Lettre ouverte d'une soignante

Dans dix jours, les soignant.e.s qui n'auront pas reçu une première dose de vaccin seront suspendu.e.s. De l'autre côté des dates butoirs, de l'autre côté des injonctions et des interdictions, il y a des personnes, des destins mis à l'arrêt, des vocations foulées au pied au nom d'une loi inique. Je relaie ici la lettre ouverte d'une amie soignante de Haute-Savoie, qui a souhaité rester anonyme.

Dans dix jours, les soignant.e.s qui n'auront pas reçu une première dose de vaccin covid-19 n’auront de fait plus le droit d’exercer.

De l'autre côté des dates butoirs, de l'autre côté des injonctions et des interdictions, il y a des femmes et des hommes, des destins mis à l'arrêt, des vocations foulées au pied au nom d'une loi inique.

Je relaie ici la lettre ouverte d'une amie soignante de Haute-Savoie, qui a souhaité rester anonyme.

En totale solidarité avec elle, comme avec toutes les soignantes et tous les soignants, ainsi que toutes les personnes réputées exercer au contact du public, dont la vie est sur le point de basculer ce 15 septembre 2021.

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Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres, les Sénateurs (trices), les Député(e)s et les Maires,

C’est aujourd’hui la corde au cou que je m’adresse à vous. J’utilise volontairement la première personne afin de ne pas m’exprimer à la place d’autrui. Sachez cependant que nombre de mes collègues et des citoyens sont en accord avec mes mots/maux. Afin que vous apportiez du crédit à ma lettre, sachez que je ne suis ni complotiste, ni anti-vaccin et que ma démarche est apolitique. Je suis pour la liberté. Je conserve l’anonymat afin ne de pas être ostracisée davantage. Et pour que les soignants qui se reconnaissent dans ce texte puissent le partager. En quête de sens, je m’interroge.

Depuis un an, j’exerce avec conviction et plaisir le métier d’infirmière en EHPAD. Dans cette crise sanitaire, je me suis investie pleinement et avec cœur auprès des personnes âgées. Il m’a été demandé d’être disponible, de ne pas compter mes heures et de m’adapter. Lorsque j’accompagne la vie jusqu’à la mort de résidents qui se voient refuser l’accès aux services hospitaliers par manque de lits, je fais face. Lorsque certaines prises en soin s’avèrent défaillantes, parce que vos manques de moyens poussent les soignants au manque de soin, pire, à l’erreur, je fais face. Aujourd’hui qu’en est-il de l’ouverture de lits à l’hôpital ? Et de la mise à disposition de moyens humains et financiers décents pour les établissements de santé ?

Depuis quelques jours j’apprends qu’à moins de 35 ans, en bonne santé et non à risque, je vais prochainement faire l’objet d’une obligation vaccinale contre la Covid-19. Sous peine de me voir retirer le droit de travailler et d’être rémunérée. Saluée pour mon travail en 2020, me voilà désormais en juillet 2021, sur un siège éjectable, faisant l’objet de pression et de discrimination. Hier applaudie, demain rejetée, pourquoi ?

Je n’ai pas été contaminée par la Covid-19. Mais des collègues contaminés, asymptomatiques ou peu symptomatiques, se sont vu rappelés sur leur lieu de travail par manque de personnel. Expliquez-moi, Mesdames et Messieurs les bien-pensant(e)s, pourquoi en 2020 mes collègues étaient remerciés pour cela et qu’aujourd’hui ils sont qualifiés d’irresponsables s’ils ne sont pas vaccinés ?

Cette contrainte m’est imposée parce que votre gouvernement estime que je ne suis pas en état d’exprimer ma volonté, pourquoi ? Est-ce par manque de discernement de ma part ? Ou peut-être parce que, sans le savoir, mon état de santé ne me le permet pas ? C’est donc naturellement que je m’interroge sur ma capacité à prendre en soin les 42 résidents dont j’ai la charge quotidiennement. Alors que votre gouvernement m’explique que je ne suis pas en capacité de le faire pour ma propre santé, peut-on considérer comme fiable mon aptitude à raisonner face à une situation clinique ? Suis-en capacité de prendre les bonnes décisions pour les résidents dont j’ai la responsabilité ?

« Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut-être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne. » (Loi Kouchner du 4 mars 2002, article 11). Pourquoi me retirez-vous le droit de consentir à cette vaccination? Où est la place de l’éthique dans une politique de la peur ?

Depuis plus d’un an, votre gouvernement s’est publiquement contredit à de nombreuses reprises. Par empathie, j’ai excusé cela du fait de cette crise exceptionnelle. Pensant que la situation vous contraignait à ajuster au jour le jour vos annonces et mesures. Aujourd’hui, je ne tolère pas que vous vous octroyiez le droit de prendre une décision aux conséquences potentiellement irréversibles pour ma santé. Que vous vous octroyiez le droit de disposer de mon corps. Que vous vous octroyiez le droit de me retirer mes droits.

Si, comme vous l’avez déjà fait, vous vous contredisiez à nouveau sur le bénéfice de ce vaccin, comment me «dévaccinerez-vous» ? Car il s’agit en fait d’une technologie relativement nouvelle en phase 3 d’expérimentation qui a obtenu une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) conditionnelle. Vous me contraignez aujourd’hui à prendre un traitement qui n’a pas fait toutes ses preuves. Personne n’a, à ce jour, la certitude et le recul nécessaire de l’innocuité et de l’efficacité de ce vaccin expérimental. Et si le remède était pire que le mal ? Quel est le sens de cette course à la vaccination ?

En cas d’effet(s) secondaire(s) ou de décès lié à ce vaccin contre la Covid-19, ni les laboratoires ni l’État ne verront leur responsabilité engagée. Pourquoi ? Et alors, qui sera responsable ? Comment prendrais-je soin des résidents auprès desquels je travaille si je n’ai plus la santé pour le faire ?

Votre gouvernement m’explique que je dois faire cela dans une démarche altruiste, pour le bien de la collectivité. De ce fait, pourquoi les laboratoires ne montrent-ils pas l’exemple avec votre soutien ? En permettant la mise à disposition gratuite de leurs brevets, le transfert de leurs savoirs scientifiques et techniques, et en donnant la capacité de production de leur vaccin à l’ensemble des pays du Monde. Car, dans cette pandémie mondiale, la vaccination pour être efficace ne doit-elle pas être homogène sur l’ensemble du globe ?

Citoyenne française non vaccinée, je me vois privée du droit de travailler, de la liberté d’aller et venir ou encore du droit au respect de ma vie privée. C’est avec une grande violence que je perçois vos décisions. La France, pays de la liberté et des Droits de l’Homme, qui souffre déjà d’une fracture sociale est aujourd’hui en train de se scinder. Le socle des valeurs de notre société est mis à rude épreuve. Votre gouvernement, de part ses choix politiques arbitraires et liberticides, opère une ségrégation de la population.

Il règne aujourd’hui en France un climat d’incertitude et d’insécurité, terreau fertile de toutes formes de violences. Je crains que les failles que vous créez aujourd’hui soient, demain, la porte d’entrée de toutes sortes d’extrémistes. Souhaitez-vous réellement aux citoyens une société de chaos, de pass sanitaire et de passe-droit ? Quel avenir souhaitez-vous à votre peuple, Mesdames et Messieurs les bien-pensant(e)s ?

C’est avec inquiétude et aussi espoir que je me tourne vers vous aujourd’hui. En vous demandant d’axer votre travail sur ce pourquoi vous avez été élu(e)s : le bien-être des terriens et de la planète Terre. En faveur d’un monde où il ferait bon vivre ensemble, où le respect et la bienveillance seraient les maîtres mots. Un monde dans lequel nous pourrions tous être heureux.

Sachez qu’in fine, ceux qui payeront le plus lourd tribut à vos choix politiques, ce sont les résidents de mon EHPAD eux-mêmes. Et plus généralement, les patients français. Car le fonctionnement de notre système de santé est malmené. La qualité des soins et les conditions de travail des soignants sont sans cesse détériorées. Je pense également à mes collègues qui devront faire face à la surcharge de travail liée à mon absence du fait de la mise à pied dont votre gouvernement me menace. Et enfin, au peuple français qui se déchire et aux enfants à qui vous voulez aussi imposer de participer à cette expérimentation.

