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Espaces Marx (EM) : Pourquoi es-tu mobilisée contre la loi Travail?

 

Je suis impliqué dans cette mobilisation d’une part en tant qu’économiste, et d’autre part en tant que citoyenne, parce que c’est une loi qui vise à précariser davantage la situation des salariés, la situation des travailleurs. La loi Travail n’a aucune efficacité économique et notamment aucune efficacité en termes d’augmentation du niveau de l’emploi et de baisse du niveau du chômage, le problème est là. Il vient du fait qu’aujourd’hui on pense les causes du chômage essentiellement comme un problème lié aux rigidités du marché du travail, aux institutions du marché du travail (comme le droit du travail, la protection des travailleurs, la législation du travail) au lieu de penser que le problème du chômage viendrait des politiques économiques néolibérales qui sont menées depuis 40 ans, notamment les politiques d’austérité. On se pose les mauvaises questions et on donne de mauvaises solutions par rapport à cette question du chômage. La loi Travail est avancée comme une fausse solution, puisqu’aucune évaluation économique, même celles de l’OCDE (qui est loin d’être un organisme réputé pour son gauchisme) ne montre un quelconque lien entre le niveau de la protection de l’emploi et le niveau du chômage. Même les institutions très libérales déclarent qu’il n’existe aucune évaluation économique allant dans ce sens. Cette loi ne va faire que précariser les conditions de travail et en aucun cas améliorer l’emploi. En cela il faut se mobiliser puisqu’aujourd’hui les seules politiques mises en place par ce gouvernement sont des politiques économiques que l’on peut qualifier comme étant de droite. Ces politiques menées considèrent en effet que le salarié est la seule variable d’ajustement; en aucun cas le capital n’est une variable d’ajustement. Il est temps de cesser ces politiques de régression sociale qui veulent nous faire revenir à la fin du XIXe siècle.

 

EM : Quelle est, selon toi, la mesure la plus dangereuse de la loi Travail ?

 

Je pense qu’il s’agit la modification de la hiérarchie des normes, c’est à dire le fait de donner la priorité aux accords d’entreprise sur la législation de l’emploi, d’autant plus que le gouvernement fait passer cela pour une avancée, comme l’idée qu’on va développer le dialogue social. Aujourd’hui les conditions nécessaires au dialogue social n’existent pas. Avec plus de 6 millions de demandeurs d’emploi, avec une courbe du chômage dont on nous dit qu’elle vient de baisser mais qui dans les faits ne s’inverse pas, les conditions en sont pas là. En effet, on a une baisse mais principalement pour les catégories A, de 2% sur ce dernier mois, mais si on regarde sur l’année on a une augmentation de 0.5% et si on regarde l’ensemble des catégories de demandeurs d’emploi il y a une augmentation, particulièrement des catégories B et C. Les frontières sont de plus en plus floues entre emploi et chômage. Cette modification de la hiérarchie des normes vise notamment à permettre aux accords d’entreprise de donner des droits inférieurs à la législation de l’emploi. Et ce alors que les conditions du dialogue sociale ne sont pas réunies, alors que le rapport de force est en défaveur des salariés. La loi travail remet en cause ce qu’est la relation salariale; la relation salariale c’est une relation de subordination entre un salarié et un employeur. En cela le Code du Travail a été créé pour prendre en compte cette relation asymétrique que le Code Civil ne prenait pas en compte; pour protéger la partie subordonnée (le salarié est subordonné à l’employeur). Ce n’est pas le salarié qui décide de faire des heures complémentaires, ce n’est pas le salarié qui prend les décisions mais l’employeur. C’est en cela que le Code du Travail et ensuite la protection sociale permettent de protéger cette partie subordonnée. La loi Travail s’appuie sur un certain nombre de poncifs, de mythes économiques, notamment l’idée que la relation de travail serait une relation entre individus égaux. C’est ce que nous dit la théorie orthodoxe (la théorie mainstream aujourd’hui) qui pense la relation salariale comme une relation entre individus égaux. Il n’y aurait pas de rapport de forces entre le salarié et l’employeur, ce serait une relation d’égalité. Or le principe de réalité nous amène à voir que la relation est une relation de subordination, une relation asymétrique. Cette mythologie de la théorie dominante pense le marché du travail comme un marché qui se régule selon un prix, le salaire, et qui confronte une offre et une demande de travail. Tout ce qui empêche l’autorégulation de ce marché sera une entrave à son bon fonctionnement et créera du chômage. Cette théorie nous dit également qu’il y aurait d’un côté des insiders qui auraient une rente de situation (les travailleurs en CDI, installés) face à des outsiders qui seraient les chômeurs et les précaires. Le marché du travail serait un marché divisé, segmenté entre insiders et outsiders, entre des salariés protégés et d’autres qui seraient exclus du marché du travail. Selon cette théorie, les insiders feraient en sorte de négocier des augmentations de salaire et d’empêcher les outsiders de rentrer sur ces emplois-là; ceci repose également sur un mythe, celui du marché du travail comme un marché divisé. Effectivement aujourd’hui le marché du travail est excessivement segmenté mais cette segmentation ne se fait pas entre salariés bénéficiant d’une rente de situation et les autres; c’est déjà un marché du travail très flexible. On a assisté à un certain de nombre de réforme, menées ces 30 dernières années, qui visent à flexibiliser davantage le marché du travail. On peut en citer quelques-unes; ces 10 dernières années on a eu une accentuation de ces réformes qui visent à assouplir les règles de licenciement. On a eu très récemment la loi Macron, la loi Rebsamen; à la fois on attaque les prud’hommes (sans diminuer les délais de jugement), l’inspection du travail. Et puis également la loi de sécurisation de l’emploi de juin 2013 qui retranscrit l’Accord National Interprofessionnel (ANI) de janvier 2013 qui vise encore une fois à assouplir les règles de licenciement en s’attaquant aux délais, au coût du licenciement, en diminuant les délais de recours en cas de licenciement économique, en diminuant les délais pour la direction pour donner son aval ou pas à un plan social économique. Et donc par ces petites réformes qui sont de plus en plus importantes, on assouplit durablement et on obtient un marché du travail de plus en plus flexible.

