Polanski/Bruckner, confusion primaire

Le second dossier de presse révisé du dernier film controversé de Roman Polanski aurait supprimé un passage de l’entretien accordé par le cinéaste à son ami romancier-essayiste-journaliste philosophant Pascal Bruckner. Excuse me, Mr. Bruckner, mais vous avez tout faux !

Polanski/Bruckner, confusion primaire

 

Le second dossier de presse révisé du dernier film controversé de Roman Polanski aurait supprimé un passage de lentretien accordé par le cinéaste à son ami romancier-essayiste-journaliste philosophant Pascal Bruckner. Passons lanalogie à visée promotionnelle entre Dreyfus injustement persécuté par une France antisémite et Polanski pourchassé aux époques ignobles de lHistoire européenne, puis aux heures infâmantes de son histoire personnelle. Revenons à la défense philosophico-journalistique bâtie par lami Bruckner : « [S]urvivrez-vous au maccarthysme néoféministe actuel qui, tout en vous poursuivant dans le monde entier pour empêcher la projection de vos films, a obtenu votre exclusion de lAcadémie des Oscars ? »

Excuse me, Mr. Bruckner, mais vous avez tout faux ! Révisez quelques chapitres de lHistoire du monde, ou de lAmérique du Nord qui semble être pour vous lespace géopolitique du mal, en tous cas lunique référence qui alimente votre discours. Pourquoi navoir pas forgé une métaphore ultra mélo à partir dune autre aire historico-culturelle ?  Dans lHistoire du monde et de la France, les exemples de persécution ne manquent pas.

Le sénateur républicain Joseph McCarthy devint célèbre le 9 février 1950 en accusant de communisme certains fonctionnaires du Ministère des Affaires Etrangères (State Department). Le maccarthysme se mit à lœuvre pour éliminer toute affiliation officielle ou officieuse au dogme stalinien du communisme tel quil se pratiquait dans lUnion Soviétique (dailleurs longtemps défendue par des écrivains et philosophes français) et tel quil se répandait à travers lEurope  et ailleurs au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Pour ce qui est de lindustrie cinématographique, le maccarthysme a détruit la carrière des acteurs (John Garfield qui en est mort, dit-on) et réalisateurs (Joseph Losey qui sest exilé en Grande-Bretagne) pour leurs idées politiques et non pas pour leurs agissements sexuels.

Et quest-ce que le néoféminisme ? Cest quoi ce « néo », préfixe que lon met à toutes les sauces pour marquer le passage du temps et la survivance désuète, donc infondée, ou bien régénérée donc légitime, dun mouvement, dune tendance, dune mode ? Le féminisme serait mort ou quasi mort, aurait fait son temps. Sa mort aurait été programmée dans sa naissance même. Encore un mal venu des États-Unis dAmérique qui éclabousse les mentalités, bouscule les codes et traditions chez nous. Heureusement que les Françaises savent se démarquer des Américaines afin de tenir leur rôle de femmes béatement disposées à être importunées, comme dirait lintelligentsia parisienne.  Et quel néoenchantement pour lesprit de voir resurgir Nadine Trintignant en défenseur des droits de lhomme violent. Je crois que même les Monty Python nauraient pu imaginer une telle farce.

Le féminisme a libéré les femmes et la parole des femmes. Cette vérité continue de déranger. Le « néo » du féminisme dans la bouche de Bruckner est un attrape-neurone pseudo-savant, une bulle de savon dans la mediasphère.  

Non, Polanski nest pas victime du « maccarthysme néoféministe », un complot qui sévirait dans une nébuleuse planétaire. Il est accusé par quelques femmes en chair et en os qui ont pris la parole.   

 

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