Droit au logement : millions, milliards d’euros pour du blabla, des rats et du caca

La Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (DIHAL) gère un budget de 8 millions d’euros pour assurer l’hébergement et l’accès au logement des personnes sans abri ou mal logées. S’y ajoutent les 5 milliards et demi d’euros perçus par la France au titre du Fond social Européen (FSE).

À qui cela profite ? Il faut poser la question aux dix-huit bénéficiaires de cette politique ici, à Metz, sur le terrain vague du « Petit-Bois ».

Rat sur le bidonville du Petit-Bois à Metz Rat sur le bidonville du Petit-Bois à Metz

Ils font ce qu’ils peuvent…

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Florin et Lenuta vivent ici en couple. Lui travaille sur des chantiers lointains, jusqu’à Marseille, et revient les week-ends. En attendant, Lenuta agrémente du mieux qu’elle peut leur cabane de fleurs artificielles et dentelles de récupération.

« Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage

Que nous puissions donner de notre dignité́. »

(Baudelaire, Les Phares)

Florin et Lenuta ne doivent rien ni à la générosité publique ni à cette politique du gouvernement consistant à déverser des millions d’euros sur des projets énigmatiques. Leur demande de logement n’aboutit pas, malgré les promesses du préfet qui nous écrit que les services de l’État « seront attentifs à une résorption, dans les semaines à venir, de ce campement, en comptant également sur la participation active des ménages à s'inscrire dans un parcours d'insertion. »

Ils seront « attentifs », nous assure-t-il, autrement dit, les autorités publiques ne s’engagent à rien. Si ça se résorbe sous l’effet d’on ne sait quel prodige, tant mieux, sinon tant pis. C’est aux ménages qu’il convient d’établir leur volonté d’insertion.

L’insertion par les immondices

La réalité sociale, ici, sur le terrain vague du Petit-Bois, consiste en l’entassement exponentiel de déchets autour des habitations. Pourquoi exponentiel ? En raison d’une loi simple mille fois vérifiée : les monceaux d’immondices produisent un effet de signal. Les services municipaux de Metz maîtrisent le processus. Une peau de banane dans un quartier chic (un quartier royal, voire impérial, pour reprendre la rhétorique de l’ancien maire, Dominique Gros) est dégagée dans la minute qui suit. Un caddie d’ordures ménagères dans un quartier populaire mettra six mois à être enlevé, et attirera des dizaines d’autres tombereaux de saleté.

Immondices autour des habitations au Petit-Bois (Metz Borny) Immondices autour des habitations au Petit-Bois (Metz Borny)

Alors à quoi servent ces millions d’euros ?

À quoi servent les huit millions de crédit Dihal ici à Metz ? Quelle fraction de ces crédits (un euro ou l’intégralité des huit millions) est utilisée pour assister, bras croisés, au miracle de la résorption du bidonville ?

À ce que nous déclare le préfet, ces millions auront servi d’abord à encourager et accompagner le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) « dans une nouvelle démarche de MOUS » [Maîtrise d’œuvre urbaine et sociale, voir ici] qui comprend l’accompagnement social de certains ménages restés en rade d’une MOUS précédente (voir notre article sur l’expérience citée) et l’aménagement du bidonville actuel « avec un bloc sanitaire et un local pour des permanences de travailleurs sociaux »…

Bloc sanitaire et local de permanence dont les habitants du bidonville attendent toujours qu’ils tombent du ciel. Pour l’instant, en matière hygiénique, il faudra se contenter de latrines creusées dans la terre et d’un robinet tiré trente mètres plus loin d’un centre social auquel les gens n’ont pas accès.

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Des objectifs et des résultats

« Le travail d'accompagnement social et professionnel des autres ménages se poursuit avec comme objectif de réussir un accès au logement ou, à défaut à un hébergement, avant le début de la période hivernale. La Dihal vient d'ailleurs de m'informer que les crédits sollicités vont être alloués à ce projet dans les jours à venir. », nous assure le préfet dans son courrier du 20 juillet.

Nous lui avons demandé, le 18 août quels étaient le montant de ces crédits et leur affectation dans les actions menées en faveur de la population discriminée. Nous avons sollicité Monsieur Manuel Demougeot, Directeur de cabinet à la mission interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement, venu sur place annoncer le doublement des crédits (de quatre à huit millions ! voir ici) Nous n’avons reçu aucune réponse. Nous avons, depuis, à plusieurs reprises, alerté le nouveau maire de Metz, François Grosdidier, sur les réalités de ce bidonville. Pas de réponse.

Voilà des millions d’euros gérés par l’État, la Ville et le Département dans des gadgets pompeusement baptisés « MOUS », aussi ramollos que malodorants.

Des millions ? non des milliards.

Millions d’euros auxquels il convient d’ajouter l'enveloppe nationale du Fond Social Européen (FSE) qui s’élève à 5,5 milliards d’euros pour la France.

Peut-être découvrira-ton un jour que ces millions ou ces milliards d’euros, à défaut de réaliser les objectifs assignés, auront rempli les poches d’élu·es et fonctionnaires avisé·es à qui nous souhaitons du bonheur ainsi qu’à leur famille.

Des millions d’euros font toujours des heureux

Malheureusement, rien n’est moins sûr. La concussion n’est pas qu’un délit. C’est un art qui suppose un chouïa de subtilité. Si nos héros — le préfet, le maire, le président du département et leurs exécutants — en étaient pourvus, ils auraient au moins veillé à assurer le soupçon d’un ruissellement sur la population concernée, ne serait-ce qu’à titre d’alibi. Leur incapacité à faire retomber la moindre miette du pognon de dingue sur les destinataires plaide en faveur de leur innocence la plus crasse.

Les seuls bénéficiaires de la gabegie sont, à notre connaissance, les rats qui prolifèrent dans les ordures et qui étendent leur territoire jusque dans les recoins des habitations.

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Ils grouillent, ils couinent et remercient les services de l’État, de la Ville, du Département et de la Communauté européenne pour leur contribution active à leur prospérité.

Le rat comme symptôme

Un mois après notre visite et notre signalement de la situation aux autorités dites « compétentes », un service dératisation est venu s’en prendre à ces pauvres bêtes, comme si elles étaient le problème et non le révélateur.

Nous ne sommes pas pour l’extermination des rats. Nous sommes pour leur répartition harmonieuse dans tous les quartiers de la ville, y compris ceux où vivent les gestionnaires des fonds Dihal dont la probité est, par défaut, établie.

Il ne leur reste qu’à faire le vrai travail, celui qui se soldera par la réalisation effective du droit au logement I.C.I, Immédiat, Continu et Inconditionnel de toutes les personnes concernées.

Avant que les rats ne s’en mêlent…

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