Prenons un exemple : aujourd’hui on nous dit que le CDI ça serait un gage de sécurité (le CDI c’est la norme d’emploi donc 87% des emplois dans le secteur privé concurrentiel sont en CDI; au niveau du stock c’est la réalité de l’emploi salarié). Dans le langage des hommes politiques, dans les médias, le CDI ça serait forcément un gage de stabilité, or ça n’est pas le cas aujourd’hui puisque le CDI peut être synonyme de temps partiel, de faible salaire et donc en cela le CDI n’est pas forcement pérenne. Prenons deux chiffres pour montrer cela. On sait aujourd’hui que plus d’un tiers des CDI sont rompus avant la fin de la première année; pour les jeunes de moins de 25 ans ce chiffre est encore plus important, près de 45% des CDI sont rompus avant la fin de la 1e année. Il existe en effet une multitude de modes de rupture de contrat de travail. Vous avez les périodes d’essai qui peuvent se renouveler. Vous avez la rupture conventionnelle, introduite en 2008, qui représente aujourd’hui 16% des fins de CDI hors période d’essai et hors départ à la retraite, c’est une part très importante qui a facilité les ruptures de contrat.

On ne peut pas dire que notre marché du travail est rigide; or ces réformes ont été nombreuses, elles n’ont pas donné de résultats en terme d’emploi et on nous dit aujourd'hui que si ça ne marche pas c’est parce qu’on n’est pas allé assez loin et qu’il faut aller encore plus loin. Il faudrait flexibiliser davantage; on nous dit que ça permettra d’une part de créer des emplois (là où aucune étude économique ne prouve que les réformes de ce type en créent), donc en termes d’efficacité économique c’est nul. De l’autre côté on nous dit que ça diminuera la segmentation, la dualité du marché du travail or aujourd’hui on regarde d’autres pays. Prenons les Etats-Unis où on a un type d’emploi qu’on appelle l’ « at-will employment ». Le marché du travail aux Etats-Unis est extrêmement segmenté, avec une segmentation ethnique, une segmentation genrée, les femmes sont davantage sur des emplois à temps partiel dans certains secteurs, les minorités ethniques sont sur certains emplois et donc on a une segmentation très importante de ces emplois.

