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Billet de blog 8 déc. 2021

Chômage ne pas baisser les bras

Les manifestations du 4 décembre des chômeurs et précaires n'ont pas été médiatisées y compris par Médiapart. Pourtant elles montrent que partout sur le territoire se maintiennent des résistances qui pourrait se développer à fur et à mesures de la mise en application des mesures imposées par Macron. Ce billet est intiailement une contribution à https://www.2022encommun.fr/contributions

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Aujourd’hui 1er décembre entre en application le dernier volet de la réforme qui avait été suspendu : il faut avoir travaillé six mois (130 jours ou 910 heures) sur les 24 derniers mois, au lieu de quatre mois sur 28 pour ouvrir ses droits à l'assurance-chômage. Cette augmentation de 50 % d u temps de travail nécessaire va d’abord frapper les jeunes qui ont du mal à trouver un emploi et qui sont contraints d’accepter les petits boulots voire très précaires et qui seront privés d’indemnisation, mais aussi les plus précaires des précaires, les chômeurs de longue durée... au total l’UNEDIC estime que plus de 400000 personnes vont se retrouver sans ressources...

L’ ensemble des réductions de droits désormais appliqués va concerner entre 1,5 et 2 millions d’indemnisé.es ( rappelons que près de la moitié des chômeur.euses n’est pas indemnisée).

Voir avec des exemples concrets https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/chomage/jeune-diplome-cadre-travailleur-precaire-voici-ce-que-la-reforme-de-l-assurance-chomage-change-pour-vous_4626841.html#xtor=EPR-51-[jeune-diplome-cadre-travailleur-precaire-voici-ce-que-la-reforme-de-l-assurance-chomage-change-pour-vous_4626841]-20211201-[titre]

Une décision aussi brutale n’est pas une surprise

Dans son dernier discours programme Macron l’avait annoncé clairement et en avait fait un enjeu -voire un titre de gloire – d’une aggravation de la chasse aux chômeu.euses qui accompagne son plan de réduction des droits :"les demandeurs d'emploi qui ne démontreront pas une recherche active d'emploi verront leurs allocations suspendues" Il a aussitôt été relayé pat Lemaire qui précise que le refus de « l’offre raisonnable d’emploi » (ORE) donnera lieu à radiation : l’ORE telle quelle a été redéfinie - « négociée entre le demandeur.euse d’emploi et son conseiller Pôle Emploi n’apporte plus de garantie pour le contenu de l’emploi proposé ( niveau de salaire , qualification...). Borne a surenchéri en annonçant une augmentation des contrôles de 25 % (autant de personnel en moins pour informer et accompagner les chômeur.euses).

Pour faire passer « l’indispensable réforme de l’assurance chômage », nous avons vu le gouvernement, ses soutiens mais aussi la droite marteler sans cesse un nouvel argument. Pour répondre à la véritable grève des « mauvais emplois » ( dans l’hôtellerie restauration , les services aux personnes et à domicile, la logistique, le commerce ... partout où les patronat use et abuse des contrats mal payés avec des contraintes importantes) ...Mais aussi pour répondre aux revendications salariales qui se développent chez les premiers de corvée1, il fallait éviter l’augmentation du SMIC des salaires et l’extension d’une modification du rapport au travail qui multiplie les refus du n’importe quel emploi 2

Alors s’est construit une nouvel argument dans la lutte anti-chômeur qui reprend et actualise le thème du chômeur fainéant : la fable des milliers , centaines de milliers et même du million de postes vacants. Qu’importe si on ne sait pas d’où sortent ces chiffres, si une bonne part des offres sont fictives ( Le bagad de Lann-Bihoué ne recrute plus mais 109 offres pour un poste de sonneur sont encore dans la liste des emplois vacants ! ), si elles sont illégales comme le dénonce régulièrement la CGT chômeurs et précaires : politiques et médias s’en servent pour dénoncer le « sabotage » de la reprise par les fainéant.es qui ne veulent pas bosser. Pour appuyer cela ils n’hésitent pas à parler de la baisse du chômage en ne donnant les chiffres que de la catégorie A (=chômeurs à temps complet) en oubliant le développement des emplois précaires. On cite l’INSEE et ses centaines de milliers d’emplois créés sans dire que pour cette institution un emploi est un emploi créé même s’il est à temps très partiel ou précaire !

