Grèves, rêves -- on crève?

Dans la rame, des travailleurs et travailleuses, comme disait l’autre. Pas un oisif, pas une oisive qui auraient l’idée de profiter du RSA, de l’ARE, ni de pointer son nez au musée d’Orsay histoire de rêver avec Auguste Renoir et Jeanne sur La Balançoire de la Butte Montmartre.

Grèves, rêves -- on crève ?

 

À 8h59, le métro est archi plein, un cauchemar urbain. Des silhouettes écrasées, chiffonnées, affaissées. Difficile de respirer au milieu des capuches à fourrure, des masses de cheveux, des narines braquées sur votre visage. Certaines stations sont fermées – Opéra, Gare de l’Est. En ces souterrains de brassage humain accru, est-ce la loi dure de la grève ou bien la frayeur d’une panique jusqu’à l’accident fatal ? Aucun agent de la RATP, aucun policier en uniforme, aucun vacataire chapeauté pour assurer la sécurité des usagers. On est prié de revoir sa copie, ses préjugés et stéréotypes sur les Français.es indiscipliné.e.s. Les gens de France en Île-de-France patientent le long des quais, montent et descendent des rames, l’air résigné ou navré. La liberté, le libre arbitre ? À d’autres ! À quoi ça sert de pérorer ? Il faut payer le loyer, les factures, le panier du supermarché. Monte dans la rame ou crève !

Toute la question est de savoir comment ne pas crever quand la rame est bondée. On nous a annoncé la naissance d’un bébé-RER. Ledit bébé aura droit à une passe Navigo gratuite toute sa vie. Tu parles d’une chance ! Le rêve de tout fœtus qui deviendra nouveau-né. Un jour, quelqu’un écrira une thèse sur l’influence des astres et de la passe Navigo sur le cerveau de bébé dans le ventre de sa mère voyageant en RER. Au milieu de voyageurs, serrés non pas comme des sardines, comme le veut le cliché, mais serrés, pliés, dépliés comme des passagers dans le métro parisien un jour de grève. En ce 16 décembre 2019 à 9h32, pas de place pour le malheur des uns qui ne fera pas, pas ce jour-là en tous cas, le bonheur des autres –  crise cardiaque, crise d’asthme, crise de colique néphrétique, crise d’angoisse. Pourtant, ne dit-on pas : « Un malheur est si vite arrivé » ou « Un malheur n’arrive jamais seul ». Encore de vieux dictons à jeter par-dessus bord ou par-dessus les têtes hirsutes ? Encore faut-il pouvoir faire le lancer du matin.

 

Des grèves en démocratie, des rêves jusqu’au Mont Fuji. Je voudrais un aller-retour Montparnasse-Mont Fuji, svp. Ou un aller simple pour la mer. Voir la mer et …

Tiens, relire Rêve général de Nathalie Peyrebonne.

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Dans la rame, des travailleurs et travailleuses, comme disait l’autre. Pas un oisif, pas une oisive qui auraient l’idée de profiter du RSA (revenu de solidarité active) de la CAF, de l’ARE (aide au retour à l’emploi) de Pôle Emploi, ni de pointer son nez au musée d’Orsay histoire de rêver avec Auguste Renoir et Jeanne sur La Balançoire de la Butte Montmartre. Non, non, la plupart préfèrent – liberté de choix ou pas ? ça, c’est la grande question ! – leur CDD (Contrat de Désunion Débonnaire avec l’entreprise) ou leur CDDU (comprenez CDD + c’est décidément l’Usage et vous serez usés jusqu’à la corde), renouvelable ou non. Ils et elles préfèrent, oui, préfèrent leur CDI souvent au rabais, occasionnellement revalorisé, qu’ils et elles pourront fièrement présenter aux agents immobiliers qui à leur tour pourront présenter le CDI-décroche-ta-lune aux propriétaires d'un patrimoine immobilier. Pour ne pas se tromper d’adresse : les jolis logis des marchands de sommeil, les rues de Paris pour crever.

Pour la retraite, vous voudrez bien repasser.

 

 

 

 

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