La loi Travail vise également à modifier la durée du travail, à permettre d’augmenter la durée du travail. Aujourd’hui il y a une injonction à travailler plus, on nous dit que les français sont les derniers en Europe en matière de durée du travail et qu’il faut donc travailler plus. Pareillement, ces affirmations se basent sur des statistiques tronquées, on regarde seulement ce qu’on veut bien regarder pour montrer ce qu’on a envie de montrer. Actuellement, notre durée légale du travail, en France, est normalement de 35h; cependant il y a une différence entre la durée légale du temps de travail et la durée effective. Si on regarde la durée effective (c’est à dire le temps réellement travaillé par les salariés) et si on prend en compte l’ensemble des emplois (quel que soit leur temps de travail), on constate que la France est dans une situation intermédiaire en Europe, en termes de durée du travail. La France n’est pas du tout le pays d’Europe où l’on travaille le moins. Différentes évaluations ont été menées, par l’OFCE, par des économistes à la  DARES,  montrent  que la France a un niveau  très proche du Royaume Uni ou de l’Allemagne en termes de durée effective. Il faut prendre en compte l’ensemble des temps de travail (l’ensemble des emplois, des personnes en emploi) parce que, dans un certain nombre de pays, les gouvernements ont fait le choix de développer les emplois à temps partiel. C’est le cas de l’Allemagne et du Royaume-Uni; dans ces pays vous avez quasiment 30% d’emplois à temps partiel, en France c’est 19%. Bien sur les femmes sont les premières victimes de ces emplois à temps partiel. En France, parmi l’emploi des femmes, on a un peu moins d’un tiers de temps partiels alors qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni, c’est presque 50%; c’est à dire que parmi les femmes en emploi, une sur deux est à temps partiel. Les femmes vont être les premières victimes des politiques qui sont menées. L’idée sous-jacente c’est qu’il faut augmenter la durée du travail parce qu’on ne travaille pas assez; or la tendance depuis plus d’un siècle c’est la baisse de la durée du travail. Cette baisse peut se faire de différentes manières: ça peut être un partage collectif du temps de travail ou ça peut être une réduction individuelle du temps de travail. Cette réduction individuelle c’est le développement des emplois à temps réduit. Le temps réduit ce sont les emplois temporaires, les CDD, l’intérim, les vacataires et puis ce sont également les emplois à temps partiel. Dans certains pays, on a privilégié le fait de créer des emplois à temps très partiels et qui vont toucher toujours les mêmes personnes : les femmes les minorités ethniques … en leur offrant un emploi qui ne leur permet pas de vivre. Or le problème c’est de permettre aux individus d’avoir un emploi, à la fois à temps complet et puis un emploi qui leur permet de vivre, un emploi pérenne et de qualité. Aujourd’hui on nous dit « qu’est-ce que vous proposez aux personnes entre le chômage et l’emploi précaire ? » Mais on n’a pas à choisir entre la peste et le choléra. Malgré notre faible croissance en France, on est plus riche qu’il y a dix, vingt, trente ans; on a un PIB d’environ 2140 milliards d’euros. Eh bien, partageons cette richesse, partageons le travail !

 

EM : Aujourd’hui, selon toi, quelles seraient les revendications principales que le mouvement social devrait porter pour revendiquer un travail émancipé ?

 

Le partage du travail est une nécessité aujourd’hui, il faut le partager collectivement. C’est-à-dire qu’il faut poursuivre cette réduction collective du temps de travail, au détriment de la réduction individuelle du temps de travail dont les femmes sont les premières victimes. C’est un choix de société, aujourd’hui on montre que cette réduction du temps de travail a eu des effets sur l’emploi, contrairement à ce que l’on nous laisse entendre. Aujourd’hui on remet en cause les 35 heures ; alors bien sur les 35 heures ont été mises en place avec une annualisation du temps de travail, cette loi Travail accentue cette annualisation du temps de travail. Elle a entrainé une intensification du travail et donc entrainé une dégradation des conditions de travail d’un certain nombre de salariés. Si le passage aux 35 heures avait été accompagné d’une annualisation du temps de travail ; la Loi Travail va plus loin dans l’annualisation du temps de travail. En effet il y a cette volonté de demander aux salariés de travailler plus : d’une part la Loi prévoit la diminution du taux de majoration des heures supplémentaires (à 10%) et d’autre part elle vise à prendre comme période de référence de cette durée hebdomadaire à défaut 16 semaines au lieu de 12 semaines, et en cas d’accord d’entreprise, la période de référence peut aller jusqu’à 3 ans. Ce qui veut dire, qu’en cas de signature d’accord d’entreprise, on peut calculer le temps de travail sur 3 ans, pour définir la durée hebdomadaire moyenne. Et lorsqu’on a la durée hebdomadaire, ce n’est qu’au terme de ces 3 ans que l’on saura si le-la salarié-e aura fait des heures supplémentaires ou non. On voit bien que la loi Travail facilite l’augmentation du temps de travail et on voit bien les risques que cela fait peser sur les salariés (le fait d’accepter ou pas ces heures supplémentaires, le fait d’être rémunéré ou pas et d’avoir des heures supplémentaires majorées ou non). Il faut bien rappeler cela pour faire le parallèle avec la loi Macron et la polémique sur le travail le dimanche qui avait été créé. On oublie que le Code du Travail a été créé, non seulement non seulement pour protéger la partie subordonné de la relation salariale mais il a été créé également pour permettre de mieux réguler la concurrence. Le Code du Travail est un outil de régulation de la concurrence entre grandes et petites entreprises, entre différentes entreprises dans un même secteur d’activité ; l’objectif étant d’éviter un nivellement par le bas. Or quand on regarde le travail le dimanche, on voit bien que la législation du travail, dans la plupart des cas, n’impose pas de compensation au travail le dimanche. Selon les secteurs d’activité on a des secteurs où il n’y a aucune majoration ou aucune compensation au travail le dimanche et c’est le cas dans un certains nombres de secteurs qui pâtissent déjà de conditions de travail extrêmement difficiles. C’est le cas de l’hôtellerie restauration, c’est le cas du salarié qui travaille dans une librairie, dans un restaurant, or ce sont des secteurs très féminisés, tout particulièrement touchés