Il n’est pas étonnant dans ces conditions que le Conseil d’Etat soumis à un tel pilonnage idéologique, ai pris pour argent comptant la propagande et cru à la reprise miraculeuse qui réduit le chômage ; à la lumière de cette bonne nouvelle il inverse sa jurisprudence vis à vis de la réforme qui ne créerait plus des inégalités condamnables 3

Pour l’instant Macron a largement les mains libres pour cette réforme qui lui permet d’affirmer sa capacité à réformer «libéral » En maintenant le choix de la baisse du coût du travail, le gouvernement fait de la réforme de l’assurance chômage une expérimentation et un premier pas, décisif pour eux, dans la remise en cause de la protection sociale solidaire. On voit commencer un débat sur l’avenir des la sécu qu’il faut comme d’habitude réformer …

Mais Macron teste aussi la capacité de la gauche à s’opposer à cette démolition des mécanisme de solidarité : il poursuit sa réforme malgré l’opposition de tous les syndicats ce qui en dit long sur sa manière de voir le social. Vu la gravité de l’attaque l’inaction et les divisions de la gauche lui apportent un appui contre nature. Le combat politique contre la réforme de l’assurance chômage est bien timide, il n’a pas toute la place qu’il devrait avoir dans la défense des plus précaires.

Une gauche « embarrassée » pour ou par les chômeurs ?

Pour ne pas faire de procès d’intention insistons sur les difficultés à mobiliser : les organisations de chômeur.euses se sont affaiblies minées par des années de lutte défensives dans l’isolement. Les effets de la réforme ne sont pas spectaculaires : les effets vont s’étaler sur des mois , toucher les personnes de manière différenciée et ne pas concerner certaines catégories, les baisses de revenus vont se cumuler (à chaque période de chômage l’alloc va baisser). Les plus visé.es sont les plus précaires, celles et ceux qui sont le moins bien indemnisés qui « devraient être contents de retrouver du boulot quel qu’il soit ».

La gauche paye aujourd’hui de ne pas avoir mené depuis les années 80 la lutte idéologique contre une conception du chômage que les sociaux libéraux partageaient (c’est un ministre socialiste – Charasse- qui a ouvert la chasse au chômeurs) Quand on pense que «  sur le chômage on a tout essayé » on finit par accréditer l’idée que le chômage est une calamité naturelle qui s’impose à tous et/ou que les chômeurs sont quelque part des handicapés du travail ou des délinquants qui profitent de la société. Il n’est pas étonnant que les enquêtes montrent de façon permanente que les salarié.es approuvent les sanctions et les contraintes pour les chômeur.euses : il faut tenir compte de l'opinion  de ce qui fait encore la base de la gauche politique et syndicale ..

Pourtant on voit se maintenir dans l’opinion publique l’importance de la solidarité, on voit se multiplier les initiatives populaires contre la pauvreté, on voit des gens prendre des risques pour venir au secours des réfugié.es maltraité;es par les pouvoirs publics...

Il y a accord à gauche sur la nécessaire lutte contre la pauvreté et contre le développement des inégalités : de plus en plus prennent conscience que notre système de protection sociale laisse de côté des milliers de personnes. Il y a aussi consensus sur le refus de cette « réforme de l’assurance chômage » dont les effets désastreux ne peuvent qu’accroître pauvreté et marginalisation sociale.

Voilà un point de programme qui réunit : un changement de politique passe par l’abrogation de la loi Pénicaud de 2008 et de toutes ses mesures contre les chômeur.euses. En examinant différentes initiatives on voit apparaître une autre mesure d’urgence : un revenu minimum dont bien sur le montant n’est pas le même qui devrait garantir contre la pauvreté y compris celle subie par les salariées pauvres. Pour notre part nous pensons qu’il ne devrait y avoir personne en dessous du seuil de pauvreté et proposons de fixe ce revenu au niveau défini comme nécessaire dans une enquête du Secours populaire : 1250€ pousserait le SMIC et les bas salaires vers des niveaux qui permettent de faire face aux besoins : c’est possible sir l’on met à contribution les patrimoines des 5 % les plus riches et les revenus des dividendes : les 17 milliards d’euros utilisés par le CAC40 pour racheter ses actions seraient mieux utilisés dans la lutte contre la pauvreté.