Mesdames et Messieurs les bien-pensant(e)s, lorsque viendra le temps où vous me déposséderez de mon droit d’exercer le métier d’infirmière, je vous rendrai ma blouse. Ma liberté de penser ne pourra heureusement pas m’être retirée.

En espérant que vous prendrez en considération mes interrogations et mon cri d’alarme concernant l’avenir des soignants, des Français et de notre pays. Veuillez trouver ci-joint quelques textes de loi qui pourront, je l’espère, vous ramener à la raison. Puisse la lumière éclairer votre chemin et votre cœur vous guider. 

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres, les Sénateurs(trices), les Député(e)s et les Maires, mes respectueuses salutations.

                                                                                                                               Une soignante.

  • Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : « Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune
  • Art. 2. « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression .»
  •  Code de la Santé publique - Article R4127-36 : « Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas. Lorsque le malade, en état d’exprimer sa volonté refuse les investigations ou le traitement proposés, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquences. »
  • Article 312-1 du code pénal : « L'extorsion est le fait d'obtenir par violence, menace de violences ou contrainte soit une signature, un engagement ou une renonciation, soit la révélation d'un secret, soit la remise de fonds, de valeurs ou d'un bien quelconque. »
  • Article 225-1 du code pénal : « constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. »
  • Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme : adoptée le 19 octobre 2005 à l’unanimité des États membres de l’UNESCO, « article 3 - Dignité humaine et droit de l’homme, 2. Les intérêts et le bien-être de l’individu devraient l’emporter sur le seul intérêt de la science ou de la société. »
  • Article 16 du Code civil : « la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie. »
  • Code de Nuremberg, concernant les expériences médicales acceptables (jugement du procès des médecins de Nuremberg – décembre 1946 – août 1947). Issu de la jurisprudence pénale internationale qui présente une liste de dix critères, dont les suivants:

« 1. Le consentement volontaire du sujet humain est absolument essentiel. Cela veut dire que la personne concernée doit avoir la capacité légale de consentir ; qu’elle doit être placée en situation d’exercer un libre pouvoir de choix, sans intervention de quelque élément de force, de fraude, de contrainte, de supercherie, de duperie ou d’autres formes sournoises de contrainte ou de coercition ; et qu’elle doit avoir une connaissance et une compréhension suffisantes de ce que cela implique, de façon à lui permettre de prendre une décision éclairée. Ce dernier point demande que, avant d’accepter une décision positive par le sujet d’expérience, il lui soit fait connaître : la nature, la durée, et le but de l’expérience ; les méthodes et moyens par lesquels elle sera conduite ; tous les désagréments et risques qui peuvent être raisonnablement envisagés ; et les conséquences pour sa santé ou sa personne, qui pourraient possiblement advenir du fait de sa participation à l’expérience. L’obligation et la responsabilité d’apprécier la qualité du consentement incombent à chaque personne qui prend l’initiative de, dirige ou travaille à l’expérience. Il s’agit d’une obligation et d’une responsabilité personnelles qui ne peuvent pas être déléguées impunément.

  1. L’expérience doit être telle qu’elle produise des résultats avantageux pour le bien de la société, impossibles à obtenir par d’autres méthodes ou moyens d’étude, et pas aléatoires ou superflus par nature.
  2. L’expérience doit être conduite de façon telle que soient évitées toute souffrance et toute atteinte, physiques et mentales, non nécessaires.
  3. Aucune expérience ne doit être conduite lorsqu’il y a une raison a priori de croire que la mort ou des blessures invalidantes surviendront ; sauf, peut-être, dans ces expériences où les médecins expérimentateurs servent aussi de sujets.
  4. Le niveau des risques devant être pris ne doit jamais excéder celui de l’importance humanitaire du problème que doit résoudre l’expérience.
  5. Les dispositions doivent être prises et les moyens fournis pour protéger le sujet d’expérience contre les éventualités, même ténues, de blessure, infirmité ou décès.»
  • Conseil constitutionnel : il fonde « la sauvegarde de la dignité de la personne humaine contre toute forme d’asservissement et de dégradation » sur le premier alinéa du préambule de la Constitution de 1946 : « Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables sacrés. »

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