On en revient toujours aux mêmes personnes et aux mêmes victimes de ces politiques. En cela, ça conduit à un nivellement des conditions de travail par le bas, or aujourd’hui on a un exemple qui est souvent cité : Wall Mart. Aux Etats-Unis, quand Wall Mart s’installe dans une ville, la firme met en place des conditions de travail extrêmement basse et un niveau de rémunération très bas, par conséquent toutes les autres entreprises du même secteur, dans la même ville, sont obligés de niveler par le bas. On a donc un nivellement des conditions de travail qui s’accompagne du développement d’un low cost où on va proposer des prix bas sur des produits de mauvaise qualité ; on a un cercle vicieux qui s’instaure où l’idée c’est de tout niveler par le bas. On entend souvent parler de l’enjeu de la compétitivité pour la France : si la France doit gagner ce n’est pas en compétitivité prix, c’est en compétitivité hors prix. C’est par l’innovation, par la qualité, par la formation des salariés que la France peut gagner. En effet les indicateurs montrent bien, contrairement aux idées reçues, que la France se situe dans les pays les plus attractifs pour les entreprises étrangères, en termes d’IDE (investissement Direct à l’Etranger) entrants. La France est un des pays où on crée le plus d’entreprises, contrairement à l’idée très répandue, or ces entreprises, contrairement à l’idée qu’on entend partout dans les médias où les entreprises françaises seraient sclérosées par ces cotisations sociales que certains appellent charges, à rebours du terme exact. Loin de là, les entreprises françaises bénéficient de service public, bénéficient d’une des meilleures productivités au monde et cela est permis par la formation des salariés, formation par notre système éducatif, notre système d’enseignement supérieur dans lequel il faudrait investir davantage. Nos entreprises bénéficient de services publics, d’hôpitaux qui soignent leurs salariés, et d’une assurance maladie qui rend possible ces soins, de transports publics. Nous devons nous appuyer sur l’innovation, l’investissement et donc l’investissement public.

Cependant si on revient sur cette période, de 1996 à 2001, c’est la dernière période où on a créé massivement des emplois, durant cette période, il y a eu 2 millions d’emplois crées, de création net d’emplois. Les évaluations qui ont été menées sur les effets des 35 heures montrent que cela a créé entre 400 et 500 000 emplois. S’il y a un résultat qui existe aujourd’hui et qui a montré des effets positifs sur la courbe du chômage, c’est bien la réduction du temps de travail. Pour continuer dans ces exemples là, dans la même période, au milieu des années 1990, on a eu une forte augmentation du taux de chômage liée à la crise du Système Monétaire Européen. Suite à cela notre taux de chômage dépassait les 10% ; en 2001 notre taux de chômage est passé sous la barre des 8% ; pour les jeunes

Souvent on parle du taux de chômage des jeunes on dit, voilà ce sont les jeunes qui pâtissent le plus des difficultés du marché du travail, du chômage. Les jeunes ont connu durant la même période une baisse de 7 points de leur taux de chômage. Donc en cela la réduction du temps de travail a permis d’améliorer la situation de tous et particulièrement celle des jeunes, qui sur-réagissent aux évolutions de l’activité économique et ce sont donc les premiers à pâtir en effet des dégradations de l’activité économique mais ils profitent également des améliorations.

 

EM : Quelles perspectives sont ouvertes par la mobilisation des jeunes et des salariés contre la loi Travail ?

 

C’est difficile aujourd’hui parce qu’on fait face à un gouvernement qui a été élu sous une étiquette socialiste et qui aujourd’hui mène  une politique profondément néo-libérale et qui mène quelque fois une politique de régression sociale pire que les gouvernements précédents qui peuvent être qualifié de droite. La difficulté du mouvement social  premièrement c’est de pouvoir mettre en place une forme de convergence des luttes, parce que les revendications elles sont nombreuses, au-delà de cette loi travail. Les salariés et les chômeurs pâtissent des différentes réformes qui ont été menées et donc on a une situation difficile qui fait qu’on a déjà subi un mouvement social important face aux retraites en 2010. Les salariés se sont déjà mobilisés, on oublie souvent que quand on fait grève on perd des journées de salaire et donc ça a un coût important pour les salariés lorsque l’on fait grève. Aujourd’hui il faudrait un vaste mouvement mais c’est extrêmement difficile. Lorsqu’on entend Hollande dire « nous ne céderons  pas », alors qu’il a cédé face au monde de la finance, qu’il n’arrête pas de céder face au patronat, on se demande comment il est arrivé au pouvoir. On se demande que faire face à ce type de gouvernement et de président de République qui nous répète exactement ce que nous disait Nicolas Sarkozy ou ce que nous disait Juppé en 1995 (« Nous ne céderons pas face à la rue »). Les mêmes politiques sont menées depuis 40 ans,

 

EM : Depuis la loi Seguin de 1987, on observe une évolution néo-libérale continue de la législation sur le travail et, par conséquent, des conditions de travail, comment s’inscrit la loi Travail dans cette dynamique ? S’agit-il d’une rupture ou cette loi s’inscrit-elle dans la continuité de ce processus ?

