D’une manif à l’autre … que sont mes amis devenus ?

Celles et ceux qui ont manifesté le 12 pour les libertés penseront ils-elles à soutenir le 19 les chômeurs précaires et pauvres contre la réforme de l'assurance chômage qui organise l'appauvrissement des plus défavorisé.es et restreint encore leurs libertés.

D’une manif à l’autre … que sont mes mais devenus ?

S’il y avait samedi prochain 19 juin à Paris la moitié de celles et deux qui se sont mobilisés hier ce serait un plus pour la mobilisation de chômeur.euses et précaires, ce serait peser pour bloquer le décret gouvernemental sur l’indemnisation chômage et entraver la marche en avant vers moins de protection sociale....

Bref ce serait bien utile aux chômeur.euses et précaires , à celles et ceux qui pourraient connaître dans les mois qui viennent des situations dramatiques. Et bien au delà ...

Mais ce serait aussi apporter une contribution à la lutte pour les libertés et contre les idées d’extrême droite, renforcer la mobilisation des marches du samedi 12.

L’extrême droite contre les pauvres, les laissés pour compte

D’abord parce qu’exiger une augmentation des minima sociaux et des allocations chômage est contradictoire avec ce que propose le RN. Celui ci veut se donner un visage social mais refuse toujours « d’assister les assistés » même s’ils sont « français de souche ». Sur le chômage ce qu’il défend c’est l’expulsion des migrants pour donner des places aux français chômeurs : du coup il ne donne comme perspective aux chômeurs que de prendre ces emplois sous qualifiés, sous payés, voir non déclarés pour être vraiment concurrentiels avec les sans papiers. Le RN est incapable de mettre en œuvre une politique d’emplois décents qui se heurterait aux intérêts d’une partie de son électorat qui utilise des clandestins. Pour les chômeuses, il n’y a pas d’autres projet que les retours au foyer ou les emplois domestiques précaires, conforme au rôle de la femme dans l’idéologie machiste de l’extrême droite.

Les discours racistes, xénophobes et islamophobes ne défendent pas les laissées pour compte du capitalisme libéral ; au contraire ils entretiennent des divisions, des discriminations et empêchent les exploitées de faire bloc pour se défendre ensemble. Ces discours ont comme fonction de faire disparaître la lutte des classes au profit de la racialisation d’une bonne partie de ces exploité.es. L’utilisation du réflexe de « petit blanc » sert à

mettre cette partie des exploité.es en soutien de leurs exploiteurs et d’isoler les autres au profit illusoire d’une communauté nationale imaginaire.

Chômeur.euses précaires doivent redevenir des citoyen.nes

C’est la voie qui permet de combattre vraiment le rejet de la politique et l’abstentionnisme auquel ils-elles sont acculé.es parce qu’ils-elles ne se sentent pas vraiment citoyen.nes : quand les institutions (Pôle Emploi, la CAF et d’autres) vous traitent comme un objet pour quoi seriez vous concernées par ces institutions et la conduite d’une chose publique ?

Le préambule de la constitution prévoit « Tout être humain qui se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence. » . Le RSA, les allocations chômage en dessous du seuil de pauvreté sont ils des « moyens convenables » ? Quand la survie de celles et ceux qui les touche est conditionnée par les resto du cœur et bien d’autres ou des aides sociales de collectivités locales, ce droit est il respecté ?

Des aides il faut les demander, faire un dossier quelque fois compliqué pour les toucher, il faut accepter de devenir un « cassoc », de subir contrôles et sanctions et donner des gages pour montrer que l’on est un bon pauvre  : cette démarche là est dissuasive et voilà pourquoi beaucoup ne demandent ni le RSA, ni la prime à l’emploi etc... et ce non recours vient accentuer le sentiment d’abandon et d’exclusion de la société.

Dans ces conditions comment se reconnaître dans une constitution qui n’est pas faite pour les pauvres et les précaires ?

Le justiciable moyen et encore plus le justiciable riche et connu bénéficie d’une présomption d’innocence : c’est à l’accusation de prouver qu’un délit ou un crime est commis. Dans le cas des chômeurs et/ou des bénéficiaires de minima sociaux c’est la présomption de fraude qui prévaut : c’est au chômeur, à la chômeuse, aux personnes « bénéficiaires du RSA » de prouver qu’il n’ont pas voulu frauder. La fraude aux prestations sociales est devenu la fraude prioritaire à sanctionner, bien avant la fraude fiscale pourtant considérablement plus importante. Les « organismes sociaux » se dotent de services de contrôle avec des pouvoirs d’investigations considérables : ils mènent une politique du chiffre sous la pression du discours de chasse aux fraudeurs sociaux des politiques mais aussi des médias et des administrations. Aujourd’hui c’est Pôle Emploi qui gère d’un bout à l’autre des procédures de sanctions sans donner de garanties de défense ; les sanctions on été aggravées : une suspension d’un ou deux mois c’est déjà énorme pour des allocataires à moins de 1000 euros, désormais Pôle emploi peut décider la suppression des allocations.

Privé.es de droits élémentaire à un procès juste pour quoi les victimes de telles pratiques se reconnaîtraient dans notre société ?

Soustraire Pôle Emploi à la main mise du MEDEF qui y dicte sa loi, rendre à Pôle Emploi une mission de service public au service de ses usager.ères, permettre aux chômeur.euses de contrôler son fonctionnement voilà qui peut redonner confiance et espoir à toutes celles et tous ceux qui galèrent aujourd’hui dans la précarité et se retirent de la vie publique pour le plus grand profit de la droite et du RN.

