A Metz, nos gamins encore à la rue !

Depuis le démantèlement du fameux bidonville de l’avenue Blida, des dizaines de personnes errent jour et nuit dans la rues de Metz, se cachant de la police qui confisque leurs tentes et couvertures. Parmi eux, des enfants…

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Nous alertions par un courrier rendu public le 19 juillet 2018 le maire de Metz, le préfet et le président du Conseil départemental de Moselle sur la situation d’une famille de quatre enfants vivant depuis trois jours à la rue. Le maire et le président du CD nous ont répondu. Ils ont agi, et il résulte de leur action ceci : Monsieur Y X…, son épouse Z… née W… et leurs enfants, A… (15 ans), B… (13 ans), C… (11 ans) et D… (9 ans) sont toujours à la rue, sans interruption depuis presque sept semaines.

On ne peut que saluer l’art subtil et cynique de la concertation que développent ces élus et hauts fonctionnaires pour ne surtout rien faire qui puisse alléger l’horreur.

Lettre ouverte aux trois personnalités, expédiée à l’instant :

Éric Graff

Collectif Mosellan de Lutte contre la Misère

A Messieurs Dominique Gros, Maire de Metz, Didier Martin, Préfet de Moselle, et Patrick Weiten, Président du Conseil Départemental de Moselle

Metz, le 31 août 2018

Objet : enfants vivants à la rue à Metz

Réf. : courrier du 19 juillet courant et vos réponses du 30 juillet et du 17 août

Lettre ouverte destinée à diffusion publique

Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet, Monsieur le Président du Conseil Départemental,                 

J’attirais, il y a six semaines, votre attention sur le drame d’une famille composée d’un couple avec trois enfants condamnés à l’errance dans les rues de Metz. J’ai pris note de vos réponses. Il y a celle de Monsieur le Maire qui, pour reprendre sa formule « renvoie la balle » aux services de protection de l’enfance, il y a celle de Monsieur le président du Conseil Départemental qui allègue le prétendu départ de cette famille hors du département (ils s’étaient éloignés quelques jours, mais n’ont cessé d’appeler le 115 depuis leur retour) et il y a, plus éloquente encore, l’absence coutumière de réponse de Monsieur le Préfet.

La concertation entre les services de la Ville, de l’État et du Département aboutit au résultat suivant : Y…, Z… et leurs enfants B… (13 ans), C… (11 ans) et D… (9 ans), vivent toujours dehors à Metz. La grande sœur de quinze ans (A…) s’est séparée d’eux. Ils dorment par terre, à la dure, sous les intempéries. Je leur ai demandé de quoi ils se nourrissaient. Ils ont baissé la tête. J’ai appelé le Samu social qui m’a répondu, navré : l’État nous refuse les moyens de répondre à la demande.

La mère est épuisée, le père, outre les pathologies dont je vous ai informé, souffre d’une fracture costale. Il ignore comment se faire prendre en charge.

B…, C… et D… ne seront pas scolarisés. Ils poursuivront leur découverte du monde à l’état brut : une Ville rejetante, un Département irresponsable et un État pusillanime. Des hauts fonctionnaires et des élus cultivant, ensemble, l’art de cacher la misère en la dispersant.

En effet, vos courriers démontrent que la concertation existe bel et bien. Vous me signalez, Monsieur le Maire que « les parents se seraient soustraits aux mesures administratives de protection de l'enfance du Conseil Départemental et relèveraient à ce jour d'une mesure judiciaire. ». Vous me suggérez de « leur conseiller de collaborer pleinement avec les services chargés de les accompagner, notamment ceux liés à la protection de l'enfance. »

De deux choses l’une : ou bien ces enfants sont en danger dans leur famille et dans ce cas les services du département font preuve d’une légèreté coupable. Ou bien, comme tout le démontre, ils n’encourent strictement aucun danger auprès des parents aimants et attentifs que nous connaissons. Le seul signalement dont j’ai connaissance auprès de la Cellule Départementale de recueil, de traitement et d'évaluation des Informations Préoccupantes (CDIP) porte sur les conditions de vie inhumaines qu’ils endurent. Le danger n’est pas dans la famille. Il est dans l’inhospitalité savamment entretenue par vos décisions.

En effet, dès lors que le Département n’excluait pas l’hypothèse d’un placement des enfants, pourquoi ne pas utiliser les sommes que cette mesure aurait coûtées pour verser aux parents une allocation leur permettant de se loger ?

D’autre part, Monsieur le Maire, même si l’accueil des demandeurs d’asile relève en premier lieu des compétences du Préfet, vous ne pouvez pas vous soustraire au devoir qui vous incombe, au titre de l’art. L511-2 du Code de l’Action Sociale et des Familles, de porter assistance aux personnes de plus de seize ans dénuées de ressources sous la forme d’un abri, de soins et prescriptions nécessaires en cas de maladie. Ce rappel vous a été personnellement notifié par la Commission centrale d'aide sociale (CCAS) dans sa décision du 17 novembre 2015. Vous n’en avez tiré aucune conséquence.

C’est pourquoi nous vous mettons au défi de coordonner vos pouvoirs et vos compétences pour aboutir au seul résultat qui mettrait fin au déshonneur : donner enfin, tout de suite, un logement décent à cette famille qui a suffisamment souffert (sept semaines à la rue !) et assurer la scolarisation des enfants.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet, Monsieur le Président du Conseil Départemental, l’expression de ma considération distinguée.

Éric Graff, Collectif Mosellan de Lutte contre la Misère

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