 

La loi Travail s’inscrit pleinement dans la continuité des politiques néolibérales, une continuité qui s’accentue et qui s’aggrave. Je remonterai même à avant la loi Seguin : depuis le tournant de la rigueur de 1983, on a remis en cause le fait que le chômage était un problème conjoncturel et que le risque chômage devait être un risque socialisé. Et donc à partir du moment où on a décidé que les politiques macro-économiques n’avaient plus d’effets sur le niveau du chômage, on a tenté de nouvelles politiques qui s’inscrivent pleinement dans cette théorie dominante qu’on nous impose, défendue par Monsieur Tirolle et d’autres économistes en vogue. On nous dit désormais que le chômage ça serait un risque individuel d’une part, c’est-à-dire que les chômeurs seraient responsables de leur propre situation donc il faudrait les inciter au retour à l’emploi, les activer pour certains et puis d’autre part l’idée que le chômage serait lié à un problème de coût du travail. On a développé et mis en place divers dispositifs spécifiques et généraux sur les bas salaires, destinés aux jeunes, destinés à certaines populations spécifiques qui se sont développés depuis le milieu des années 1970, de façon très importante. Ce qui s’est accentué avec le développement des dispositifs généraux sur les bas salaires à partir des années 1990. L’idée qui s’est développée à partir en effet des lois Seguin et de la suppression de l’autorisation administrative de licenciement, c’est que le chômage serait un problème lié aux rigidités exogènes du marché du travail, c’est-à-dire  à tout ce qu’on a créé pour protéger cette partie subordonnée de la relation de travail, à savoir le salarié. S’est développée un peu partout l’idée que le salaire minimum serait une entrave et donc  les gouvernements successifs ont essayé de réduire le coût du travail.

Le second problème selon la théorie dominante serait le droit du travail, la protection des licenciements. On nous fait croire que si les entreprises n’embauchent pas, c’est parce qu’elles ont peur d’embaucher. Alors que celui qui a peur aujourd’hui c’est le salarié qui ne sait pas s’il sera encore en emploi demain et après-demain, s’il va pouvoir payer son loyer, s’il va pouvoir finir ses fins de mois. On nous fait croire tout cela pour ne pas remettre les politiques de rigueur qui sont menées et nous faire croire que ces politiques n’ont pas d’impact sur le chômage. A partir du moment où on mène une politique de rigueur, on amène à une contraction de la demande, et si on amène à une contraction de la demande, on diminue le carnet de commande des entreprises ; or les entreprises, ce dont elles ont besoin pour embaucher c’est d’avoir des carnets de commande remplies. On se trompe de problème en nous faisant croire que c’est un problème de rigidité, de protection de l’emploi au lieu de penser que le problème est lié davantage à un problème de demande, d’investissement. Si la France s’en est mieux sortie que d’autres pays suite à la crise économique de 2008, tout cela est bien relatif puisque grâce à notre système de protection sociale, notre consommation s’est maintenue ; notre système d’assurance chômage (qu’on accuse aujourd’hui de tous les maux) a permis de maintenir un certain niveau de revenus et de consommation notamment sur les risques chômage, sur les risques pauvreté. Notre système de protection sociale fonctionne, il permet de maintenir notre niveau de consommation 

 

EM : Un  des principaux arguments mobilisés pour défendre la loi El Khomri c’est l’idée de la démocratie dans l’entreprise; cette loi prévoit notamment un référendum d’entreprise, donc une prise de décision au niveau le plus délocalisée. Que penser de ce dispositif et quelle place doit avoir la démocratie dans l’entreprise ?

 

