Une saison APB

La saison APB (Admission Post Bac) pour les futur-e-s bachelier-ère-s de France est ouverte depuis le 20 janvier.

Une saison APB

 

La saison APB (Admission Post Bac) pour les futur-e-s bachelier-ère-s de France est ouverte depuis le 20 janvier. Les élèves des classes terminales qui souhaitent (et même ceux et celles qui ne souhaitent pas, mais que faire d’autre ?) poursuivre des études supérieures doivent formuler et classer 24 vœux. Non, contrairement aux clichés et aux croyances, tout le monde ne veut pas devenir pompier ni hôtesse d’accueil, même si au rythme où vont les choses, tout le monde risque de finir autoentrepreneur – la belle invention d'un pays qui ne sait pas quoi faire de ses chômeurs et chômeuses. APB, justement, renverse la tendance. Pour certaines filières, il convient de rédiger une lettre de motivation et même de joindre un C.V. Tout cela, c’est la faute à Rimbaud qui, pour le bonheur de quelques-uns et le malheur de tous les autres, a écrit : « On n’est pas sérieux, quand on a 17 ans. » Usagers et usagères d’APB, soyez averti-e-s : la rigolade est finie.

 

La lettre de motivation décrira votre sérieux et votre cohérence quant à votre projet d’avenir auquel vous vous préparez depuis le coloriage des motifs géométriques en classe de maternelle (colorier sans déborder, un vrai casse-tête) et selon la qualité des séjours linguistiques que vous avez effectués dans votre ardente jeunesse (apprendre l’anglais en Angleterre, un vrai casse-tirelire). Sans oublier vos promenades dominicales tantôt dans les zones d’activités périphériques tantôt dans les lieux d’inspiration féerique. Sans négliger votre capacité d’imagination en tant qu’individu et votre appartenance aux classes sociales bien ou mal loties, riches ou pauvres, quoi. Le C.V. (au fait, ça veut dire quoi ?) déroulera un parcours balisé : stage obligatoire d’une semaine en classe de troisième (votre ardeur est à l’épreuve comme le piston dont vous bénéficiez au nom de vos parents), emplois saisonniers ou annuels, légalement déclarés ou au noir (votre ardeur aura été à l’épreuve comme le piston…). Aux athlètes de haut niveau et aux artistes en herbe, APB réserve une rubrique spéciale pour faire valoir leur sérieux.

 

Parmi les 24 vœux (dont certains appartiennent à la catégorie « vœux groupés », entendez : le choix est permis à l’intérieur d’un ensemble imposé), une invention, une de plus : une licence libre obligatoire, oui, libre et obligatoire, à sélectionner dans l’académie dont vous dépendez. Cette licence libre obligatoire, qui se signale par une pastille verte, peut accueillir beaucoup d’étudiants mais apparemment peu de candidats s’y pressent. Pourtant, la pastille verte pèse de tout son poids. Sans elle, point de salut, point d’avancée dans le dossier APB. La pastille verte, classée 24ème au moment des vœux, peut ouvrir les portes de l’université à tout-e candidat-e recalé-e 23 fois. Ainsi, si vous comptez entreprendre une formation en STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives), qui elle se distingue par une pastille orange car la demande dépasse l’offre (plus de 4000 candidats pour 250 places dans tel établissement), vous finirez peut-être par faire des études de lettres modernes (votre pastille verte, votre roue de secours, votre bouée de sauvetage).

 

Si vous êtes adepte de l’acrobatie, et si l’information vous parvient à temps, vous pourrez, le moment venu, c’est-à-dire au moment de la réorientation dès le premier semestre de la L1 (Licence première année), faire le grand écart entre l’UFR de Lettres et l’UFR de STAPS, UFR signifiant Unité de Formation et de Recherche. Soudain, dans un dédale de sigles et de pastilles à tension, oui, à tension, une passerelle pour passer de Louise Labé (« Tout à un coup je ris et je larmoie ») à la biomécanique. Dé-tension ? La chance aidant, vous rejoindrez les étudiant-e-s en STAPS qui seront arrivé-e-s là avant vous par tirage au sort, suivant un algorithme savamment conçu. Il faudra alors garder tout votre sérieux.

 

Esther Heboyan, 2017

 

 

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