M. Le Lettré (enfin) maudit

Va-t-on crier au scandale parce que dans le cas de M. sur-le-point-de-devenir-définitivement-maudit on ne peut plus séparer l’homme de l’œuvre, l’œuvre en question étant une éjaculation de mots – oh, si artistiquement classiques ! – relatant le déversement pathétique, pathologique d’un sexo-narcissique pédo-morbide ?

M. Le Lettré (enfin) maudit

 

Va-t-on crier au scandale parce que dans le cas de M. sur-le-point-de-devenir-définitivement-maudit on ne peut plus séparer l’homme de l’œuvre, l’œuvre en question étant une éjaculation de mots – oh, si artistiquement classiques ! – relatant le déversement pathétique, pathologique d’un sexo-narcissique pédo-morbide ? Va-t-on à nouveau blâmer Mai 68, fustiger les féministes, chiquenauder le moralisme venu d’Amérique, traiter Denise Bombardier de « mal baisée » (P. Sollers) ? À l’occasion de la parution de Le Consentement, va-t-on accuser Vanessa Springora d’être une fabulatrice ?

Il y aura toujours les défenseurs de l’art, les accusateurs de la morale bourgeoise, etc. Toujours la même rengaine au nom de la création. Certes, la description d’un meurtre ou d’un viol ou d’un acte de torture ne fait pas de l’artiste un meurtrier ni un violeur ni un tortionnaire. Mais lorsque la confusion entre M.-dans-la-posture-de-l’artiste est cultivée par M. l’homme-en-mode-pédophile, confusion littérairement mise en scène et mise en média, il n’y a plus de séparation possible. M. Le Lettré qui a tant joui dans la bouche et entre les fesses d’êtres prépubères et nubiles, qui a joui de tant de prestige auprès des maisons d’édition (en mal de lecteurs ?), d’organes de presse (en mal de sensations ?), est un dégueulasse.

S’agissait-il vraiment d’une « autre époque » ? Allons, allons, Bernard Pivot, vous le démiurge des lettres qui serviez de vitrine à la littérature française, voire internationale, au grand désespoir de mon professeur d’hypokhâgne, vous sembliez tout de même jubiler face à M. Quel manque de jugeote, tout de même ! Quel manque de compassion pour les gamins d’Asie abusés par M. ! Quel manque de considération pour « les minettes » parisiennes séduites par M. !

L’art de bien écrire le français, l’art de manier le grec et le latin, l’art de poser dans les cercles mondains, l’art de se voir gratifier d’un prix littéraire rendent-ils intouchable l’homme ou la femme versé.e dans l’art d’agresser sexuellement et de traumatiser à vie, oui, à vie, enfants et ados ? Les officiants de la culture qui ont déroulé leur tapis rouge à M., qui lui ont fabriqué sa place dans la société française, qui lui ont même attribué une aide financière sur les deniers publics (pauvre pédophile !) alors qu’aujourd’hui l’État grignote les aides par exemple aux étudiant.es et aux handicapé.es (ah, autre époque) ne voyaient sans doute pas plus loin que leur nez (euphémisme) ou la pointe de leur plume.

 

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