On nous fait passer pour modernes des lois régressives, des lois dignes de la fin du XIXe siècle. On peut avoir des lois modernes, on a des politiques alternatives ; des politiques qui visent à promouvoir la socialisation des moyens de production, à modifier la gouvernance des entreprises. Or aujourd’hui on n’est pas dans cette modernité, on ne favorise pas le dialogue social en remettant en cause les organisations représentatives comme le fait ce référendum d’entreprise, en mettant un pistolet sur la tempe des salariés pour leur dire qu’il faudra accepter des reculs sociaux. C’est ce fameux accord dit de maintien de l’emploi qui est nouvellement appelé accord de préservation et de développement de l’emploi où on demande au salarié d’accepter, via un accord d’entreprise ou via un référendum (si l’accord d’entreprise n’aboutit pas) une baisse de leur rémunération et une augmentation de la durée du travail, en cas de difficultés conjoncturelles. Si un salarié refuse cet accord, il ne sera plus licencié pour motif économique, il sera licencié sous motif personnel et ce motif sera déclaré comme une cause réelle et sérieuse. C’est problématique parce que le salarié ne pourra pas réclamer d’indemnité de licenciement puisque la cause est considérée comme réelle et sérieuse. C’est une régression très importante en termes de droits des salariés et de protection contre les licenciements. Comment voulez-vous qu’un salarié prenne une décision librement consentie lorsque vous avez plus de 6 millions de demandeurs d’emploi, lorsque ce qu’on lui propose c’est soit une baisse de rémunération, une augmentation de sa durée du travail ou peut-être du chômage de longue durée. Il ne faut pas oublier qu’en France, l’allocation moyenne d’assurance chômage se situe autour de 1000 euros par mois. On est loin de ces hordes de chômeurs qui bénéficient d’allocations importantes et qui pourraient vivre aisément, la réalité est loin de ce fantasme-là. La situation est loin d’être adéquate pour mettre en place ce type de référendum d’entreprise, par ailleurs ce type de référendum existe essentiellement pour mettre en place des réformes régressives : on ne propose pas d’améliorer la rémunération ou les conditions de travail ou la qualité de l’emploi. Les salariés aujourd’hui n’ont pas de place dans les conseils d’administration des entreprises pour prendre les décisions qui sont importantes.

Le référendum d’entreprise remet en cause la légitimité des organisations représentatives. On nous dit qu’il faut favoriser le dialogue social, qu’il faut donner davantage de poids aux organisations syndicales or la loi Travail va dans le sens inverse. On sait bien que le rapport de forces n’est pas en faveur des salariés. Demander aux salariés de choisir entre une diminution de la rémunération ou le chômage, on comprend bien que le salarié n’aura pas d’autre choix que d’accepter ce type d’accord qui vise à augmenter sa durée de travail, ou autre. Pour en plus, dans le cadre d’accords, si le salarié refuse l’accord, in fine, il pourra être licencié sans demander d’indemnités puisque ça sera une nouvelle fois pour un motif qui sera déclaré comme une cause réelle et sérieuse.

Par ailleurs, l’appréciation des difficultés conjoncturelles qui ont été énoncées dans cette loi Travail va beaucoup plus loin que la loi de sécurisation de l’emploi de juin 2013 pour mettre en place ce type d’accord : il suffira d’une baisse de commandes, d’une dégradation de la trésorerie sur quelques trimestres consécutifs pour pouvoir mettre en place et proposer ce type d’accord aux salariés. Sachant que l’appréciation de ces difficultés économiques se fera en ce qui concerne le secteur d’activité économique sur le territoire national. Or on voit bien partout les phénomènes d’optimisation réalisés par les Firmes Multinationales, on comprend bien les dérives que ce type d’accord pourrait générer.

Si l’on veut promouvoir la démocratie dans l’entreprise, il faut promouvoir la socialisation des moyens de production. Il faut donner la possibilité aux salariés de France de pouvoir socialiser leurs moyens de production et leur donner les moyens de le faire. Et dans une vision un peu plus court-termiste, on pourrait également permettre aux salariés de siéger dans les conseils d’administration (ce qui existe dans d’autres pays) et d’avoir leur mot à dire sur les décisions prises. Or aujourd’hui on est loin de cette situation, qui vise essentiellement à privilégier le capital au détriment des salariés

 

 

EM : Les défenseurs de la loi Travail prétendent que ce projet de loi fera reculer le chômage, lequel n’a cessé d’augmenter en France depuis les années 70 et particulièrement depuis la crise de 2008. Comment remédier à ce chômage structurel ?

 

Le chômage actuel est principalement conjoncturel ; qui peut penser aujourd’hui que ce sont les rigidités du marché du travail qui ont entrainé une augmentation de plus de 3 points du taux de chômage pour le porter à plus de 10% suite à la crise de 2008 ? Qui peut penser cela ? Aucune évaluation empirique ne montre un lien entre les réformes qui visent à flexibiliser davantage le marché du travail et le niveau du chômage. On voit que les pays du Sud, que ça soit l’Italie ou l’Espagne, qui ont accentués la flexibilité du marché du travail suite à la crise de 2008 ont subi une augmentation bien plus importante de leur taux de chômage et du chômage des jeunes en particulier, que d’autres pays. On voit bien que ça va notamment accentuer le taux de rotation de la main d’œuvre, fragiliser l’emploi des salariés en les rendant plus instable. En cela c’est un risque extrêmement important. D’une part cette flexibilisation n’est pas efficace économiquement, ça ne créera pas d’emplois et ça ne fera qu’accentuer la précarité des salariés. On se demande pourquoi ces politiques sont mises en place ? Aujourd’hui on nous dit que si elles en marchent pas c’est parce qu’on n’a pas été assez loin et qu’il faut aller toujours plus loin, dans l’accentuation de la flexibilité du marché du travail en pensant que c’est ainsi qu’on va résoudre le problème du chômage. Et puis d’autant plus, ces politiques elles permettent d’affirmer un volontarisme face au chômage sans dépense publique donc d’une certaine manière c’est dire qu’on agit contre le chômage mais on n’accroit pas les dépenses publiques, c’est un volontarisme de façade face au chômage.

