Générosité ? Soyons réalistes : il faut socialiser.

 

 

 

Une idée commence à se faire jour, -un peu …-, dans la gauche française et va remettre au goût du jour des propositions déjà portées dans le débat public avec plus ou moins de succès. Devant l’évidence, l’idée de mettre à contribution les riches pour lutter contre la pauvreté fait son chemin dans nombre de pays sous des formes de redistribution diverses : même aux USA avec l’augmentation du salaire minimum et des aides impensables dans les périodes précédentes.

 

Macron et son gouvernement persistent à ne vouloir répondre que par de petites mesures d’aide conjoncturelles, et refusent de faire payer les riches. Pourtant les faits sont lourds : la croissance des inégalités ; les plus riches deviennent encore plus riches et les plus pauvres plus pauvres. Pourtant, dans les milieux patronaux s’élaborent des solutions plus conséquentes avec des aides plus élevées sur une plus longue durée : prêts ou chèques consommation pour transformer les pauvres en outil économique au service de la reprise.

 

Malgré tout le blocage est bien là et l’idée de mettre à contribution les riches pour lutter contre la pauvreté n’a toujours pas la place qu’elle devrait avoir dans le débat politique. Même les propositions récentes de Benoît Hamon et de la Fondation Jean Jaurès restent du domaine du vœu, peut-être même pas souhaitable…

 

Nous examinerons les deux puisqu’elles ont pour objectif de restaurer le rapport des forces en faveur des salariés et de situer dans une perspective émancipatrice d’allègement des contraintes du travail : à partir d’une interview récente de Benoit Hamon dans Libération le 8 février, et en relisant une note de la Fondation Jean Jaurès «Proposition pour la création d’un revenu républicain ».

 

Toutes deux le disent : il s’agit à la fois d’une mesure d’urgence rendue nécessaire par la crise sociale liée à celle de la covid et d’une mesure transformatrice des rapports sociaux et politiques : une mesure visant à construire un monde d’après différent, objectif que nous ne pouvons qu’approuver

Les auteurs de la note de la fondation écrivent « Les regards dans la crise du Covid-19 se tournent vers le revenu de base » et Benoit Hamon se félicite que presque toutes les familles politiques envisagent des formes de revenu universel pour répondre à la crise, même s’il considère que c’est un progrès contre la pauvreté et que « Ça n’a pas la dimension émancipatrice du revenu universel ».

Les deux n’ont cependant pas la même conception et la proposition de la Fondation ressemble plus au RMI initial (sans contreparties obligatoires de la part des bénéficiaires) que donner une allocation à tous, universelle. Des expérimentations départementales vont dans ce sens : il s’agit de garder une dynamique d’aide sociale améliorée et accrue.

Sans reprendre le débat sur le revenu universel notons simplement que l’un et l’autre sont silencieux sur le rapport entre le revenu en question et le système de protection sociale fondé sur des cotisations prélevées « à la source ». Pour Benoit Hamon il s’agit de faire échapper une partie des richesses à la négociation où le camp du travail est trop faible en organisant une « prédistribution dès la naissance » qui pèse sur les patrimoines et limite le déterminisme de l’héritage. Mais le rapport de forces à créer est d’un tel niveau, modifié en faveur du camp du travail, qu’il pourrait permettre une émancipation, une libération du travail du contraint capitaliste.

Si la fondation Jean Jaurès reformule le RMI initial (avec des modifications nécessaires) il serait utile de faire le bilan de 30 années d’allocations de solidarité et du rôle qu’elles ont joué dans la destruction de l’assurance chômage tout en soumettant la main d’œuvre aux exigences patronales.

Ceci demanderait à être précisé, explicité, débattu.

 

Ni l’un, ni l’autre ne se posent comme objectif de réintégrer dans les garanties collectives des travailleurs qui en sont aujourd’hui exclus parce qu’ils ne sont plus des salariés au sens strict du rapport de subordination.  Ceci suppose de ne pas abandonner l’assurance chômage pour les catégories qui en sont exclues et qui sont contraintes de payer leur autonomie juridique par une insécurité sociale. De multiples propositions existent.

Toutefois, sur le chiffrage de ce revenu, les ambitions de changement de la philosophie de la protection sociale se réduisent : « éviter que ne se créent des inégalités, en les anticipant. Passer de la redistribution à la prédistribution ».

Pour Benoit Hamon le chiffre évoqué est de 750€ soit 200 € de plus que l’actuel RSA dont tout le monde reconnaît qu’il ne permet pas un revenu décent pour sortir de la survie. Un chiffre légèrement inférieur à l’indemnisation minimale de l’UNEDIC. Un chiffre encore très loin du SMIC dont les mouvements de gilets jaunes ont montré qu’il ne suffisait pas pour vivre.

Pour la Fondation les chiffres avancés, à atteindre progressivement, (à quel rythme ?) se situent à 725€ (cela semble le montant des revenus de base des expérimentations départementales) avec des options jusqu’à 1000€. C’est là un petit plus qui est dans la fourchette demandée par les organisations caritatives en mesure d’urgence.

