur l'idée qu'une personne morale est définie non par des fins mais par les choix qu'elle fait;

Certes, cette pensée libérale peut être extrémiste comme chez Robert Nozick, à savoir un État neutre et minimal qui se borne à organiser le cadre dans lequel les citoyens peuvent poursuivre leurs fins; ou être égalitariste pour ceux qui pensent que pour poursuivre leurs fins les citoyens ont besoin d'un cadre plus défini qui leur assure la santé, l'éducation, l'emploi, un revenu minimal, etc..; dans les deux cas les théories de la justice libérale sont neutres par rapport aux fins....

C'est une doctrine très séduisante dit Sandel qui en quelque sorte nous débarrasse des fins notamment religieuses imposées par la communauté et qui ne fait reposer nos obligations que sur notre libre choix et notre consentement. Mais il ajoute qu'il croit cette théorie profondément erronée et qu'elle n'est pas le fondement d'une société juste..."Il n'est pas toujours possible de définir nos droits et nos devoirs sans affronter des questions morales substantielles" (p.324)

En effet la faiblesse de la conception libérale est aussi ce qui en fait sa force : si nous sommes libres c'est parce que nous ne sommes pas contraints par des liens que nous n'avons pas choisis ; et même si on les valorise parfois, la solidarité, la loyauté, la mémoire historique, la foi religieuse, ces valeurs ne sauraient nous contraindre, bien qu'elles soient représentatives de traditions qui enserrent notre identité et nous situent dans une histoire concrète....

Sandel a critiqué la théorie de la justice de Rawls au moment de sa parution (1971) en disant que l'on ne pouvait raisonner en matière de justice en faisant abstraction de nos buts et de nos attachements issus du poids de la communauté à laquelle nous appartenons. Raison pour laquelle Sandel est passé pour un communautarien...

Et c'est toute la question de pouvoir se penser à la fois comme être libre et comme être situé.

 Mais Sandel développe les thèses du livre de Mac Intyre (After Virtue 1981) de manière à opposer à l'individualisme moral ce que Mac Intyre appelle des êtres de récit dans une conception narrative; en quelque sorte il ne serait pas possible de répondre à la question que dois je faire si je ne sais pas à quelle histoire j'appartiens ou de quelles histoires je fais partie?? La délibération morale relève d'une question d'interprétation de ma vie plutôt que d'une affaire de volonté ? Je dois me demander ce qui fait sens avec ma vie, mon passé, mes histoires, quelle cohérence d'ensemble me guide? Je ne peux me déterminer que parce que je suis porteur d'une identité sociale particulière, je suis citoyen de tel ensemble, j'appartiens à telle nation...je suis issu de telle famille. Évidemment une telle conception empreinte de communautarisme est en tension avec l'individualisme moderne selon lequel je suis celui que je choisis d'être ou dit en termes sartriens, l'existence précède l'essence.

L'individualisme exige que je mette entre parenthèses mes identités héritées et les attachements, mais dit Mac Intyre avec justesse un jeune allemand né après 1945 ne peut mettre entre parenthèses ce que les allemands ont fait aux juifs pour ses propres relations aux juifs d'aujourd'hui ce qui veut tout simplement dire que je suis avec un passé qui fait récit pour moi dans ma réflexion morale.

Cette position est polémique par rapport à un individualisme tiré du contrat: suis-je tenu par des liens moraux que je n'ai ni choisis et auxquels je n'ai pas souscrit ?

La réponse de Rawls serait certainement négative, pour lequel il n'y a que deux types d'obligations envers les autres, les obligations naturelles universelles que nous devons à tout être humain en tant qu'être humain ( par exemple le devoir de ne pas vous tuer...personne ne croirait que cette obligation résulte d'un acte de promesse) et les obligations volontaires (celles qui naissent du consentement) qui sont toujours particulières (parce que si je me suis engagé à peindre votre maison je n'ai pas l'obligation de repeindre celle de tous les autres).

Pour la conception de Mac Intyre ces deux obligations sont trop restreintes...Elles ne rendent pas compte de la totalité des obligation issues, par exemple,  de  La loyauté et de la responsabilité; les obligations de solidarité ou d'appartenance jouent un rôle qui ne s'expliquent ni en termes naturalistes ni en termes contractualistes . Contrairement aux obligations universelles les obligations de solidarité sont particulières et contrairement aux obligations issues du consentement, elles sont seulement issues du fait que nous partageons avec les autres une certaine histoire, un certain récit.

 

Quelques exemples de solidarité :

-les obligations familiales des parents vis-à-vis des enfants et vice versa. Certes on pourrait soutenir que l'obligation de s'occuper de ses vieux parents est issue d'un consentement tacite qui m'obligerait à leur rendre les soins qu'ils m'ont apportés ? Mais qu'en serait-il pour les enfants de parents qui auraient été négligents ? L'enfant serait-il exempté de toute obligation morale d'apporter du secours ? Certainement pas.