On sait bien qu’aujourd’hui le problème c’est un problème d’investissement, c’est un problème de répartition des richesses, de répartition du travail, de politique visant à favoriser la demande. Aujourd’hui on en est loin alors qu’on a un certain nombre de besoins, en termes de transition écologique, en termes sociaux, de santé, de transition sociale qui sont extrêmement importants mais qui ne sont pas satisfaits. On nous dit souvent que les fonctionnaires coûtent trop cher, que la protection sociale coûte trop cher, on a ces poncifs développés par un certain nombre de médias, d’éditorialistes et d’hommes politiques. Prenons le cas des dépenses de santé : la France occupe la première place dans les classements de l’OMS en termes de système de santé : tout n’est pas rose, on a eu une dégradation de notre système de santé via un certain nombre de réformes qui ont- été menées. Néanmoins si on compare avec les dépenses de santé aux Etats-Unis, on voit bien que la France dépense beaucoup moins en pourcentage de son PIB (un peu moins de 13% du PIB) pour les dépenses de santé alors qu’on atteint presque 18% aux Etats-Unis. On voit bien qu’en France les dépenses de santé sont principalement publiques, aux Etats-Unis elles sont principalement privées. Développer des services publics c’est moins cher, et c’est plus égalitaire, ça va bénéficier davantage aux classes populaires, aux classes moyennes, à ceux qui ont le moins de revenus. C’est pour cela qu’il faut maintenir et développer un système éducatif, un système d’Enseignement Supérieur qui bénéficie à tous.

D’autre part il faut s’attaquer aux besoins insatisfaits : il faut développer une offre publique de santé d’éducation mais on peut aussi parler de la petite enfance : le nombre de modes de garde d’enfants est très insuffisant alors qu’on nous parle de favoriser l’activité des femmes et l’emploi des femmes. Faisons en sorte de permettre aux femmes de travailler. Même si le nombre de modes gardes collectifs est bien supérieur à celui d’autres pays européens, il reste insuffisant. Or on décide également de développer les modes de garde individuel là où est les modes de garde collectifs sont bien plus égalitaristes ; les modes de garde individuels permettent de bénéficier de crédit d’impôt et ainsi favorisent les familles les plus aisées. Il faudrait au contraire développer un service public de la petite enfance, bien plus important, pour, permettre à tout le monde de pouvoir mettre ses enfants en bas âge dans des crèches collectives. Un autre besoin social insatisfait c’est la dépendance, tout ce qui est lié aux seniors, au handicap ; on a un certain nombre de besoins insatisfaits qui permettraient de créer des emplois publics. Enfin, on a un besoin en termes de transition énergétique ; le Président de la République a déclaré qu’il est favorable au développement du nucléaire ce qui est un réel problème. Suite à Fukushima, on peut se demander comment notre gouvernement, comment notre Président de la République peut maintenir ce genre de politiques et de discours. On a besoin de développer les énergies renouvelables, d’investir dans la rénovation thermique de nos bâtiments, de construire également des logements, logements dont le nombre est aujourd’hui insuffisants. Mais des logements qui répondent à la crise écologique mais aussi à la problématique du mal logement en France ; le logement est le premier poste de dépense pour la plupart des foyers, et qui crée des inégalités extrêmement importantes. Or on a besoin de logements sociaux,  de logements collectifs. On a des investissements à faire, des services publics à développer, des politiques à engager pour créer des emplois ; les politiques alternatives elles existent, elles ne sont juste pas menées. On persiste dans les politiques qui ont été menées depuis 30 à 40 ans.

A partir du milieu des années 1970, on a commencé à avoir un taux de chômage élevé, à l’époque on nous déclarait qu’il s’agissait d’un chômage transitoire. Depuis on voit bien que le chômage n’est pas un phénomène transitoire. Ce qui pose question : comment partager ce travail ? Comme notre croissance est atone, extrêmement faible, on ne peut pas espérer retrouver les taux de croissance qu’on a eu durant les Trente Glorieuses. L’enjeu actuel c’est le partage de la richesse, une richesse qui est importante, la France est un des pays les plus riches au monde. Notre croissance bien que faible, existe et donc on est plus riches aujourd’hui qu’il y a un an. Tant qu’on ne se posera pas ces questions de partage du travail et donc de diminution collective du temps de travail et de partage des richesses crées, on n’arrivera pas à résoudre de façons pérennes ce problème du chômage.

 

 

EM : Quelles propositions feriez-vous pour encourager un travail émancipé au XXIème siècle ?

