Handicap et inaccessibilité

Par le passé, le handicap était subi comme une malédiction et donc comme une honte. On cachait les handicapés. On s’en débarrassait. On les exposait aussi, histoire de récolter quelques pécules. On ne se préoccupait guère de l’accessibilité des personnes handicapées aux espaces publics, encore moins de leurs déplacements dans l’espace domestique.

Par le passé, le handicap était subi comme une malédiction et donc comme une honte. On cachait les handicapés. On s’en débarrassait. On les exposait aussi, histoire de récolter quelques pécules. On ne se préoccupait guère de l’accessibilité des personnes handicapées aux espaces publics, encore moins de leurs déplacements dans l’espace domestique. Le handicap, un mauvais tour du destin, voire un châtiment du ciel. De ce fait, les familles se sentaient plus ou moins concernées. Selon leur degré d’humanité. Les autorités gouvernantes, elles, se reposaient sur les familles et sur quelques structures d’accueil plus ou moins bienveillantes. Selon leur degré de compétence. Pour dire et montrer l’existence des handicapés, il y avait toujours la littérature. Dans Le voyage des innocents[1] (The Innocents Abroad, 1869), Mark Twain livre une description cruelle des estropiés en tous genres qu’il croise à travers l’Europe. Dans Les Tableaux Parisiens, Baudelaire, lui, fait contempler à son âme les pires silhouettes de la capitale.

Le temps (pour une fois, on ne se lamentera pas de son passage), l’évolution des mentalités, ainsi que la comparaison avec d’autres politiques menées notamment dans les pays anglo-saxons (modèles dont pourront s’inspirer les députés français manquant d’imagination ou de courage) ont changé le regard porté sur le handicap et les handicapés. Des progrès ont été accomplis. Une personne dans une chaise roulante, « à mobilité réduite » selon la terminologie officielle, a le droit de prendre place à bord d’un bus. Encore faut-il que la plateforme qui lui est réservée ne soit pas encombrée par deux énormes poussettes (quoi, faut-il aussi faire preuve d’imagination pour l’occupation de la sphère sociale par des bébés !?) ou bien par une foule compacte pas toujours bien disposée (comme quoi, l’éducation des masses, même bourgeoisement cultivées, reste à parfaire). Encore faut-il que la rampe amovible des bus se déploie correctement, et que, une fois déployée, ne reste pas bloquée contre le trottoir, ce qui a pour conséquence de provoquer l’ire des voyageurs, tous pressés d'aller quelque part.

Globalement, des progrès ont été accomplis. Même si restent toujours impraticables les trottoirs dans les villes et villages de France dits pittoresques, les escaliers vertigineux du métro parisien, les toilettes des cafés, brasseries et restaurants, situées dans des sous-sols inaccessibles, les plages dites publiques (où il suffirait d’un peu d’ingéniosité pour créer un passage), les établissements scolaires (un élève handicapé moteur doit pouvoir accéder à une salle de classe dans son quartier et ne pas être relégué dans un établissement spécialisé loin de son domicile), etc. Les handicapés ne réclament pas d’ascenseurs pour partir à l’assaut du Mont Blanc, mais des ascenseurs pour se déplacer – tout simplement. Certes, tout cela a un coût. Mais tout est faisable, améliorable. Et tout le monde est concerné. Le handicap de naissance, le handicap suite à une maladie, le handicap suite à un accident de la route n’arrivent pas qu’aux autres. Les député(e)s de l’Assemblée Nationale se croient-ils/elles les élu(e)s de quelques divinités mythologiques ? Pour avoir voté de nouveaux délais qui retarderont l’aménagement des espaces publics, la honte est sur eux.

 

 


[1] Le voyage des innocents, trad. Fanchita Gonzales Batlle, Paris, Payot & Rivages, 1995, p. 296-297.

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