Et si l’on discutait des différentes propositions dans des assemblées populaires qui donneraient un contenu concret.

Une sécurité sociale universelle va t’elle s’imposer dans le débat public

Des propositions sont discutées -en interne- depuis longtemps dans les syndicats.  Les associations de chômeurs travaillent aussi là dessus. Les Cip ont inventé un « nouveau modèle »

L’idée d’une sécurité » universelle » comprenant aussi le risque chômage est  de plus en plus largement partagée entre les syndicats, les coordinations d’intermittents, les associations et syndicats de chômeurs et les associations : par exemple les écologistes savent qu’il ne peut y avoir de transition écologique sans garanties sociales en particulier sur la reconversion des entreprises et des emplois. Ces alternatives pour l’assurance chômage fondée sur des droits ne peut se mettre en place immédiatement; mais il faut dès maintenant ouvrir le débat pour la préparer vite : les mesures comme le revenu minimum fondé sur les mise à contribution  des patrimoines ne peut suffire dans la durée. Universelle veut dire qui est couvert : qu’en est il des nouvelle forme de travail « indépendant » , qu’en est il des diverse formes d’intermittence de l’emploi, qu’en est il de l’indemnisation des temps partiels (faut il les maintenir?), ouvrir des droits aux sans papiers aux migrants ? Autant de débats à mener largement.

L’augmentation nécessaire des cotisations ne peut se faire dans le cadre actuel sans faire participer ceux qui aujourd’hui y échappent : les entreprises « sans salarié.es » qui accumulent les profits au bout de la chaîne de valeur aux dépends de leurs sous traitants ; mais aussi les revenus non (juridiquement)  salariés (retraite chapeau, stock-options, intéressement) qui ne sont pas dans la masse salariale qui sert de base aux cotisations. Comment récupérer les cotisations salariales remplacées aujourd’hui par la CSG ?

On voit là que l’alternative sur ces domaines n’est pas l’apanage de quelque spécialistes de la protection sociales elle est l’expression d’un choix de société qui existe dans nombre de secteurs.

Un chantier prioritaire pour la gauche : éviter les désastres social et écologique

La montée du chômage, de la précarité et de la pauvreté menace non pas seulement notre modèle social mais l’avenir même de notre société. Aujourd’hui la montée des inégalités encourage la course à l’abîme du Capital : encouragement des formes antidémocratiques, course à l’autoritaire pour faire face aux classes dangereuses nées de la misère ; poursuite et fuite en avant du productivisme exploitant la nature et les hommes et les femmes.

Lutte cotre les inégalités contre le chômage » la précarité la pauvreté doivent redevenir un axe centrale de la recomposition, la reconstruction de la gauche. La gauche s’est construite comme l’expression du mouvement des classes exploitée depuis le XIXème. Elle doit continuer de le faire en dépassant les division qui segmente le salariat et sans oublier les zones grises des diverse armées de réserve et en redéfinissant la place du travail dans la société ( y compris le travail domestique et la division sexuée du travail)

Au lieu de se contenter de critiquer les politiques libérales et de gérer leurs conséquence , il nous faut ouvrir un avenir aux millions de laissé;es pour compte mais aussi aux autres qui subissent aujourd’hui dans leur vie le poids du chômage de masse pour permettre à chacune et chacun « l’emploi à des occupations où ils aient la satisfaction de donner toute la mesure de leur habileté et de leurs connaissances et de contribuer le mieux au bien-être commun » déclaration de Philadelphie 1944

Notes

1Il s’agit là d’un phénomène mondial par exemple aux USA où selon Bloomberg Business week nous assistons à un séquence qui a la « saveur de 1945 » quand des grèves massives mobilisaient . Un journal de Boston titre sur «  les salariés en position de force

2Un journal qui est loin d’être gauchiste comme le Financial Times écrit que "la semaine de 4 jours c’est bon pour la planète"

3Il faudra revenir plus longuement sur ce jugement qui avalise une rupture d’égalité pour des raisons d’opportunité

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