Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d'en élire un autre ?
extrait de La Solution (poème de Bertolt Brecht 1953).
Nous sommes tous d'accord pour dénoncer la politique libérale de ce gouvernement. Mais il est un aspect que nous négligeons trop : le groupe dirigeant conduit une stratégie de démoralisation, de désorientation et de découragement de ce que l'on appelait le peuple de gauche. Il créé par les actes et les discours de la résignation et de l'impuissance dans les classes populaires . L'appel de Rebsamen au contrôle accru des chômeurs fainéants et fraudeurs n'est pas une erreur de com., ni un élément nouveau de la politique vis à vis des chômeurs. C'est une offensive idéologique d'individualisation qui masque la dimension sociale et discrédite l'agir collectivement. Il renforce non seulement la coupure entre chômeurs (et précaires) et les salariés occupés (discrédit de la solidarité de classe du salariat), mais aussi le sentiment de la réussite personnelle qui prime sur le collectif de travail.
Face à une telle stratégie l'opposition et la simple dénonciation est insuffisante : pire, dans un certain nombre de cas elle accentue le désarroi et la perte de repère. Si l'on ne veut pas renforcer l'impuissance il faut donner de l'espoir et montrer qu'il y a un autre possible.
Face à cette tentative de dissolution du peuple de gauche le Front de Gauche représente malgré ses défauts et ses manques un repère, la face visible d'une résistance qui indique une alternative Au delà d'un cartel en difficulté le Front de gauche est encore un espoir, un outil pour une bonne part de celles et ceux qui a un moment en ont été partie prenante. Nous avons là un instrument que personne ne peut se permettre de détruire, un acquis collectif qu'il faut sauvegarder. Pour ce faire nous devons aussi bouger pour éviter d'être entraînés dans le naufrage d'une certaine gauche.
Nous avons du mal à gérer le décalage croissant entre la scène politique institutionnelle qui évolue de plus en plus vers la droite et les aspirations au changement radical dans la société : pour les uns nous sommes trop dans l'utopie qui ne peut rien changer, quand pour les autres nous entretenons trop l'illusion d'une humanisation possible du capitalisme et d'un fordisme disparu. Comment réduire cet écart, en visant dans un premier temps les 4 millions d'électeurs et d'électrices du premier tour des présidentielles, voilà la tâche prioritaire aujourd'hui.
Nous avons quelques pistes :
nous sommes tous convaincus que seuls des mouvements populaires pourraient modifier vraiment l'état actuel des choses. Il faut modifier , d'autres l'ont dit, la division du travail entre politique et mouvement dits sociaux. Il est temps de passer au concret, de rompre dans la pratique et « être autrement » dans les mobilisations, dans les luttes, être comme mouvement politique et ne pas se contenter d'un soutien qui laisse les syndicats ou associations se débrouiller . Les suites du 12 avril montrent que nous pouvons viser un front politico-social qui fasse travailler ensemble des composantes de nature diverses. Nous ne pouvons laisser passer sans y intervenir et y contribuer, les mobilisations sur la santé et la protection sociale qui sont annoncées à partir du 23 septembre. L'action contre l'autérité autre pour rendre crédible une alternative ne viendra pas de la simple addition en ordre dispersé des luttes sectorielles ou d'un appel incantatoire à la convergence (spontanée?) mais de la construction collective d'un mise en commun
Face à la crise politique l'attentisme n'est pas de mise : dans les circonstances présentes elle profite à l'extrême-droite. Nous devons dire que nous souhaitons une crise de ce système politique, un changement qui réponde aux demandes démocratiques en le changeant radicalement, en changeant de république et de constitution : c'est aussi la condition de nous sortir des impasses du fonctionnement majoritaire. Dire aussi qu'il ne s'agit pas là de réponses techniques réservées aux seuls spécialistes mais que nous voulons agir pour qu'il y ait débat public sur ces questions .Le mouvement des intermittents pose à sa manière ces questions de fonctionnement démocratique, avec ses réponses, sur qui décide et sur la mise de en cause de la représentation syndicale dans la démocratie sociale : ceci montre que la question de la démocratie peut s'ancrer dans le suttes du quotidien, in venter des formes nouvelles. En tant que front politique nous avons une responsabilité particulière dans l'initiative d'en faire un point central du débat.
Enfin il faut ouvrir la bataille des idées , la bataille culturelle, sur ce que nous nous voulons comme société. Non comme un projet clé en mains mais comme vision du monde, manière de voir les rapports entre les humains et entre eux et la nature. Un seul exemple : quelle intervention transformatrice pouvons nous avoir sur l'organisation du travail sur les souffrances qu'elle entraîne (usure et perte de sens pour celles et ceux qui sont soumis à la seule logique financière qui de plus détruit la planète, insécurité et sentiment de n'être qu'une marchandise-klennex pour les précaires et les chômeurs) sans poser la question de qui décide et pour quoi faire ? Sans poser la question de la propriété donc celle de l'appropriation collective pour une société sociale et écologique.
Sur ces pistes nous avons bien sur des différences, ne craignons pas d'en discuter et de les assumer dans un débat public transparent (c'est ce qui se fait aujourd'hui)
Mais n'oublions pas que nous avons aussi du commun dont nous sommes tous comptables.
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