-exemple de la Résistance en France : que penser d'un pilote français résistant qui a refusé de bombarder un lieu en France qui était son village natal...il ne contestait pas la nécessité de bombarder des cibles dans ce village mais pas lui...Est-ce correcte ?

-Sauver les juifs éthiopiens pour Israël : Israël n'a porté secours qu'aux falashas par solidarité et par appartenance au judaïsme alors que des milliers d'autres éthiopiens non juifs mouraient de faim...Est-ce immoral ?

- on peut aussi poser la question du patriotisme ? Avons-nous un devoir de solidarité particulier à l'égard des citoyens de notre patrie ? Est-ce du chauvinisme ? De telles questions se posent notamment lorsqu'il s'agit de savoir si on peut réserver des dispositifs sociaux de secours à des compatriotes ? Cette position est elle moralement défendable ou n'est-ce que du favoritisme ?

-autre question celle des frontières? Des nations peuvent elles interdire à des étrangers de se joindre à elles ? Michael Walzer écrit que l'aptitude à réguler les conditions de l'appartenance de l'accueil et de l'exclusion est au cœur de l'indépendance de la communauté ? Mais cette exclusion est aussi une défense des privilèges de la communauté, de riches par rapport à de plus pauvres. Cette exclusion se justifie-t-elle d'un point de vue moral ? Oui, si on accepte le fait que nous avons des obligations spéciales à l'endroit du bien être de nos concitoyens en raison de la vie en commun et de l'histoire commune....

-Même type de questionnement pour un slogan du type acheter français ! Avons-nous une obligation morale de faire en sorte que les emplois restent en France ? Reste que ces obligations vis-à-vis de ma famille et de ses concitoyens peuvent passer pour des manifestations d'égoïsme collectif ?  Ou de chauvinisme ? Ou de repli sur soi ? Pas nécessairement si l'on songe que certaines des obligations spéciales dont nous parlons qui ne sont ni universelles ni volontaires comme la politique d'excuses ou de réparations sont des obligations vis à vis d'autres qui ne font pas partie de ma communauté actuelle ; ou bien la capacité de se sentir fiers ou honteux des comportements de ses concitoyens à l’étranger ?

Il est vrai "qu'à partir du moment où nous nous disons uniquement responsables en tant qu'individus, des choix que nous faisons et des actes que nous accomplissons, il devient difficile de se dire fiers de l'histoire et des traditions de notre pays : quid de la déclaration d'indépendance américaine ? Du discours de Lincoln à Gettysburg, etc.

Au delà de la question de la solidarité, on peut aussi mesurer ce qu’on doit à la loyauté. Peut on trouver admirable quelqu'un qui défend une cause injuste, seulement parce qu'il se veut loyal à un peuple qui est le sien. Voir l’exemple de l’attitude du général Lee qui pendant la guerre de Sécession pensait que l’Union avait raison contre les Confédérés mais pourtant s'est mis au service des Confédérés donc de la sécession et de l'esclavage, uniquement par souci de fidélité à sa Virginie...

Ce que Sandel veut montrer c’est que contrairement à l’idée contractualiste nous ne sommes pas tenus seulement aux obligations et engagements que nous prenons.

Toutes nos obligations ne résultent pas d'un acte de la volonté ou d'un choix ; des obligations de solidarité et de loyauté résultent des récits à la faveur desquels nous interprétons nos vies et des communautés au sein desquelles nous vivons.

Par conséquent les principes de justice ne peuvent pas être neutres par rapport à la vie bonne. De même que pour Aristote, une Constitution juste doit poursuivre le but de former des citoyens bons et bienveillants. On ne peut pas délibérer sur la justice sans savoir la signification des biens, des charges, des honneurs et des droits et opportunités que la société attribue.

Mais il faut bien voir que Kant et Rawls reprochent à cette conception de la vie bonne de ne pas ménager de place à la liberté et de vouloir imposer certaines valeurs...et il est vrai que si le moi est premier, le juste doit primer sur le bien.

La conception rawlsienne et kantienne a pour but d'éviter des débats sur la question des fins sur lesquelles personne n'est d'accord et de promouvoir une conception neutre du juste où chacun peut poursuivre l'idée qu’il se fait de la vie bonne sans être contraints par des valeurs qu'une société imposerait. Mais Sandel soutient qu'une telle thèse est vaine, car on ne peut débattre des questions de justice sans rencontrer les questions morales et religieuses controversées.