 

Le premier stade c’est d’aller véritablement sur une réduction effective du temps de travail à 35h et ensuite d’aller à 32h, d’avoir une semaine de 4 jours, on pourrait tout à fait diminuer encore le temps de travail. C’est la tendance de tous les pays développés de diminuer leur temps de travail ; la question c’est comment est-ce qu’on le fait. Est-ce qu’on le fait peser sur certaines parties de la population qui ne vont pas pouvoir vivre de leur travail ou est ce qu’on fait en sorte de mieux partager le travail tous ensemble. Ça veut dire travailler moins mais travailler mieux tous ensemble, améliorer la qualité du travail. Et cette amélioration de la qualité elle passe en effet par une réduction collective du temps de travail. Elle est possible, c’est ce qui s’est passé depuis un siècle en France ; depuis un siècle on diminue le temps de travail en diminuant la durée légale, la durée journalière, la durée hebdomadaire, en rajoutant des semaines de congés payés, on diminue collectivement le temps de travail ainsi, en partageant le travail. Ce processus se réalise au détriment des temps partiels : on sait bien que durant la période de la mise ne place des lois Aubry 1 et 2, auparavant on a assisté à une croissance des temps partiels en France. Cette croissance a été arrêtée par la mise en place des 35 heures, en tout cas par la mise en place de la durée légale hebdomadaire de travail à 35 heures par les lois Aubry 1 et 2. Donc on a un phénomène qui a permis de stopper cette avancée notamment des emplois à temps partiel, emplois à temps partiel qui ont pris une place de plus en plus importante que ça soit aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Allemagne, et qui ont conduit, notamment  lorsqu’on regarde ce qui se passe en Allemagne. Pour reprendre l’exemple allemand qui est souvent cité en exemple : on a  vu en effet la remise en cause du système de protection sociale par les lois Hartz si on regarde, en parallèle on a vu le nombre d’emplois à temps partiel exploser et le taux de pauvreté est passé en Allemagne de 12% en 2004 à près de 17% aujourd’hui. On a une augmentation du taux de pauvreté de 5 points donc la question qu’on doit se poser c’est est ce que l’idée c’est de donner un travail à tous, même si c’est un travail extrêmement précaire avec une durée du travail extrêmement faible qui ne permet pas de subvenir à ses besoins ce qui fait qu’on est obligé d’avoir une allocation soit d’assurance chômage soit une prime d’activité donc une allocation à côté pour pouvoir vivre (et encore), ou est ce qu’on fait en sorte de fournir à tous un travail qui permette de vivre décemment et de subvenir à leurs besoins. De plus, la mise en place du passage des 39 heures eux 35 heures, en terme de durée légale du temps de travail, a permis d’augmenter la productivité des travailleurs en France et donc de créer davantage de richesses !

Ce qu’on peut espérer pour le futur, à moyen terme, c’est de véritablement développer des emplois qui permettent de s’émanciper. Or vu le développement des emplois de service à la personne, d’emplois très précaires, on peut penser qu’on ne va pas vers cette voie alors qu’il faut permettre aux individus de pouvoir se former, et ce tout au long de la vie, de pouvoir accéder à un système éducatif, à un système d’enseignement supérieur, leur permettre de progresser. Aujourd’hui, on sait que les salariés qui commencent au bas de l’échelle salariale, dans des emplois peu qualifiés, faiblement rémunérés, proches du Smic, c’est une tendance de long terme pour eux, c’est-à-dire qu’ils n’ont quasiment aucune perspective de carrières, de progressions salariales, de promotion à des postes plus élevés ; il y a une concentration d’individus à ces postes là, sur le long terme. Il faut laisser chacun choisir un emploi qui lui permette de vivre donc de fournir à tous une rémunération adéquate pour subvenir à leurs besoins, et surtout, à côté de cette rémunération, d’accéder à des services publics. A partir du moment où on fera en sorte que les personnes puissent accéder à un logement, dont le loyer ne représente pas 40 à 50% de leur rémunération. Où on fera en sorte que les gens puissent se soigner gratuitement, que leurs enfants puissent accéder à l’enseignement supérieur sans avoir des coûts de scolarité extrêmement élevés. A partir de ce moment on pourra considérer qu’on permet au citoyen d’avoir un emploi qui lui permet de vivre et de répondre à des besoins sociaux et écologiques.

 

Au-delà de ça, il faut bien sur favoriser le développement de la socialisation des moyens de production. On est en France dans une économie mixte : on a la moitié de notre richesse qui est socialisée. Cette richesse socialisée permet de diminuer les inégalités et jusqu’aux années 1990 on avait eu une diminution des inégalités. Depuis, ce n’est plus le cas : les inégalités salariales, de patrimoine augmentent. Pour diminuer les inégalités en France, il faut faire en sorte d’aller vers un autre modèle social et vers un autre modèle économique à terme, qui permette de modifier le rapport salarial, les rapports de domination. On est loin d’arriver à cette perspective et à ce projet politique d’une alternative ; il faut s’en donner les moyens ! 

 

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