Dans les 2 cas le montant est contraint par le réalisme économique (par exemple utilisation du plan de relance européen, ou pistes de réforme de la fiscalité) qui conduit malgré les affirmations à se cantonner à une mesure d’urgence. Curieuse prudence à l’heure où Bernard Arnault gagne des places au classement des milliardaires, où les actionnaires continuent à percevoir des dividendes confortables, où Bezos fait des profits supplémentaires grâce à la crise sanitaire où 15 gérants de hedge fund ont vu leur fortune bondir de 23,2 milliards de dollars l'année passée, soit 11 milliards de plus qu'en 2019 … où il apparaît clairement qu’il n’y a pas d’argent magique mais un accaparement de la richesse produite, aux dépens des pauvres.

Dans les 2 cas le montant est contraint par le réalisme économique (par exemple utilisation du plan de relance européen, ou pistes de réforme de la fiscalité) qui conduit malgré les affirmations à se cantonner à une mesure d’urgence. Curieuse prudence à l’heure où Bernard Arnault gagne des places au classement des milliardaires, où les actionnaires continuent à percevoir des dividendes confortables, où Bezos fait des profits supplémentaires grâce à la crise sanitaire où 15 gérants de hedge fund ont vu leur fortune bondir de 23,2 milliards de dollars l'année passée, soit 11 milliards de plus qu'en 2019 … où il apparaît clairement qu’il n’y a pas d’argent magique mais un accaparement de la richesse produite, aux dépens des pauvres.

Avec de tels montants autour (de 7 à 800 €)  pense-t-on sérieusement peser sur la situation actuelle dans cette zone grise de l’emploi et du non-emploi, sur les bas salaires et les conditions d’emploi précaires de nombre de salarié.es dont le rôle était jugé indispensable l’année dernière ?

Il nous semble plus intéressant d’approfondir, de préciser la plate-forme de propositions associatives et syndicales qui esquisse une prise en charge de la pauvreté et de la précarité.

Nous proposons une mesure provisoire non exclusive puisqu’’elle se complète d’un relèvement du SMIC et du refus de la restriction des droits à l’assurance chômage. Provisoire puisqu’elle doit s’accompagner d’un débat sur une assurance -sécurisation professionnelle dont les modalités, les garanties et le financement doivent être définies dans ce débat.

Pour mettre en application un principe « personne en dessous du seuil de pauvreté » nous proposons la mise en place immédiate d’un revenu minimum garanti (en application du préambule de la constitution « Tout être humain qui... se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence ».

Les millions de personnes aujourd’hui laissées pour compte du système de protection sociale doivent recevoir une réponse qui s’attaque aussi aux bas salaires et aux diverses formes dégradées d’emploi qui accroissent la pauvreté, en lien avec l’ensemble des revendications sociales et écologiques.

Peut-on accepter que des moyens convenables se situent eu dessous du seuil de pauvreté ? Une enquête du secours populaire fait apparaître que ce revenu minimum « ressenti » est à 1238€, soit légèrement au-dessus du SMIC net actuel, très bas : il est cohérent avec la demande de revalorisation du SMIC de fixer le niveau à 1250€.

Il nous semble nécessaire de donner un chiffre face aux autres propositions.

La définition démocratique par le débat de la notion de revenu convenable est essentielle mais ne peut se faire que sur la base de propositions.

Combattre la pauvreté ne peut se dissocier de la lutte contre les inégalités parce qu’il devient visible que les richesses des uns est la pauvreté des autres.

Le patrimoine des 5 % les plus riches ans s’est accru depuis les années libérales en particulier grâce à une politique fiscale en faveur des riches. Il a été multiplié par deux ou trois en 25 ans. La crise de la covid a encore profité aux mêmes avec l’augmentation des dividendes et des profits avec des effets d’aubaine et de rente hors de proportion avec « l’économie réelle » : pensons aux patrons d’Amazon ou de Pfizer. Mais l’accroissement de l’épargne pendant le confinement dépasse ce petit cercle de milliardaires. La diffusion de ces informations sur l’enrichissement depuis 30 ans rend crédible l’idée qu’il faut faire contribuer les riches

Cette mesure de revalorisation massive des minima, de leur extension peut être largement financée par un prélèvement sur les patrimoines des 5 % les plus riches sous des formes à débattre : une taxe urgence sociale, un emprunt forcé de lutte contre la pauvreté … Entendons-nous : il ne s’agirait pas de leur faire un nouveau cadeau trop coûteux, ni de les « spolier » ; seulement de leur garantir le taux commun de livret A. Ils disent « solidarité », « redistribution raisonnable » Et bien soit : que leurs immenses « trop perçus » cessent, que leurs dividendes et une part de leurs patrimoines contribuent au pot commun. Socialiser une part des richesses ! Outre la réponse immédiate aux situations de misère, il serait possible de maintenir et de créer les emplois utiles…

 

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