La gauche doit retrouver sa base

Redonner l’espoir passe aussi par des actes qui sortent chômeur.euses et précaires de l’isolement par rapport au reste des salarié.es. Ceux ci sont majoritairement favorables depuis des années aux mesures de sanctions contre les chômeurs, les sondages le répètent les uns après les autres. Le terme de privé.e d’emploi comme synonyme de chômeur.euses est encore utilisé par les chômeurs rebelles de la CGT : il signifie la responsabilité du Capital dans le chômage de masse et le statut de victime des interessé.es. Mais cette bataille idéologique essentielle a été perdue : depuis les années 1980 par des discours sur les chômeurs fainéants, fraudeurs etc..., sur l’emploi de la notion d’inemployabilité pour expliquer le chômage.

Petit à petit, convention après convention UNEDIC, le rôle de l’indemnisation s’est modifié : de garantir des moyens convenables d’existence pour faciliter la recherche d’emploi nous sommes passé -avec le dogme de l’impossibilité d’augmenter les cotisations – à une vision comptable des la gestion de l’assurance chômage. Cette logique en vient à rechercher la une forme de rentablité de l’UNEDIC : ce qui est versé aux personnes est considéré comme une « dépense passive », les aides au patronat pour l’embauche précaire sont des « dépenses actives ». La dégradation est telle qu’aujourd’hui des diminutions de droits assumés ne choquent pas grand monde. Le sens même de l’assurance solidaire s’est largemenD’une manif à l’autre … que sont mes mais devenus ?t perdu, la logique qui prévaut aujourd’hui est celle d’une indemnisation de chômeur.euses qui doivent faire leurs preuves : à la notion de droits fondés sur des cotisations se substitue celle de devoir chercher assidûment et à n’importe quel prix un emploi (avec un contrôle justifié). Contraindre les demandeur-euses d’emploi à prendre n’importe quel emploi devient un outil de la politique économique du gouvernement, la baisse des allocations une variable d’ajustement.

Les organisations syndicales peinent à mobiliser pour des personnes qui semblent faire partie d’un autre monde que le salariat qu’elles organisent. de plus l’indemnisation est trop souvent dans une dimension technique qui en empêche la maîtrise par la plupart des équipes syndicales, elle est donc laissé aux spécialistes qui ne peuvent faire à la fois la gestion technique et la mobilisation- information dans les syndicats.

De plus jusqu’à la dernière réforme l’assurance chômage était cogérée par le MEDEF et les syndicats qui avaient accepté les règles du néolibéralisme : ces derniers ont participer à la mutation de l’assurance chômage évoquée plus haut, accepté toutes les régressions et en particulier la précarisation de l’emploi.

Les syndicats se sont trouvé seuls à mener la bataille idéologique avec une majorité des syndicats passés de l’autre côté le social libéralisme.

Il faudrait que les forces politiques de gauche mènent cette bataille en contestant la société capitaliste et le chômage comme produit des stratégies du Capital. Qu’ils osent dire très fort qu’il faut « abolir le chômage », que c’est possible. Mais l’économisme qui domine a transformé dans le débat public le chômage en une fatalité semblable à un quelconque covid, et pour lequel on ne chercherait pas de vaccin . Sensible ou surestimant ce glissement à droite la gauche s’est placée sur la défensive : les alternatives ne sont pas mises en avant, la bataille ne fut pas menée, elle l’est toujours peu ou insuffisamment alors que nous connaissons un crise sociale qui met sous les yeux de tous l’aggravation des plus précaires. Comment s’étonner dans ces conditions de la perte de confiance de la partie précaire de l’électorat de gauche ? Qui a le sentiment que la gauche politique et syndicale l’a abandonnée et ne s’occupe que de celles et ceux qui ont un emploi stable ?

Remettre le social au cœur du débat public constitue une réponse à la montée des idées d’extrême droite mais le social c’est aussi la lutte la pauvreté, le chômage, la précarité. En renouant avec le social dans une démarche de lutte contre les inégalités, le chômage, la précarité qui leur sont liés, la gauche pourrait retrouver une dimension de « lendemains qui chantent », d’avenir meilleur. Sans cette perspective de changement radical, les gens « d’en bas » se contenterons de se débrouiller et de gérer leur misère. Chaque mesure de baisse des revenus, loin de créer une réaction et une mobilisation, accentue l’individualisme et un défaitisme qui fait accepter sa situation en cherchant des petits plus à la marge. Proposer des mesures qui améliorent vraiment la situation de celles et ceux « d’en bas » c’est leur redonner une dignité, une meilleure image d’eux même, qu’ils et elles se donnent les moyens de s’émanciper, de sortir d’un sous -statut où ils se sentent à juste titre enfermé.es.

Soutien à la manifestation du collectif UNEDIC ( AC ! APEIS, MNCP, CGT privé.es d’emploi, CIP, Gilets jaunes intermittents, DAL...) contre la précarité, pour l’abrogation de la loi Pénicaud

Samedi 19 juin 14h devant le MEDEF 55 rue Bosquet 75007 Paris

Une mobilisation des forces pour les manifestations autour du 19 et pour celle de Paris en particulier serait dire « nous ne vous oublions pas » et pourrait contribuer à modifier ce sentiment d’abandon. La désespérance qui en découle fait le jeu du RN mais aussi de toute la droite de Macron à LR.

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