 

Dans le Chapitre 10 du livre sur la justice et le bien commun, Sandel développe la conception de la justice au sens de la vie bonne et vertueuse comme contre modèle à l’idée d’utilité ou de liberté.

Le chapitre commence par opposer les vues de Kennedy et celles d'Obama au regard des convictions morales et religieuses. Le premier, ayant à se défendre de son catholicisme, affirmant qu'elles ne joueraient aucun rôle dans ses engagements politiques (la religion comme affaire purement privée) ce qui fait que le gouvernement laisserait libres chacun de mener la vie qu'il entendait ; le second, les revendiquant explicitement. Pour Obama comme pour de nombreux penseurs américains, la foi a joué un jeu considérable en politique.

L'idée de neutralité des convictions morales à joué un rôle important ans les années 70 et particulièrement après la parution de Théorie de la justice de Rawls (1971), ce qui allait avec une apologie du libéralisme. Même lorsqu'il a revu un peu sa Théorie….avec la parution en 1993 de Libéralisme politique, il est resté attaché à l'idée qu'il faut mettre entre parenthèses nos convictions morales et religieuses  pour respecter un pluralisme raisonnable et ne pas imposer de valeurs; en effet, on peut penser qu'une pensée tolérante refuse de s'engager sur le terrain des fins et des valeurs qui sont éminemment contradictoires et conduisent à l'hostilité et au déchirement....

Ce discours libéral tolérant a été tenu jusque dans les années 80 par les démocrates. Cette neutralité dans le discours politique n'a connu que peu d'exception (voir Martin Luuther King comme contre exemple). Et le discours moral et religieux à été en quelque sorte l'apanage de la droite fondamentaliste 

Obama a tenu compte de cela et il a tranché par rapport au libéralisme, se rendant compte qu'il ne suffit pas aux américains de faire tous les jours la même chose car ils prennent conscience qu'il leur manque quelque chose "ils veulent que tout cela ait un sens, que leur vie ait la force d'un récit....si nous voulons vraiment nous adresser aux gens tels qu'ils sont, leur communiquer nos espérances et nos valeurs  d'une manière qui ait un sens pour eux, alors en tant que progressistes, nous ne pouvons abandonner le champ du discours religieux".

C'est aussi une autre façon de dire que nous ne pouvons pas séparer les questions de justice et de droit des questions relatives à la vie bonne, les questions de morales ; et même à supposer qu’il soit possible qu'on les sépare ce n'est pas souhaitable....

Sur la question de l'avortement peut on se contenter de dire, demande Sandel, qu'il n'est pas question de trancher des questions morales, religieuses et par suite d'être neutre et laisser la liberté de choix ? Dire cela c'est tout de même dire que la position catholique qui considère le fœtus comme une personne est fausse...en réalité les deux positions pro choice et pro Life sont deux prises de positions différentes sur le statut de l'embryon, personne ou pas ?

Même chose dans le débat sur les cellules-souche : il est difficile d'éviter le débat sur le fait que dès la conception on a affaire ou non à une personne...Dans les deux cas, dit Sandel, il est impossible de ne pas aborder les questions morales et religieuses.

 

Quid du mariage homosexuel ?

Est ce qu'il en va de même ? Peut-on admettre le mariage homosexuel sur les seules bases de l'égalité, de la non discrimination sans se prononcer sur des questions religieuses, morales ou même de finalités, voire de définition du mariage ? "Le débat suscité par le mariage homosexuel renvoie fondamentalement à la question de savoir si l'union des gays et des lesbiennes est digne des honneurs et de la reconnaissance que confère dans notre société, le mariage reconnu par l'Etat" (373). Cette position ressort clairement au regard de la possibilité de desinstitutionlaliser le mariage. On pourrait très bien imaginer qu’on fasse du mariage une affaire purement privée qui ne concerne pas l'Etat du tout ; à cet égard n'importe qui pourrait contracter avec n'importe qui. Or tel n'est pas le cas du mariage institution qui a une reconnaissance explicite de l'Etat....et dès lors admettre le mariage homosexuel c'est entrer dans le débat sur la finalité de cette institution et des biens qui y sont associés. On ne peut se contenter de la justification par la neutralité du choix du partenaire et de l'égalité des droits ("Nous avons l'obligation de définir la liberté dont doit pouvoir bénéficier chacun, pas d'édicter notre propre code moral", selon l’argument libéral par excellence). Mais dit Sandel si l'Etat était véritablement neutre face à cette institution et neutre par rapport à toute relation intime volontaire, pourquoi n'admet-il pas la polygamie fondée sur le consentement ?

"Le débat concernant le mariage gay ne pose pas le problème de la liberté de choix mais celui de savoir si des unions entre partenaires de même sexe sont dignes d'être honorées et reconnues par la communauté- si elles accomplissent les fins légales du mariage" (379)

Et d'une certaine façon approuver le mariage gay c'est forcément redéfinir de manière beaucoup plus large les finalités du mariage, donc aussi prendre position sur les fins, c’est à dire sur ce qui est bien et digne d'être reconnu par l'Etat. Comme le dit une juge américaine “le mariage civil est la fois un engagement profondément personnel à l'endroit d'un autre être humain et une célébration hautement publique des idéaux de mutualité, de compagnonnage, d'intimité, de fidélité et de famille". Du coup la finalité du mariage n'est pas seulement la procréation (et d'ailleurs les mariés n'ont pas l'obligation de faire des enfants...) mais un engagement amoureux exclusif entre deux partenaires qu'ils soient hétérosexuels ou homos.

Par conséquent nous devons admettre aussi qu'il y a des conceptions rivales de la vie bonne...

 

La justice et la vie bonne (P.383) 

Dans ce livre Sandel prend partie entre différentes conceptions de la justice

Est ce que la justice c'est la maximisation de l'utilité générale?

Est ce que la justice c'est l'individualisme moral et la liberté de choix?

Est ce que la justice c'est la vie bonne qui implique qu'on cultive la vertu et qu'on réfléchisse à la nature du bien commun ? 

Pour lui, la justice ne peut pas être affaire de simple calcul. La liberté de choix apporte une solution à ce problème, prend les droits au sérieux, estime que certains droits fondamentaux doivent être respectés mais ne prend pas positions sur la diversité des fins poursuivies, le sens et la portée des vies que nous menons. Mais, dit Sandel, il faut "que nous réfléchissions ensemble à la signification de la vie bonne et que nous nous attachions à la création d'une culture publique qui permette l'expression des désaccords qui ne manqueront pas de surgir" (384) 

Pour Sandel il n'est pas possible que dans nos discussions politiques nous nous contentions de réflexions sur notre bien être et notre liberté, accroître notre productivité ou respecter le droit des personnes. Il nous faut viser des fins morales plus hautes. Mais  comment avoir une vie publique et politique plus haute que les buts du bien être et de la liberté, une vie qui soit inspirée par des finalités plus riches ? Thème repris sans cesse par Obama dans la plupart de ses discours…

 

À quoi pourrait ressembler une politique nouvelle ?

Citoyenneté, sacrifice et service : cultiver un souci du collectif, la vertu civique et pas seulement le bonheur privé; école et service militaire? Mélange des classes sociales et apprentissage de la diversité y compris religieuse. Appel à un sursaut national après le 11/09 fierté et solidarité ?

Les limites morales des marchés : contre la marchandisation d'un certain nombre de pratiques sociales certaines sphères devraient rester hors marchandisation...service militaire, procréation, enseignement (réhabiliter les écoles publiques...) prisons, accueil de nouveaux citoyens. Bref débattre ensemble des limites morales des marchés.

Inégalité solidarité et vertu civique : S'inquiéter de la montée des inégalités et pas seulement au nom de l'utilité et de la maximisation de l'ensemble des bonheurs (prendre une centaine de dollars aux plus riches sans que cela les impacte vraiment pour les redistribuer avec un fort impact sur les plus pauvres) mais parce qu'un trop grand écart entre les riches et les pauvres sape la solidarité sans laquelle il n’y a pas de vie démocratique. Les milieux favorisés sont en train de faire sécession ...abandon des écoles publiques, plus de piscines publiques, pus de parcs, mais des clubs de sport privé des aires géographiques cloisonnés, l’abandon de la sécurité publique au profit  de gardes privées, plus de transports en commun mais 2 ou 3 voitures par foyer...Difficulté engendrée par l'érosion du domaine public. Donc l’objectif serait de reconstruire des infrastructures publiques et civiques, des écoles où riches et pauvres pourraient envoyer leurs enfants. Il faut se concentrer sur les conséquences civiques de l'inégalité plus que de se concentrer sur la redistribution des revenus pour améliorer la consommation privée des pauvres.

Une politique de l'engagement moral : ne pas avoir peur de de retisser les questions de droit et de justice aux questions morales et religieuses. Certes une société libérale  n'est pas censée imposer des fins morales mais nous en sommes venus à supposer que c'est respecter les convictions morales et religieuses de nos concitoyens que de les ignorer afin de ne pas perturber notre vie publique. La conduite d'évitement conduit à une forme de respect trompeuse..."La confrontation publique plus vigoureuse de nos convictions morales pourrait renforcer et non pas fragiliser le respect que nous nous devons les aucuns aux autres"

Il ne faut pas exclure que le fait de mieux connaître une doctrine morale et religieuse puisse nous conduire à l'apprécier moins, mais nous ne le saurons pas tant que nous n'aurons pas essayé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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